Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:07

 

 

    Pour la gauche gouvernementale, le "réalisme" s'avère irréaliste : le ralliement au sens commun de droite attise "l'insécurité culturelle" sans apaiser l'insécurité économique. La cote de François Hollande dans les sondages baisse à mesure que progresse celle de Manuel Valls. De même, la "démagogie" sarkozyenne s'était révélée impopulaire : les "grands débats" sur l'identité nationale ou l'islam n'ont pas évité la défaite de 2012. Bref, "réalisme" de gauche et "démagogie" de droite ne paient pas.  

 

Pour autant, la désaffection pour la gauche "réaliste" ne bénéficie guère à la gauche de gauche. En revanche, l'extrême droite prospère à la faveur de la dérive idéologique de la droite. C'est une raison supplémentaire pour ne pas reprendre à son compte la fausse symétrie entre les "extrêmes". De fait, si la droitisation du paysage politique, depuis les années 1980, justifie plus que jamais de qualifier leFront national de parti d'extrême droite, être à la gauche du Parti socialiste n'est plus synonyme de radicalité !

 

Pourquoi l'échec de la première ne fait-il pas le succès de la seconde ? On aurait tort d'invoquer quelque logique mécanique, la crise économique déterminant la droitisation de la société française. D'une part, l'expérience historique nous rappelle que, en même temps que les fascismes européens, les années de la Grande Dépression ont vu fleurir le New Deal aux Etats-Unis et le Front populaire en France.

 

D'autre part, l'analyse des évolutions de l'opinion dément l'hypothèse d'une droitisation de la société – culturelle mais aussi économique. Quant au racisme, il ne date pas d'aujourd'hui ; il a surtout changé d'habits, puisqu'il s'autorise le plus souvent de rhétorique républicaine. Bref, la droitisation de la politique n'est pas l'effet d'une droitisation de la société française. Il faut expliquer la politique par la politique – et non par la société qu'elle prétend pourtant refléter.

 

Sur le terrain du FN pour le contrer

 

Cette droitisation résulte donc d'un choix politique – celui qui prévaut depuis trente ans. En 1984, comment comprendre la percée du Front national ? Au lieu d'interroger le tournant de la rigueur de 1983, droite puis gauche vont s'employer àcontrer le parti de Jean-Marie Le Pen en allant sur son terrain – insécurité, immigration. C'était faire comme si l'extrême droite posait les bonnes questions. On mesure toutefois le chemin parcouru : aujourd'hui, les mêmes diraient que le Front national apporte les bonnes réponses. Certes, la gauche socialiste continue de revendiquer un "juste milieu" entre les "extrêmes" ; mais à mesure que le paysage se déporte, ce "milieu" est moins juste. Il suffit, pour s'en convaincre, de le comparer à celui de 1974.

 

Reste le paradoxe actuel : le Front national accuse droite et gauche de mener la même politique. Il est vrai qu'il est le seul ou presque à vouloir rompre avec l'Europe. Mais en matière d'immigration, si la gauche finit par rejoindre la droite, depuis longtemps, celle-ci chasse sur les terres de l'extrême droite. S'il faut fairel'amalgame, en matière "identitaire", c'est donc d'UMPSFN que devrait parlerMarine Le Pen. Or, comme le disait son père, les électeurs préfèrent l'original à la copie. Les partis majoritaires semblent ainsi pasticher Sacha Guitry : contre le FN, tout contre…

 

Loin de rompre avec cette stratégie, François Hollande la reconduit

 

C'est ainsi qu'il choisit de mettre en avant le candidat le plus marginal, car le plus droitier, des primaires socialistes. C'est valider l'opposition chère à la droite entre angélisme et réalisme – qui débouche toujours sur le renoncement aux principes. On en voit les effets : comme Nicolas Sarkozy hier, comme Jean-Marie Le Pen avant-hier, Manuel Valls prend régulièrement le parti de choquer par des propos sulfureux (sur le regroupement familial, ou l'incapacité culturelle des Roms à s'intégrer). Et à chaque fois, un sondage vient valider son pari "auto-réalisateur" de droitisation. C'est que, comme toujours, "l'opinion" répond aux questions qu'on lui pose. Lui en soumettrait-on d'autres (si d'aventure la gauche parlait redistribution, et plus largement lutte contre les inégalités) qu'elle donnerait d'autres réponses.

 

C'est dans ce contexte que la "gauche de gauche", qui se veut populaire, se trouve marginalisée. Le consensus politique, que redouble le sens commun médiatique, repose en effet sur un préjugé : le "peuple" serait forcément "populiste", xénophobe et raciste. Mais c'est surtout qu'il devient impossible deparler d'autre chose. Jusqu'aux années 2000, il fallait 200 000 à 300 000 sans-papiers pour occuper le terrain médiatico-politique ; aujourd'hui, dans un pays de 65 millions d'habitants, il suffit de 20 000 Roms.

 

Mieux : François Hollande préfère s'exprimer sur le cas Leonarda, au risque de l'absurdité d'un jugement de Salomon, plutôt que de devoir justifier son choix d'une politique conforme aux attentes des marchés. Sans doute aura-t-il réussi, tel Mitterrand, à affaiblir sa gauche ; mais en se livrant aux seules pressions de la droite, il paiera son habile victoire au prix fort. Pour l'Histoire, il pourrait bien resterle président "de gauche", entre guillemets, qui a permis en France l'avènement de l'extrême droite – sans guillemets.

 

  LE MONDE | 24.10.2013

|Par Eric Fassin (Sociologue, université Paris-VIII)  

Partager cet article

Repost 0
Published by henri Moulinier - dans Une autre politique à gauche
commenter cet article

commentaires

le frapper 01/12/2013 22:45


je suis trés étonnée M. MOULINIER je vous connaît bien habitant villeneuve depuis 1972,


que vous transformiez la vérité, c'est Mme JAUMOUILLE qui a refusé la main tendue de


M.FOUNTAINE, il faudrait beaucoup de chef d'entreprise comme lui pour lutter contre le


chômage, il a fait ces preuves et ce sont des calomnies qui ont permis à Mme JAUMOUILLE


de gagner (33 voix) je suis de gauche mais pas encarté alors au prochaine élection, malgré la demande de M.FOUNTAINE ni moi, ni mon mari ne voterons pour cette dame.


Et vous Monsieur ce ne sera plus la peine de me saluer.


 


 

chb 28/10/2013 14:24


La gauche qui met l'extrême droite au pouvoir, on a déjà vu ça ici, il y a à peine 70 ans, non ?


 


Tiens, si quelqu'un passe par là : allez voir, sur la Grèce paupérisée en trombe, ce documentaire terrible et chouette à la fois : http://www.youtube.com/watch?v=rpqk24qvoR4 NE VIVONS PLUS COMME
DES ESCLAVES (septembre 2013, durée 89mn) de Yannis Youlountas.


 


Dans l'intro, une chimiste, prof en collège par ailleurs bénévole d'un centre de soins gratuits d'urgence, dit :


« Si je devais prévenir un ami français ou d'un autre pays, de cette menace qui le guette aussi, je lui dirais qu'il y a une étape psychologique durant laquelle on a tendance à fermer les
yeux, à ne pas vouloir voir ce qui arrive de terrible. C'est ce que nous avons tous fait ici. C'est ce que j'ai fait, de même que ma famille, et mes amis avant de perdre leur emploi. »


En Grèce, elle n'aurait jamais imaginé il y a trois ans enseigner un jour à des élèves qui ont faim !

Présentation

  • : Henri MOULINIER
  • Henri MOULINIER
  • : Espace de débat pour contribuer à l'élargissement du Front de gauche, la victoire de la gauche pour une réelle alternative au néolibéralisme et au capitalisme
  • Contact

Profil

  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.

Recherche

Pages

Catégories