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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 10:52

"Sans aucun débat public préalable en France, ni consultation du Parlement, qui devra cependant ratifier certains volets de cet accord, le Président de la République vient d'engager la France dans une coopération militaire extrêmement poussée avec le Royaume-Uni. Nicolas Sarkozy a insisté sur le caractère exceptionnel de cet accord : « C’est une décision sans précédent qui montre le degré de confiance qui règne entre nos deux nations, inégalé dans l’histoire ». C’est exact ! Et c’est bien le problème

 

  Quand et où ce tournant a-t-il été discuté ?

Au fil des jours une politique se confirme, dans l’indifférence générale. Car après la décision de rejoindre le commandement intégré de l'OTAN en 2008, ce nouveau bond en avant vers les anglo-saxons aggrave l'alignement de la France sur l'appareil militaire de l'Empire états-unien. Le Royaume-Uni est le passe plat du système nord américain. Au cas présent il s’agit d’une victoire britannique. Car cet accord est largement contradictoire avec les engagements souscrits par ailleurs en faveur de « l'Europe de la Défense ». Une illusion plus que jamais sans effet achève de mourir. La France des droites qui vont se gargariser cette semaine avec la mémoire du général De Gaulle est en train de tourner la page de l’indépendance militaire « tous azimuts » qu’il avait constitué. Je ne suis pas d’accord du tout avec cette nouvelle doctrine de fait d’une défense franco anglaise, c'est-à-dire à mes yeux franco américaine, intégrée.

 

 Aucune référence a une quelconque politique mondiale de désarmement ni à l’objectif de réduction des arsenaux nucléaires.

L'accord signé par Nicolas Sarkozy avec David Cameron comprend trois principaux volets : un traité de coopération, un traité spécifique sur les installations nucléaires communes qui ont été décidées, une lettre d'intention des ministres de la Défense des deux pays. Il y a un silence total sur un point. Aucune référence a une quelconque politique mondiale de désarmement ni à l’objectif de réduction des arsenaux nucléaires. L’intention n’est clairement pas d’aller dans ce sens.

 

Le traité prévoit 13 domaines de coopération très variés. En termes de méthode, le point commun de tous ces domaines est le souci de mutualiser les moyens. L’argument est de réduire les dépenses de chaque pays, tout en continuant de renforcer et moderniser les capacités militaires.

 Avec un tel raisonnement où va-t-on ? Jusqu’au Etats-Unis, évidemment. Il est vrai que l’objectif du Grand marché transatlantique en 2015 surplombe toutes les politiques nationales des européens. Dans la plupart des domaines de coopération, le traité est plus intentionnel qu'opérationnel mais il l’est tout particulièrement dans deux domaines stratégiques. La gestion des arsenaux nucléaires et la formation d’un « corps expéditionnaire » commun. Rien de moins. 

Deux centres communs de gestion et de recherche sur les arsenaux nucléaires seront ouverts d'ici 2014, un en France et un au Royaume-Uni. L'objectif est de mutualiser les moyens pour « modéliser la performance des têtes nucléaires et des équipements associés, afin d’en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme ». Cette gestion commune portera donc aussi sur la simulation nucléaire. C’est central en la matière. Or, dans ce domaine, la France a une grande avance technique sur le Royaume-Uni. Elle dispose d'un des programmes de simulation les plus puissants au monde, grâce notamment au laser mégajoule, outil de simulation le plus énergétique au monde. Ce sera une aubaine pour les Britanniques. Ils vont dire merci ?

 

 Ce volet de l'accord ne modifie certes pas directement la compétence souveraine de chaque Etat et ses procédures d'emploi de l'arme nucléaire. Mais en prévoyant des outils communs de gestion et de développement des arsenaux, l'accord va permettre à chaque pays de disposer d'informations stratégiques sur l'arsenal de l'autre : son contenu, sa localisation, ses modalités de gestion, de maintenance et de surveillance etc.

 

Cela pose le problème de l'indépendance réelle de la dissuasion nucléaire française, notamment face aux USA.

 Dorénavant ces derniers disposeront à partir du Royaume Uni qui est leur succursale de précieuses informations sur les arsenaux français. Je ne suis pas d’accord du tout. Il faudra revenir sur tout cela aussitôt que possible et restaurer la plénitude de l’indépendance militaire de notre pays. Je suis un tenant ferme de l’indépendance « tous azimuts ». Pas question de laisser une autre puissance quelle qu’elle soit disposer du moindre moyen de pression sur nous. Pas de laisse non plus dans ce domaine ! 

 

Voyons la création d'une "force expéditionnaire commune interarmées".

 L'expression utilisée de "force expéditionnaire" indique la dimension de projection de cette force. Donc le cœur de notre défense n’est plus essentiellement défensif ? L'expression est d’autant plus mal choisie qu'elle reprend la formule employée en 1956 où un "corps expéditionnaire commun" avait été envoyé sur le Canal de Suez. Cet épisode calamiteux est d'ailleurs un des principaux précédents de coopération militaire opérationnelle entre la France et le Royaume-Uni. Beau souvenir colonialiste de référence ! Cette force commune sera composée de plusieurs milliers d'hommes, disposera de moyens dédiés dans les trois corps d'armée, y compris en terme d'état major, de logistique et de soutien. Ses missions sont définies de manière large et elle pourra aussi bien participer à des opérations strictement bilatérales qu'à des opérations multilatérales dans le cadre de l'OTAN, de l'ONU ou de l'UE. 

Dans une dizaine d'autres domaines, les projets de coopération sont moins opérationnels dans l'immédiat même s'ils ne manquent pas de portée symbolique et politique qui toutes vont dans le sens d’une intégration qui met en question au delà des bonnes paroles la souveraineté de chacun.

Exemple, la forme prévue d'intégration des forces aéronavales. L'idée est de rendre interopérables les porte avions. Il est prévu pour cela d'adapter rampes et catapultes. Dans ce domaine également l’accord va permettre dans un premier temps au Royaume Uni de se reposer sur l’équipement français. En effet depuis l’annonce par David Cameron du démantèlement immédiat du porte avion Ark Royal (pour raisons budgétaires), le Royaume Uni n’a plus d’ensemble aéroporté opérationnel et ne devrait pas en retrouver avant 2020, date à laquelle est prévue la mise en service d’un nouveau porte avions. Du côté français, le projet de 2ème porte avions est au point mort. Mais avec un seul porte avions, quand il est en maintenance ou réparation, on se retrouve régulièrement sans capacité d’action. L’interopérabilité avec les Britanniques peut permettre de résoudre par défaut le problème de la permanence aéroportée française. L’accord prévoit ainsi qu’à l'horizon 2020, la porte avion Charles de Gaulle servira de point d'appui pour se doter « de la capacité à déployer une force aéronavale d’attaque intégrée franco-britannique composée d’éléments des deux pays ». Ce n’est pas aussi simple qu’il y parait s’agissant de sujet de cette sorte. Au-delà du principe de cette intégration aéronavale, se pose le problème de la divergence stratégique pouvant exister entre les deux pays. Comment se reposer sur le porte avions de l’autre pays, si l’on n’est pas d’accord sur les missions qu’il doit accomplir ? Lors de l’invasion américaine en Irak les anglais ont collaboré et pas nous. Qui aurait eu l’usage du porte avion ?

 

Cet accord est aussi un mauvais coup pour le mythe de l'Europe de la défense.

Les textes de l’accord n’abordent presque pas l’Europe de la défense et, à la demande des Britanniques, les différents axes de coopération sont exclusifs. Ils ne sont pas ouverts à d’autres pays membres de l’UE. Cette exclusivité de la coopération militaire franco-britannique tourne le dos à l’esprit des accords de Saint-Malo signés en 1998 par Chirac et Blair. Eux avaient affiché une volonté d’ouverture à l’Europe de la Défense. Il n’en reste rien.

 

 Quand en a-t-on délibéré ?

En tous cas cette exclusivité percute maints projets européens en cours. Par exemple, l’A400 M il est évoqué dans l’accord alors que c’est un projet qui implique plusieurs autres Etats membres de l’UE. Surtout les Allemands, qui vont en être le principal acheteur. Pourquoi privilégier un entretien et une gestion commune des A400 M avec le Royaume Uni et pas avec l’Allemagne ? C’est d’autant plus aberrant que les Britanniques ne sont pas très investis dans le programme A 400 M. Ni sur le plan industriel, depuis le désengagement de British Aerospace d’Airbus ni sur le plan financier. En effet les anglais ont commandé 25 avions initialement (contre 50 pour la France et 60 pour l’Allemagne). Pire, la gestion commune de la flotte d’A400 M va permettre au Royaume Uni d’acheter moins d’appareils : 22 contre 25 initialement prévus. Ce qui fragilise le programme lui-même, dont la viabilité dépend d’un nombre suffisant de commandes. 

 

Mais cet accord est surtout une très bonne nouvelle pour l'OTAN.

 Donc mauvaise pour la France. En effet, l’accord ne se contente pas de manifester son attachement à l’OTAN. Il plaide pour que ses missions soient renforcées et son périmètre élargi. L’accord soutient également le dangereux projet de « défense antimissiles des territoires » impulsé par les USA.

En introduisant une vulnérabilité inégale entre les détenteurs de l’arme nucléaire ce bouclier est un facteur de déséquilibre avec les puissances nucléaires non membres de l’OTAN, à commencer par la Chine, la Russie et l’Inde.

Après lui le déluge, c’est ça ?

 

Jean-Luc Mélenchon

Extrait d'un article issu de son blog

www.jean-luc-melenchon.com

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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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