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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 09:46

Livre de Pascal LAMY « Quand la France s’éveillera » : réflexions personnelles

Pour Pascal Lamy a prononcé une conférence à l'Université de La Rochelle le 12 mai. J'étais l'une des 4 personnes invitées à réagir. voici le sens de mon interpellation, plus complète que celle que j'ai pu prononcer dans les quelques minutes dont je disposais.

Pour P. Lamy, la France serait une « société bloquée ».

Nous serions les « champions du monde du pessimisme », un peuple « névrosé », qui se perçevrait comme « victime d’une mondialisation forcenée » (p. 109). Il nous propose de changer de « prisme », de « ne pas tourner le dos à la mondialisation, mais de chercher à l’humaniser » (p. 115). Je partage cette volonté d’humanisation du monde, dominé comme il le dit, par le capitalisme de marché mondialisé. Mais sa démarche libérale, clairement assuméeen citant ses sources d’inspiration, les économistes classiques dont Smith et Ricardo, puis Schumpeter (démarches théoriques qui fondent celle de l’OMC), me semblent aller à l’encontre de cet objectif et son analyse de la réaction des français me semble pour le moins caricaturale.

1. A ce propos, Jean-Claude Guillebaud, écrivain et journaliste reconnu, dans son éditorial de Sud Ouest du dimanche 4 mai, titre « Faut-il soigner les français ? ». Il met en cause cette vision pessimiste prêtée aux Français (qu’il retrouve dans les écrits d’Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Étrangères de F Mitterrand, dans son dernier ouvrage « Le France au défi » (Fayard), trouvant ce discours « exaspérant », teinté d’un « gentil mépris ». Comme si les inquiétudes sociales bien réelles relevaient de la seule psychologie et méritaient d’être soignées ».

« En réalité, si les Français sont parfois plus inquiets que leurs voisins du Vieux Continent, c’est pour une raison assez claire (et justifiée) : de tous les peuples européens, les Français sont les plus attachés – et de loin- à l’égalité. Or, qu’est-ce qui domine aujourd’hui la marche du monde ? La réponse est évidente : une explosion phénoménale des inégalités» écrit-il. P.

P. Lamy affirme (p. 24) que la pauvreté a connu une réduction sans précédent (700 millions de personnes sorties de l’extrême-pauvreté entre 1990 et 2010), Mais pourquoi ? Le mouvement est particulièrement fort, écrit-il, en Chine et en Inde. Or ces 2 pays sont précisément 2 des Etats du groupe des BRICs qui, (avec les pays pauvres), résistent aux volontés de l’OMC de pousser la libéralisation des échanges agricoles pour favoriser les exportations (dans le cadre du cycle de Doha engagé par l’OMC en 2001). Ils protègent leur agriculture.

2.Mais il y a une réalité incontournable : l’explosion des inégalités, alors que la faim ne recule pas .

*En France, l’hiver dernier, le cap du million de bénéficiaires de l'aide des Restos du cœur a été franchi (+ 5 % sur l’hiver dernier).

* En Angleterre, le nombre de salariés pauvres vient pour la première fois de dépasser le nombre de pauvres sans travail, victimes du fameux « contrat zéro heure », de la précarité maximale rebaptisée « flexibilité ».

A propos de flexibilité,,P; Lamy a proposé aux jeunes « des petits boulots » payés en dessous du Smic », si l’on en croit Libération du 2 avril 201. Je cite : « Je sais que je ne suis pas en harmonie avec une bonne partie de mes camarades socialistes, mais je pense qu’il faut, à ce niveau de chômage, aller davantage vers de la flexibilité et vers des boulots qui ne sont pas forcément payés au smic ».

*Dans le monde, que dire des inégalités de richesse qui s’accroissent en particulier depuis le virage néolibéral des années 1980. La fortune annuelle de l‘homme le plus riche du monde est 104 millions de fois supérieure au seuil de pauvreté mondial (et représente 19 millions de fois la richesse médiane par adulte). 67 personnes dans le monde accaparent autant de richesse que 3,5 milliards d’être humains, soit la moitié de l’humanité.

*Quant à la faim, selon les chiffres de la FAO, près d’un milliard de personnes sont sous-alimentées. La faim demeure la principale cause de mortalité dans le monde, elle tue plus que les guerres. Et la sous-alimentation ne recule pas. En 2006, 854 millions de personnes (FAO) étaient en état de sous-alimentation chronique. La crise alimentaire a eu pour conséquence de faire passer ce chiffre à 973 millions aujourd’hui. Deux milliards de personnes souffrent (de ce que les Nations unies appellent « la faim invisible » (hidden hunger), autrement dit) de la malnutrition.

Plus de 40 % de la population mondiale est confrontée quotidiennement à la réalité ou à la menace de la pauvreté la plus extrême. Alors que le Sommet mondial de l’alimentation en 1996, a pris l’engagement de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées avant 2015, la population sous-alimentée des pays en développement a très peu diminué (de 3 millions de personnes entre 1990-92 et 2002-03, alors qu’une réduction de 37 millions avait été obtenue dans les années 70, suivie d’une nouvelle diminution de 100 millions dans les années 80).

Paradoxalement, 70 % de ceux qui souffrent de la faim sont des paysans. Ainsi les Nations-Unies, la FAO, la Banque Mondiale mettent aujourd’hui en cause le modèle agricole productiviste et néolibéral qui pousse au développement des cultures d’exportations, à la monoproduction au détriment des cultures vivrières, à l’accaparement des terres chassant les paysans, à leur dépendance accrue par rapport aux firmes multinationales qui fournissent pesticides et engrais, tel Monsanto.

Ce qui fait dire à Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, que « seule l’OMC n’a pas fait sa mue vers la reconnaissance de la nécessité pour chaque pays d’assurer sa production alimentaire et d’investir dans les systèmes locaux » dit ce juriste belge dans son rapport final présenté au Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies en mars 2014.

Cette position libre-échangiste de l’OMC (qui est la sienne) est-elle acceptable ? Je ne le pense pas.

On comprend mieux la position des BRICS, ces pays émergeants, Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, mais aussi des pays les plus pauvres de refuser d’aller plus loin dans ce libre-échange sur le plan agricole et donc résister aux volontés exprimées par l‘OMC et les pays capitalistes développés d’aller plus loin.

3. Pour finir mon propos, je souhaitais interpeller P. Lamy sur l’avenir de l’Europe,.

Il appelle à « la refondation » de l’Europe, face à ses « vices de construction », à ses « verrous » telle l’indépendance de la Banque Centrale Européenne.

Oui, je pense que nous avons besoin d’Europe, mais laquelle ?

*Comment faire confiance à cette Union Européenne et à sa Commission qui, sur mandat des Chefs d’État et de gouvernements, dont le notre, négocie en secret un Traité transatlantique de libre-échange accentué du commerce et des capitaux avec les Etats-Unis, traité qui doit être signé en 2015 ?

De fait, avec ce traité, il s'agit non seulement d'abaisser des droits de douane, au demeurant déjà très faibles, mais surtout, au titre de la suppression des « obstacles non tarifaires » au commerce et à l'investissement, de soumettre toute législation protectrice des salariés, des producteurs, des consommateurs, de l'environnement, de la santé publique, etc. aux bons vouloirs d'un « Conseil de coopération réglementaire », qui n'est responsable devant aucun citoyen.

Corrélativement, toute entreprise pourrait attaquer un Etat devant un mécanisme ad hoc de règlement des différends. Il s’agirait d’une juridiction privée permettant aux sociétés multinationales de poursuivre les Etats qui s’opposeraient leurs volontés (selon un mécanisme ah hoc de règlement des différents avec des avocats d’affaires, à l‘image de l’O.R.D., l’Organe de Règlement des Différends institué par l’OMC ou de la juridiction non officielle qui a permis à Bernard Tapis de toucher plusieurs millions d’euros).

*Pourquoi ce secret qui entoure ces négociations ?

Si nous voulons qu’en France, la société se remette en marche, comme le souhaite P. Lamy, il lui faut, je le cite p. 119, « des objectifs clairs, débattus et acceptés ».

Et bien débattons de ce projet baptisé « Transatlantic Trade and Investment Partnership » (dont les directives du point de vue européens ont été adoptées au « Forein Affairs Council (Trade) on 14 June 2013). Le mandat donné à la Commission européenne est classé « Restreint EU/EU restricted » Il a pour ambition d’aller plus loin que les accords actuels de l’OMC (article 3), face aux oppositions des BRICS et des pays pauvres. Il concerne « tous les niveaux de gouvernement » (art 4). P. Lamy, en tant que directeur général de l’OMC, ne peut ignorer ces négociations secrètes. Les citoyens ont le droit de savoir (1)..

Henri MOULINIER 12 mais 2014

(1) Lors de sa conférence du 12 mai à l'Université de La Rochelle, il a répondu à mon interpellation sur ce Traité transatlantique en regrettant le caractère trop discret de ces négociations, sans remettre en cause le contenu de celles-ci, regrettant que l'on y mette du négatif.

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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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