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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 12:53

 

Une réaction de Roger Martelli, en date du 20 décembre 2012

Réaction dont je partage l'essentiel. Voir aussi dessous une réaction d'un militant du P.G

Un débat de fonds est posé: quelle attitude face à la politique actuelle du PS et du gouvernement ? Quelle cohérence de cette politique? Quelle alternative est possible à gauche? Comment le Front de gauche doit réagir et fonctionner ?

Henri Moulinier

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Roger Martelli :

"Un co-fondateur du Parti de gauche claque la porte de son parti. Marc Dolez est un homme estimable. Ce ch’ti, député du Nord depuis 2002, ancien secrétaire de sa fédération, a été une figure attachante d’un socialisme aujourd’hui moribond, qui se targuait de son ancrage ouvrier et qui s’inscrivait, en intentions du moins, dans un réformisme fort, toujours attaché à l’idée de transformation sociale. En 2008, en rupture irrémédiable avec le Parti socialiste, il se lie avec Jean-Luc Mélenchon pour créer le Parti de gauche. Dans un entretien à Libération en date du 19 décembre, il annonce qu’il le quitte aujourd’hui. Son reproche principal : une « outrance du verbe » qui conduit selon lui à « une dérive un peu gauchisante ». Marc Dolez entend rester un « militant actif du Front de gauche », mais ne veut plus assumer une posture politique qu’il juge contraire à sa conception des missions d’une gauche bien à gauche gauche. 

Je ne suis pas sûr de partager tous les points de vue de Marc Dolez.

Il fait ainsi grief à Jean-Luc Mélenchon de porter davantage de coups au Parti socialiste qu’à la droite. On peut certes discuter la manière de critiquer, comme on a pu le faire naguère à propos du PCF des années 1980-1990. Mais on ne peut ignorer non plus la situation nouvelle qui s’est créée avec le tournant ouvertement social-libéral de l’équipe au pouvoir. Qui veut combattre la droite doit aujourd’hui affirmer que son atout premier est dans la cohérence choisie à l’Elysée et à Matignon. Pour construire des majorités transformatrices nouvelles, le point de passage obligé est la capacité à dire non à cette cohérence, sans barguigner, sans se cacher derrière son petit doigt. Et s’il faut écarter fermement tout isolationnisme « gauchiste », il n’est pas non plus possible de sous-estimer que les formules anciennes de « l’union de la gauche » ne sont plus du tout de rigueur. Rassembler, oui ; mais rassembler pour transformer…

 L'écologie et la question sociale...

Dolez reproche aussi à Mélenchon sa façon de relier l’écologie au socialisme, estimant qu’elle revient à oublier le « primat de la question sociale ». Or j’ai au contraire le sentiment que, si Mélenchon a un mérite particulier, c’est justement d’essayer d’ouvrir la tradition républicaine et sociale aux questions globales de société que pose la jeune tradition de l’écologie politique.

 Si je ne suis pas un chaud partisan de « l’écosocialisme », ce n’est pas par dévotion à l’égard du « primat » de la question sociale, mais parce que je ne crois pas que l’addition des références existantes à l’écologie politique et au socialisme suffisent à condenser, de façon assez forte et visible, l’exigence absolue de novation qui concerne toute pensée conséquente de l’alternative.

Après le turbulent XXe siècle, il ne sert plus à rien de disputer de la priorité de tel ou tel combat, ancien ou nouveau. Si primat il doit y avoir, c’est à la lutte contre un système global qui entremêle, de façon indissociable, l’exploitation, la domination, la discrimination, l’aliénation et la dégradation des équilibres de l’homme et de la nature. Question sociale, question écologique, question de genre, question démocratique, question de « l’altermonde » : autant de facettes d’un même combat, qui doit s’exprimer haut et fort dans l’espace politique, pour y être le ferment de nouvelles majorités. Ce n’est pas du monocolore, du bicolore ou du tricolore qu’il faut arborer sur nos bannières, mais du multicolore. De l’arc-en-ciel… 

Je n’approuve donc pas tout ce que dit Marc Dolez.

Mais ce qu’il dit doit être respecté, digéré et positivement traité. Le problème est que le Front de gauche n’a pas de lieu pour le faire : on discute de stratégie politique dans chacune des composantes du Front, mais peu dans le Front lui-même.

Tout simplement parce que le Front de gauche n’est pour l’instant statutairement rien d’autre que le cartel des organisations qui le composent. Qui est membre du Front de gauche sans être membre d’une de ses organisations partisanes n’a pas de lieu où il puisse débattre et décider, à égalité avec d’autres.

Dépasser cette situation, faire en sorte que le Front soit à la fois un cartel et davantage qu’un cartel, qu’il respecte aussi bien les individus que les structures partisanes : peut-être est-ce l’enjeu majeur pour l’avenir du Front dans les prochains mois. En devenant un simple « membre actif » du Front de gauche, Marc Dolez pose en grand cette question. Grâce lui en soit rendue"

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Lettre ouverte d'un militant du P.G. à Marc Dolez

Cher camarade, cher Marc, 

Tu décides aujourd’hui de quitter le Parti de Gauche après avoir quitté en 2008 le Parti Socialiste. À gauche pour de vrai !, ta décision ne peut nous laisser sans réaction, car comme toi, nous avons milité au sein de l’aile gauche du parti socialiste, comme toi nous l’avons quitté face à l’impossibilité de bouger la ligne sociale démocrate de ce parti. Alors comme toi nous avons rejoint le Parti de Gauche dans l’espoir de refonder une gauche véritablement sociale, écologique et républicaine. Mais nous, nous restons et réagissons aux motivations que tu avances.

 Dans l'opposition au Parti Socialiste ? 

Le Parti de Gauche dis tu, est dans une opposition au Parti Socialiste alors qu’il devrait être dans une opposition à la droite. Tu aurais raison cher Marc si nous appliquions comme tu le fais une grille de lecture ancienne de ce que doit être l’action politique : critiquer la droite quand on est de gauche, critiquer la gauche quand on est de droite. Cette ancienne façon de faire, qui promeut finalement l’immobilisme sur un échiquier convenu, où la partie est connue de toutes et tous avant même qu’elle ne commence, détourne les citoyens des urnes et de l’idée même de la politique. Car l’important en politique, comme ailleurs finalement, n’est pas la position de principe, attendue et convenue. Mais bel et bien le combat pour les idées, les principes, les convictions. Hier, avant le 6 mai 2012, le Parti de Gauche s’opposait à la règle d’or. Hier, avant le 6 mai 2012, le Parti de Gauche s’opposait au TSCG. Hier, avant le 6 mai 2012, le Parti de Gauche s’opposait à toutes formes de TVA anti sociale. Alors, au lendemain du 6 mai 2012, le Parti de Gauche défend ses convictions contre une politique soumise à quelques oligarques financiers qui imposent et obtiennent de François Hollande ce qu’ils obtenaient déjà de Nicolas Sarkozy. De là où nous militons, nous n’aurions pas compris un soudain changement d’orientation du Parti de Gauche au seul motif qu’à l’assemblée et au gouvernement une alternance s’est produite, mais pas une alternative. Et pour tout te dire cher Marc, si d’aventure le Parti de Gauche avait cessé de s’opposer à ces politiques monétaristes et financières alors nous aurions pensé à le quitter. Mais heureusement il continue à porter le fer il continue à porter le fer plutôt que de se résoudre à la résignation qu’impliquerait, comme tu le suggères, une simple alternance de personnes.

Jean-Luc Mélenchon a-t-il joué au poker à Hénin-Beaumont ? 

Jean-Luc Mélenchon a eu tort, affirmes-tu, de jouer « comme on joue au poker » le capital électoral acquis durant la présidentielle du côté d’Hénin-Beaumont contre Marine Le Pen. Il est vrai que de ton côté tu étais carrément pour un soutien du Front de Gauche au candidat socialiste. Dans ta logique, il valait mieux activer le bon vieux front républicain contre le Front National. Là encore tu sembles appliquer une grille de lecture ancienne, très ancienne même. Cela fait maintenant 30 ans que l’argument utilisé contre le FN est systématiquement et uniquement celui du vote utile. C’est-à-dire une vision purement arithmétique de ce qu’est un affrontement politique. Avec cette vieille grille, rien sur le fond des idées, rien sur le fond des pratiques. Surtout rien. Juste l’agitation de la menace FN pour garantir, avec l’aide de coalitions improbables, son élection sans avoir à affronter POLITIQUEMENT l’extrême droite. Jean-Luc Mélenchon, en allant dans le fief de l’héritière FN, démonter un à un les éléments de la propagande frontiste et avancer une à une les propositions de l’humain d’abord, front contre front, ne fait que poursuivre le débat engagé contre le FN durant la présidentielle. Il redonne un espoir : le FN n’est pas une fatalité qu’il faut électoralement gérer, mais le résultat des politiques financières et libérales conduites depuis la fin des années 70. Cette orientation était déjà fortement présente durant la présidentielle. Et tu te félicites toi même du très bon score obtenu le 23 avril. Alors pourquoi, subitement, au lendemain du 6 mai, aurait-il fallu faire volte-face ? Pour toi, Jean-Luc Mélenchon a simplement hypothéqué le capital électoral du Front de Gauche tout entier en allant sur le terrain pour faire de la politique contre Marine Le Pen. Pour toi, mener l’action politique sur le terrain consiste donc finalement à gérer un capital, en bon père de famille, sans prendre de risque. Et pour tout te dire cher Marc, si d’aventure le Parti de Gauche devait cesser de lutter politiquement contre le FN et lui préférer une stratégie « tranquille » de gestion d’un capital électoral, alors nous pourrions penser à le quitter. Mais heureusement il poursuit sa marche rouge contre la régression brune sa marche rouge contre la régression brune.

L'écologie au détriment du social ? 

Le Parti de Gauche privilégie l’écologie au détriment de la question sociale affirmes tu. L’argument classique et surtout traditionnel des adorateurs du productivisme. Là encore, ta grille de lecture date d’une époque totalement révolue. Le dumping social, les délocalisations, le chômage, la précarité, l’accroissement de la pauvreté, proviennent de cette marchandisation de toutes les ressources de la planète dans le seul but d’accroitre, encore et encore, les profits de quelques multinationales, et tant pis si pour y parvenir on use jusqu’à la moelle les ressources naturelles. Ainsi, produit-on à un bout du monde, le fruit ou le légume, la voiture ou la télé, le vêtement ou l’acier que l’on va consommer à un autre bout de ce monde. Juste parce qu’il est plus facile d’exploiter des salariés, hommes, femmes enfants à un bout du monde plutôt qu’à l’autre. Sauf que les consommateurs riches des pays riches perdent leur emploi parce que leur usine s’est délocalisée. Sauf que les ouvriers des pays pauvres sont exploités plus que rémunérés. Le productivisme libéral c’est la précarité et la pauvreté sociales du présent. L’écosocialisme c’est la protection sociale de demain. Et pour tout de dire cher Marc, si jamais le Parti de Gauche devait retourner dans le monde passé des mythes et des légendes de la croissance obtenue par une consommation frénétique, donc d’une production abusive et irresponsable, alors nous pourrions penser à le quitter. Mais heureusement, sous l’impulsion d’une Martine Billard, d’une Corinne Morel Darleux, d’un Mathieu Agostini, le Parti de Gauche rentre fièrement dans la modernité de l’écosocialisme.

 Un jeu perso de J.L. Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon et le Parti de Gauche tout entier jouent perso et se “cornérisent” déclares tu. Pourtant, lors de son Conseil National qui s’est tenu pas plus tard que ce samedi 15 décembre, nous apprenions qu’il était désormais fort de 12000 adhérents, c’est à dire un doublement de ses militants en à peine 3 ans. 5 plates formes ont été présentées par des camarades différents aux idées différentes mais tous résolus à avancer unis pour affronter les épreuves de l’austérité, l’entrée dans le nécessaire écosocialisme, l’avènement d’une république sociale et solidaire. Pendant ce temps, où étais tu? Tu aurais dû venir t’exprimer, et présenter pourquoi pas ta propre plate forme. Et nous en aurions tous débattu ensemble. En revanche, c’est seul, tout seul, et contre l’avis du Parti de Gauche, que tu votes les contrats d’avenir, un machin compliqué de plus pour alléger les cotisations sociales patronales, avec l’UDI, s’il vous plaît Monsieur. C’est seul, tout seul, contre l’avis de ton parti que tu t’abstiens sur le budget plutôt que de voter contre. Cette “stratégie” du ni oui, ni non, cette stratégie du “on dit rien sur le PS, on dit rien sur le FN”, cette stratégie où finalement on affirme rien, si ce n’est en douce dans un quotidien qui est devenu la vitrine de l’Elysée et de Matignon, a-t-elle rendu visible une seule de tes actions à l’assemblée? Cette stratégie ne t’a-t-elle pas plutôt cornérisé toi, aussi bien dans ton parti qu’en dehors de ton parti? Enfin, les Français ne voient pas les choses comme tu les vois. Lorsqu’on leur demande qui ils souhaitent voir plus présents sur la scène politique pour les défendre, ils ne citent pas ton nom, cher Marc. Mais celui de Jean-Luc Mélenchon qui arrive en 4eme position des personnalités de “gauche”. Mieux, il est le seul à progresser de 4 points en décembre selon l’institut BVA, de 6 points auprès des sympathisants de gauche. Quant au Parti de Gauche, qui se gauchise trop à tes yeux, qui s’extrêmise trop à tes yeux, que se la joue trop perso à tes yeux, il est le parti de gauche alternatif au PS qui a la meilleure image auprès des Français, devant tous les autres parti de la gauche, avec 31% d’opinions positives. Il progresse même de 2 points en cette fin d’année 2012. Sa stratégie de combat contre le libéralisme, contre le F Haine, pour un écosocialisme ambitieux te déplaît, certes. Mais elle plaît aux Français!

 

Finalement mon cher Marc, ton départ du Parti de Gauche est d’une imparable logique. Le Parti de Gauche te propose d’inventer le 21e siècle, de le façonner afin que l’humain passe d’abord. Tu t’y refuses, car tu ne comprends pas cette modernité qui s’impose face à un monde passé qui se prend le mur de l’impasse avec une violence extrême. Le parti de Gauche ferait le pari de l’écroulement du PS déclares tu. À gauche pour de vrai ! nous constatons bien plus l’écroulement d’un monde ancien. Et si d’aventure le PS devait s’écrouler et le FN triompher, comme tu le prophétises, ce sera parce que les partis de la gauche humanistes, écologiques et socialistes n’auront pas relevé les défis d’un monde qui se transforme radicalement. De cette transformation une clarté peut naître. Mais à vouloir poursuivre les méthodes de l’Ancien Monde, comme finalement tu le suggères, l’obscurité brune s’imposera effectivement.

 

Sydne93

 

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Published by henri Moulinier - dans Une autre politique à gauche
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JC CHEVALLIER 20/12/2012 20:30


Tout comme Henri, je partage également l’essentiel de l’analyse de Roger MARTELLI
sur le départ de Marc DOLEZ.


Il faut vraiment savoir ce que l’on veut. Indiquer que le Parti de Gauche ou le
Front de Gauche se « gauchise » est pour ma part très rassurant pour l’avenir et pour «  ce cœur de la Gauche », ce Front de Gauche qui veut véritablement mettre en place une
véritable politique transformatrice de notre société. Il y a URGENCE.


Urgence à combattre le capitalisme et le libéralisme qui rongent nos sociétés mais
également à ne se faire aucune illusion sur un « social libéralisme »  d’un PS et d’un gouvernement VERTS/PS qui nous mène encore dans
l’impasse.


Il est où le changement !


Il y a urgence effectivement à relever les défis d’un monde qui se transforme
radicalement.


La majorité des communistes de notre pays sont fiers d’appartenir à ce Front de
Gauche qui avance FORT et plein d’espoir.


Nous sommes sur le bon chemin.


L’HUMAIN D’ABORD !

Jean-Louis Bacqué 20/12/2012 15:13


 


Marc Dolez rompt avec le Parti de Gauche mais persiste à militer au sein du Front de Gauche.


Pourquoi ne participe-t-il pas aux travaux du Congrès du Parti de Gauche pour mener le débat ?


Il conviendrait également que le Parti de Gauche délivre lui même une information et une explication.


 


Je me vis comme militant du Front de Gauche sur la base des perspectives tracées lors de la Présidentielle, et je pense que le F de G pourrait être le lieu de débats et de réflexions avec comme
perspective la préparation d'une Constituante pour la VI° République dans des « Ateliers pour la VI° République (Sociale et Solidaire) ».


 


Comme premiers thèmes qui me paraissent essentiels et qui n'ont pas été résolus jusqu'à présent :


 




la démocratie par le suffrage universel : pas une démocratie « de délégation » , abusivement appelée « représentative », et qui consiste à déposséder le
mouvement social et politique des citoyens, tant du débat, que du contrôle des décisions et de l'accès à l'information.


Le code électoral et le mode électoral participent à cette dépossession par une distorsion de la représentation [bipartisme et monarchisation]et l'attribution, en dehors des périodes
électorales, des débats et informations, à des médias contrôlés par les puissances économico-financières [que je désigne sous l'acronyme CHRO-CO-CO « Chroniqueurs,et Commentateurs
Connivents »]




les limites du Droit à la Propriété et à l'Accumulation Financière qui, au prétexte de Liberté, consiste pour quelques uns à se saisir du pouvoir de décider de l'organisation du monde, du
devenir de la planète, de l'inégalité des individus, de la mal-répartition des richesses et de la Spoliation Prédatrice.


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  • : Henri MOULINIER
  • Henri MOULINIER
  • : Espace de débat pour contribuer à l'élargissement du Front de gauche, la victoire de la gauche pour une réelle alternative au néolibéralisme et au capitalisme
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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.

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