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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 06:39

Premières réactions de la presse:


Ce plan de relance de l'économie était jugé sévèrement, vendredi, par l'essentiel de la presse française, globalement déçue que la relance par l'investissement ait été préférée à l'amélioration du pouvoir d'achat.

On trouve peu d'éditorialistes pour soutenir franchement les annonces présidentielles. Parmi ceux-ci, Paul-Henri du Limbert, qui salue dans Le Figaro le choix de la relance par des "dépenses d'investissement. Il ne s'agit pas de dépenser à fonds perdus, il s'agit de dépenser pour créer de l'activité et préparer l'avenir", assure-t-il. Dans Les Echos, Dominique Seux pense lui aussi que "le choix de l'investissement plutôt que de la consommation est un pari intelligent", concédant tout de même que "la vraie faille de ce plan est qu'il va creuser des déficits publics déjà dans le noir."

 

Mais pour la majeure partie des autres éditorialistes, c'est la déception qui l'emporte.

 

Ainsi, Laurent Joffrin estime dans Libération que Nicolas Sarkozy "ne se refait pas: pragmatique, le Président réagit à la crise. Fort bien. Conservateur quoi qu'on dise, il s'arrête à mi-chemin et reste en dessous des impérieuses nécessités de l'heure." Même son de cloche dans Ouest-France, où Paul Burel considère que le plan présidentiel "écarte toute stimulation générale de la consommation", "n'annonce aucun investissement stratégique majeur" et "ignore de grands travaux dignes de ce nom. Dans l'Humanité, Frédéric Durand titre sur "un plan en trompe - l'oeil"; avec "un investissement timide en regard des aides apportées récemment au seul secteur bancaire"; "les plus démunis devront patienter" et "les salaires son oubliés"

 

Le reproche principal est de ne pas encourager suffisamment la consommation des ménages et le pouvoir d'achat.


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Voici mon analyse personnelle

 

Nicolas Sarkozy a dévoilé jeudi à Douai un plan de relance, qui prévoit d'injecter 26 milliards d'euros en 2009, financés par le déficit et donnant priorité à l'investissement, pour tenter de faire repartir une économie française au bord de la récession

L'Assemblée nationale devrait examiner, dès la reprise de janvier, un projet de loi intégrant des mesures de ce plan de relance, a-t-on appris jeudi soir de sources parlementaires et gouvernementales concordantes.

Dans un discours d'une heure, le chef de l'Etat a détaillé un arsenal décrit comme "audacieux" et "ambitieux", avec lequel il espère "surmonter la crise au lieu de la subir", voire en "sortir plus fort".

 

Quel est "l'arsenal" de Nicolas Sarkozy?

 

  ° Parmi ces armes figure en bonne place la relance des investissements de l'Etat, des entreprises publiques et des collectivités locales pour 11,5 milliards d'euros, au profit de grands travaux d'infrastructures, comme les lignes TGV, ou des universités et la défense.


  ° Pour soutenir l'industrie automobile, qui multiplie les mesures de chômage partiel et les plans sociaux, Nicolas Sarkozy a confirmé le versement d'une "prime à la casse" de 1.000 euros en échange de l'achat d'un véhicule neuf peu polluant.


° Et pour le bâtiment, un plan de construction de 100.000 logements sociaux et le doublement du prêt à taux zéro.

L'objectif de construire 100 000 logements "sociaux" n'est - il pas un trompe - l'oeil? En effet, sont déjà compris dedans les 30 000 logements programmés, en cours de réalisation,  mais abandonnés par des promoteurs pour cause de non-rentabilité et dont l'Etat avait déjà annoncé le rachat par les bailleurs sociaux. Restent 70 000 logements: dont 30 000 logements vraiment sociaux ( juste de quoi satisfaire les besoins de Paris et de sa phériphérie).Et 30 000 autres logements seraient des logements intermédiaires, plus chers, non "sociaux", destinés à être achetés par des particuliers. La Caisse des dépôts, très sollicitée ces temps-ci, acquerra 10 000 logement de ce type.

 

De l'argent pour les entreprises ....


Tirant les leçons de la timidité persistante des banques, il a en outre dit que l'Etat allait rembourser par anticipation 11,5 milliards d'euros de dettes (crédit impôt-recherche, TVA, impôt sur les sociétés) aux entreprises afin "d'améliorer (leur) situation de trésorerie".

 

26 milliards ? Un total fourre - tout, une réalité limitée !

 

- Ces 26 millards sont loin des  360 milliards pour les banquiers,  prévus,  sans aucune contrepartie, ni garantie réelle ( promesse d'aller jusqu'à 320 milliards d'euros de garantie d'Etat pour ce secteur et 40 milliards d'euros promis aux banques pour consolider leurs fonds propres).

- Les 11,5 milliards dont nous venons de parler  ne sont que des "remboursements par anticipation", donc de l'argent dû de toute manière. Ce ne sont pas des crédits nouveaux, mais un versement plus rapide

- Les crédits pour des investissements publics nouveaux - 10,5 milliards-  sont à prendre dans 3 poches: celle de l'Etat ( pour 1/3), des collectivités locales ( 2,5 milliards sans leur demander leur avis) et les entreprises. . Donc l'Etat va réellement apporter environ 4 millirds! Encore faut-il savoir que les réalisations de liaisons ferroviaires pour les TGV ont déjà été annoncées plusieurs fois, en particulier le TGV Sud Europe Atlantique.!

 

 

  Rien pour le pouvoir d'achat des salariés et des retraités!

 

En réponse à ceux qui, comme les syndicats, l'ont exhorté à privilégier le soutien à la consommation, Nicolas Sarkozy a longuement justifié sa décision d'accélérer des projets "qui dormaient dans les cartons des ministères".


Il n'y a donc rien pour le pouvoir d'achat populaire et des classes moyennes, alors que les inégalités n'ont jamais été aussi marquées et la part des salaires comprimée depuis la politique de "rigueur" des années 80, en faveur des revenus du capital.


En clair, il en profite pour accentuer sa politique "libérale"au seul profit des patrons ( les grands, ses ...copains) et des actionnaires des grandes sociétés, dans le giron de la politique "libérale " de l'Union Européenne. Il entend poursuivre sa politique de dégraissage des dépenses de "fonctionnement": suppression de postes de fonctionnaire, réforme des lycées, de la recherche, mise en concurrence des hôpitaux publics face au privé, travail du dimanche, âge de la retraite porté à 70 ans, main mise du pouvoir sur les chaines publiques de télévision,...


La portion congrue pour les ...plus pauvres

 

        Au titre de la "justice sociale", il a annoncé le versement d'une prime de 200 euros aux 3,8 millions de bénéficiaires potentiel du futur revenu de solidarité active (RSA).


 

Une politique économique clairement libérale que Nicolas Sarkozy veut accentuer, en profitant de la crise ! 

 

     ° "Notre réponse à la crise, c'est un effort d'investissement massif", a plaidé le président, "parce que c'est la meilleure manière de soutenir l'activité pour sauver les emplois d'aujourd'hui (et) préparer les emplois de demain".

Rien n'est moins sur que ce pari, qui rappelle le "vieux théorème" de l'ancien Chancelier social démocrate allemand Schmidt: " les profits d'aujourd'hui  sont les investissements de demain et les emplois d'après demain": si on laisse "libres" les "entrepreneurs" ( les grands) continuer a préserver leurs profits et les dividendes des actionnaires, par la mise en place de "plans sociaux" ( réductions d'emploi), la "libre" possibilité d'aller investir ailleurs ou du moins d'utiliser cette possibilité pour faire du chantage sur les salariés, voire de continuer ... à spéculer, en particulier sur les emprunts de l'Etat pour couvrir un déficit budgétaire accru ( les emprunts de l'Etat: ça rapporte un intérêt fixe et l'Etat en garantit le remboursement.).

Car où va emprunter l'Etat, pour couvrir son déficit budgétaire, sinon  ... sur les fameux "marchés financiers", c'est à dire la  Bourse. Une aubaine pour les spéculateurs de tout poil!

 

     ° Pour soutenir l'emploi, alors que le chômage est reparti à la hausse au troisième trimestre, il n'a annoncé qu'une  exonération totale des cotisations sociales pour les entreprises de moins de 10 salariés qui embaucheront en 2009. Les licenciements, les délocalisations, rien n'est prévu pour  tenter de les éviter.Mais cette exonération, c'est la poursuite de la politique libérale qui vise à terme à supprimer les cotisations sociales versées par les entreprises et qui peut, dans la configuration actuelle, n'être qu'un piège encouragants les entreprises à embaucher avec des bas salaires, pour profiter de l'effet d'aubaine de ces exonérations!

 

Le gouvernement va également débloquer 500 millions d'euros pour accompagner les salariés qui ont déjà perdu leur emploi, notamment avec les contrats de transition professionnelle (CTP), ou victimes du chômage partiel. "Je préfère l'activité partielle au chômage total", a dit M. Sarkozy.Mais dans quels types d'activités? Si ... l'activité se réduit!

 


Plus de déficit public, pas de (re)taxation des profits

et des plus riches!


Sans surprise, l'enveloppe de 26 milliards (1,3 point du produit intérieur brut) sera pour une bonne part financée par un accroissement du déficit budgétaire de la France, qui frôle déjà la borne de 3% du PIB fixée par Bruxelles. Le chef de l'Etat a promis que ce dérapage, évalué à 15,5 milliards d'euros en 2009, serait limité à l'année prochaine.

Le Premier ministre François Fillon a confirmé dans la soirée un déficit à 3,9% en 2009, mais a jugé que le plan apporterait un point de croissance en plus la même année. "Nous n'avons pas le choix (...) aucune des dépenses que nous allons faire n'est récurrente et elles fabriquent de la croissance pour demain", a justifié Nicolas Sarkozy.

 

Mais il aurait été plus crédible s'il avait remis en cause le fameux "paquet fiscal" qu'il a fait voter à l'été 2007, et qui profite surtout aux plus riches et qui les exonère de toute contribution au RSA!.

 

Au passage, il a lancé une nouvelle pique contre les règles de concurrence défendues par Bruxelles, qui tarde toujours à donner son feu vert au plan français de soutien des banques.

 

Mais ces "règles de concurrence" sont au coeur de la construction européenne voulue par les Chefs d'Etat européens!!! Elles sont au coeur du "grand marché unique européen", de " la concurrence libre et non faussée" des différents traités européens, y compris du Traité de Lisbonne dont Nicolas Sarkozy a été l'ardent ... promoteur!!

 

 

Pas un mot sur les contraintes "libérales" de la politique économique de l'Union Européenne

 

   Nicolas Sarkozy a dit vouloir s'opposer aux délocalisations d'entreprises: mais que propose-t-il de concret en la matière pour s'y opposer? Rien de précis au delà de l'affirmation!


Pour cela, encore faudrait-il avoir le courage politique et la volonté de remettre en cause les choix européens ultralibéraux de libre-circulation des capitaux dans et hors de l'Union Européenne,une majorité du PS ou des Verts, s'efforcent de mettre sous la table jusqu'aux élections européennes de Juin 2009, alors qu'il a été rejeté par le Non irlandais! libre circulation gravée dans le marbre des Traités européens,  de Maastricht au feu Traité Constitutionnel ( rejeté en 2005), en passant par le Traité de Lisbonne

 

On ne peut parler de relance de l'emploi, sans s'opposer à ces "libres" délocalisations du capital, ni à la "libre" concurrence, ni encore au "libre" échange qui anime ces Traités, réduisant les droits de douanes à la portion congrue

Je ne saurai trop vous inviter à une analyse approfondie du Traité de Lisbonne, dont Sarkozy a caché le vrai contenu, pour faire croire à un "mini-traité", afin de le faire avaliser par les seuls parlementaires, évitant ainsi le débat public et la sanction d'un référendum de tous les citoyen(ne)s.

 

  Affaire à suivre.  Et vous ami(e)s lecteurs/lectrices, avez-vous des informations précise, un point de vue qui renforce ou infirme mes analyses. Je vous invite à réagir sous forme de "commentaires" en bas d'article, en toute liberté.

 

 

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Published by henri Moulinier - dans Economie - libéralisme
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  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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