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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 10:32

Dans les années 1970, cette approche théorique fut célèbre pour « avoir inspiré le programme économique du président américain Reagan » écrit le dictionnaire d’Économie et de Sciences sociales Nathan (p. 167). Animé notamment par G. Gilder et surtout Arthur Laffer (professeur Université de Californie du Sud), ce courant économique « veut montrer que les difficultés économiques contemporaines proviennent d’une insuffisance de l’offre de facteurs de production due à l’intervention de l’État ».

Ainsi, F. Hollande reprend cette analyse des économistes libéraux de l’offre qui considère que le ressort de la croissance réside dans l’esprit d’entreprises et les mécanismes du marché. Or, pour eux, le système fiscal mis en place par l’ « État providence » avait modifié artificiellement les prix relatifs au détriment du travail, de l’épargne et de l’investissement, qui sont les tacteurs du dynamisme de l’économie. Il s’agit donc de réduire la « pression fiscale » sur le capital, les entreprises, les plus-values, nous dirions aujourd’hui les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales que F. Hollande appelle « charges sociales »).

Ainsi en diminuant cette pression fiscale sur les entreprises, et donc les dépenses publiques, l’État favoriserait une relance de l’activité, ce qui permettrait de réduire le déficit budgétaire initial des finances publiques. F. Hollande ne fait que reprendre cette vieille lubie des économistes libéraux qui a inspiré les politiques les plus « conservatrices » de R. Reagan ou de M. Thatcher.

Une réhabilitation …de la loi libérale de J.B. Say de 1803 !

            Jean-Baptiste Say (1767-1832) est un auteur économique classique, français, dont la postérité a surtout retenu sa « loi des débouchés » selon laquelle « les produits s’échangent contre les produits » et donc l’offre créé sa propre demande :

  « Il est bon de remarquer qu’un produit crée offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n’est pas oins empressé de se défaire de l’argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l’argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à achter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits » (J.-B. Say, Traité d’économie politique 1803, livre 1).

Dans cette perspective, la monnaie, dit le dictionnaire, n’est qu’un « voile » qui recouvre un troc et le problème des débouchés est évacué par construction. Les crises de surproduction ne sont donc pas explicables par le fonctionnement du marché.

Une critique radicale : les entreprises produisent plus si elle peuvent … vendre plus !

            Keynes émettait une critique radicale : la monnaie peut être désirée pour elle-même, une partie des revenus peut ne pas être remise dans le circuit. C’est la thésaurisation. Mais aujourd’hui, ce peut être d’autres formes de « thésaurisation » : les placements spéculatifs, la fuite des capitaux dans les paradis fiscaux, les investissements à l’étranger, …

            Et puis soyons clair à propos d’éventuelles embauches par les entreprises en réduisant leurs « charges sociales », comme le propose le Président Hollande. Les patrons d’entreprises n’embaucheront que si elles ont des perspectives de vente en France et à l’étranger. Comment concurrencer les pays où les salaires bruts sont de 300 euros par mois pour des horaires fleuves, voire bien moins (30 à 40 euros pour 10 heures par jour dans les ateliers de textile au Bangladesh). Et comment vendre plus en France, si le pouvoir d’achat des salariés, des retraités, des chômeurs, des familles, diminue ? Keynes mettait en évidence le rôle de la « demande effective » : le niveau de l’emploi dépend de cette demande anticipée, prévisible, c’est-à-dire des prévisions de vente. C’est en fonction de cela que les entrepreneurs décident de leur niveau de production, donc des embauches possibles. Et encore faut-il savoir de quelles embauches, il peut être question : contrats durables ou précaires ?

Qui soutient cette démarche toute entière favorable aux « entreprises » ?

La réponse tient dans la déclaration de Pierre Gattaz, le président du Medef : « Le discours va dans le bon sens mais a besoin de clarification » (15 janvier). Pour préciser le nombre d’emplois à créer (I million comme le proclame le slogan du Medef ?). Que nenni ! Il exige d’obtenir 50 milliards d’allègement pour les entreprises : 30 milliards annoncés par F. Hollande EN PLUS des 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) décidé l’an passé ! Et cela pour créer plus d’emplois ? Que nenni ! Il envisage avec circonspection les « contreparties » proposées par F. Hollande : « Nous ne prendrons aucun engagement juridique en matière d’embauche, a-t-il averti. C’est impossible. L’Observatoire envisagé par F. Hollande, je le vois comme un système de gestion de projet. Pas comme un tribunal. Si le acte de responsabilité devait se transformer en obligations nouvelles, ce serait aller à l’envers du but recherché. Le « terreau France » est déjà chargé de pierres de l’imposition nette des ronces de la complexité administrative. N’en rajoutons pas. Tout cela ne pourra se bâtir que sur la confiance ».

 Fermez le banc, la messe est dite ! Le Medef veut bien moins de « charges » et en veut même plus, jusqu’à 100 milliards, mais il ne veut prendre aucun engagement de création d’emploi, car la restauration du "taux de marge" des entreprises, qui serait trop bas, est sa priorité. Exit la forte progression des dividendes des actionnaires! Exit la fuite des capitaux à l'étranger (plus de 300 miliards, qui font perdre au moins 20 millards chaque année aux recettes de l'État!

Alors que les syndicats disent chiche à F. Hollande. Discutons de ces « contreparties » pour savoir quels engagements de création d’emploi prendront les patrons. C'est mal parti  le fameux "dialogue social" cher à notre social-démocrate président (pour ne pas dire social-libéral!).

 Henri Moulinier

 

 

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Published by henri Moulinier - dans Et maintenant - avec Hollande
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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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