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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 05:46

 La mise en accusation pour "forfaiture" du juge Garzon est l’aboutissement de plaintes déposées par trois organisations d’extrême-droite, dont la phalange, qui accusent le magistrat d’avoir sciemment passé outre une loi d’amnistie générale votée en 1977, deux ans après la mort de Franco.

Les manifestations de soutien au juge espagnol Baltasar Garzon, mis en accusation pour avoir voulu enquêter sur les disparus du franquisme, ont suscité une aigre empoignade politique en Espagne. Le chef de l’opposition, le conservateur Mariano Rajoy, a exigé "le limogeage immédiat" du secrétaire d’Etat socialiste à la Politique territoriale Gaspar Zarrias pour avoir participé mardi à une manifestation de soutien des syndicats et de personnalités du monde de la culture au juge Garzon. "Le franquisme est notre passé, l’Espagne a donné un exemple de transition vers la démocratie et il n’existe aucun vestige du franquisme dans aucune de nos institutions", a réagi le député conservateur Cristobal Montoro. Les déclarations d’un ex-procureur qui avait qualifié mardi la mise en accusation du juge Garzon de "coup brutal à la démocratie" convertissant le Tribunal suprême "en instrument d’expression du fascisme espagnol", ont suscité des réactions indignées des organisations de magistrats et de nombreuses réactions de la classe politique.

Le dictateur "Franco est mort, mais il y a encore des restes du franquisme"  a déclaré le ministre de l’Industrie Miguel Sebastian, tout en soulignant que l’Espagne est aujourd’hui une "démocratie très solide". "J’ai beaucoup de mal à comprendre que les phalangistes assoient sur le banc des accusés celui qui s’est efforcé de réhabiliter la mémoire des victimes de la dictature", a lancé le ministre de l’Equipement et numéro deux du parti socialiste au pouvoir, José Blanco.

L’affaire Garzon prend une tournure internationale

 Plus qu’un rituel, c’est un enjeu de salubrité publique. Devant l’Audience nationale, la plus haute instance pénale où doit être prononcée incessamment sous peu la suspension provisoire du juge Garzon, des centaines de personnes se réunissent chaque soir. « Plus de juge comme Garzon », « Quelle honte, quelle honte », peut-on lire sur quelques-unes des pancartes. « Il a cherché à clarifier les délits commis sous l’époque de Franco et c’est lui qui se trouve sur le banc des accusés  ? C’est le monde à l’envers », s’emporte Arturo Serrano, retraité. Selon lui, « cette décision est plus politique que judiciaire », car, rappelle-t-il, le juge Garzon enquêtait également sur les affaires de corruption qui éclaboussent les deux grandes formations, le Parti populaire et le Parti socialiste. Arborant un drapeau argentin, Gerardo Arias rappelle qu’il a été contraint de fuir son pays lors du coup d’État militaire. Sa présence est la marque d’une reconnaissance à l’égard de celui qui a contribué à briser la chape de plomb de l’impunité dans le cône Sud. Le septuagénaire applaudit la démarche de deux exilés espagnols qui, à Buenos Aires, ont décidé de porter plainte contre les crimes de la dictature. En somme, saisir les tribunaux étrangers puisque l’Espagne ne respecte pas les traités internationaux en matière de droits de l’homme, comme l’y a pourtant sommé à plusieurs reprises l’ONU. « L’auto-amnistie a assez duré, juge Gerardo Arias. On ne peut pas laisser les crimes impunis même si leur condamnation tient avant tout du symbolique. » À Madrid le réalisateur Pedro Almodovar, l’écrivaine Almudena Grandes et Marcos Ana, l’ancien plus vieux prisonnier politique sous le franquisme, liront un manifeste de soutien au juge. Nombre de plates-formes contre l’impunité ont décidé d’interpeller hors des frontières, en demandant, par exemple, à l’UE d’octroyer le prix Sakharov au juge Garzon et à toutes les victimes du franquisme. D’autres proposent de barrer l’Espagne d’un point d’interrogation sur les billets d’euros  : « Qui sont les victimes  ? Où sont-elles et jusque quand ce silence ? 

En Espagne, le monde à l’envers, dit Jean Ortiz, universitaire à Pau

« Une étrange coalition au sein du pouvoir judiciaire espagnol entre des juges « de gauche » et le bloc néo-franquiste s’apprête à suspendre de ses fonctions le très médiatique juge Garzon, parfois critiqué pour ses initiatives. Mais aujourd’hui, fous ceux qui font la fine bouche ! Le juge Garzon est poursuivi pour « prévarication » (être allé au-delà de ses compétences juridiques) par les groupes fascistes Mains propres, Identité et liberté, et par les restes du parti franquiste, Phalange espagnole.

 Il est l’objet de deux autres poursuites, pour écoutes illégales dans l’affaire Gurtel, immense scandale de corruption et de financement illégal du Parti Populaire, et pour des cours à l’université de New York, affaire déjà classée, et relancée par l’ultra-droite judiciaire.

Mais le fond de l’affrontement repose sur la mise en cause du franquisme. Pour les familles des victimes, que Garzon soit mis au banc des accusés par des groupuscules fascistes, c’est le monde à l’envers. De nouvelles souffrances… L’étrange coalition anti-Garzon témoigne du verrouillage, par le système politique, d’une « transition » que Franco a voulu intouchable, et dont la pièce maîtresse reste la loi d’amnistie-impunité du 15 octobre 1977.

 Le 16 octobre 2008, le juge Garzon décidait d’ouvrir une instruction sur les disparus de la guerre civile et du franquisme, entre 130 000 et 150 000, à la demande des associations mémorielles et des familles. L’ordonnance qualifiait les faits de « crimes contre l’humanité ».

 La réaction fut tellement violente que Garzon dut se dessaisir du dossier un mois plus tard. Depuis, le troupeau conservateur et quelques brebis égarées se sont juré de faire la peau au juge. La justice espagnole, capable de poursuivre des criminels en Amérique latine, bétonne dès lors qu’il est question de faire la lumière sur les crimes du franquisme et sur le néofranquisme encore enkysté dans la société espagnole.

 Pour les associations judiciaires progressistes, « contester la loi d’amnistie sur la base du droit international ne saurait constituer un délit » (El Pais, 10 avril 2010). Les deux grands syndicats, CCOO et UGT dénoncent la « persécution » du juge « qui compromet gravement l’État de droit et l’indépendance du pouvoir judiciaire ».

 L’un des exécuteurs de Garzon, le juge Adolfo Prego, est membre de la néofranquiste Association de défense de la nation espagnole. L’ordonnance dictée contre Garzon par le magistrat « progressiste » Luciano Varela, du Tribunal suprême, surprend par sa virulence.

 Globalement, le pouvoir fait profil bas. Zapatero a rendu hommage au « courage » du juge pour sa lutte… contre le terrorisme basque (El Pais, 8 mars 2010). La plupart des officiels arguent de la non-rétroactivité des lois.

Pour Miguel-Angel Rodriguez, professeur de droit international, cet argument est irrecevable  : « Depuis Nuremberg, dès lors qu’il y a crime contre l’humanité, ils sont imprescriptibles. » Le pacte international de droit politique et civil de 1966, ratifié par l’Espagne avant la loi d’amnistie, oblige à juger tous les crimes et remet en cause cette loi de « point final ». La convention européenne des Droits de l’homme (art. 7-2), à laquelle l’Espagne a adhéré, dit la même chose. Ces traités internationaux, priment sur la loi espagnole. Le Tribunal européen des droits de l’homme a déclaré incompatibles les lois d’amnistie avec l’obligation d’enquêter sur les actes de barbarie.

 La mobilisation s’amplifie: 51 % de l’opinion publique sympathise avec le juge (El Pais, 11 avril 2010). Tout le monde, à droite comme à gauche, a des comptes à régler avec Garzon, qui a instruit les affaires des barbouzes du GAL, Filesae (financement illégal du PSOE), l’actuelle Gurtel, le terrorisme de l’ETA… La probable destitution d’un juge qui dérange vise à protéger l’impunité du franquisme et à donner un coup d’arrêt au combat pour reconquérir la mémoire et la République en Espagne. Elle serait un naufrage pour la démocratie espagnole. »

 Mobilisation d’universitaires français en faveur du juge Garzon

Le juge espagnol Baltasar Garzon est sur le point d’être suspendu de ses fonctions après avoir été poursuivi pour « prévarication » par des groupuscules d’extrême droite (Mains propres, Phalanges) relayés par l’appareil judiciaire. La faute du juge est d’avoir, à la demande des familles de victimes, voulu ouvrir une instruction contre le franquisme et ses crimes contre l’humanité  : 150 000 disparus dans les fosses communes, 30 000 enfants volés. Près de 400 universitaires français de tous horizons se déclarent, dans une pétition, « solidaires » du juge et des familles et exigent l’abandon des poursuites « infondées ». Le texte ajoute que « la destitution du juge Garzon hypothéquerait gravement le fonctionnement de la démocratie espagnole et de son système judiciaire ».

 

                    Signatures à envoyer à : jean.ortiz@univ-pau.fr

 

                         Site:   http://antifranquisme.hautetfort.com/index-1.html

 

 

Juge Garzon 001

 

 

 

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Published by henri Moulinier - dans Défendre nos libertés
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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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