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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 17:25

Journaliste à la Nouvelle Vie Ouvrière, Spécialiste de l’histoire du Proche-Orient et du conflit israélo-palestinien, Isabelle Avran publie l'article suivant dans la prochaine NVO, l'hebdo de la CGT, à paraître dans la NVO en date du 20-09-2013. Un article pertinent et clair que je vous invite à lire.

Henri Moulinier

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Syrie

Après le massacre

 

L’accord russo-américain conclu à Genève, le 14 septembre, aura finalement scellé, ne serait-ce que provisoirement, le sort de Damas. En dehors de tout débat aux Nations unies, dont l’Assemblée générale fait figure de grande absente. Damas échappe, au moins pour cette fois, aux frappes militaires ciblées envisagées par Washington et Paris après l’attaque chimique contre le quartier de la Ghouta acquis à l’opposition au régime (lequel y avait coupé l’eau, l’électricité et les réseaux de communication). L’attaque aurait fait plusieurs centaines de morts (quelque 1500 selon des médecins sur place), le 21 août. Suite à l'initiative diplomatique russe, la perspective d’une intervention militaire extérieure s’éloigne donc. Reste que le pays demeure la proie d’un conflit qui a déjà causé plus de 110.000 morts et que la question de la protection de la population civile est toujours posée.

 

1. Que se passe-t-il en Syrie ?

 

Présentant le 16 septembre au Conseil de sécurité de l’Onu le rapport des inspecteurs des Nations unies sur l’attaque chimique du 21 août, Ban Ki-moon, secrétaire général, l’a affirmé : « il s’agit d’un crime de guerre ». Le rapport met en évidence une agression au gaz sarin contre des civils. Moscou et Pékin ont refusé que les responsables du crime soient désignés. Depuis le début de son soulèvement, voici deux ans et demi, contre une dictature de plus de quarante ans, le peuple syrien subit une répression massive et meurtrière des forces du régime et des milices armées à sa solde.

La stratégie de la terreur de Bachar al-Assad vise à restreindre la participation populaire au mouvement et à encourager, dans la résistance, les forces les plus radicales. Il s’agit de la délégitimer auprès des opinions nationales et extérieures et de confessionnaliser, dans un cycle vicieux durable, un conflit fondamentalement politique.

 Cette stratégie du pire fonctionne, au moins partiellement. L’opposition démocratique au régime, laquelle, sans aide extérieure, a tout fait d’entrée de jeu pour défendre l’unité nationale contre les divisions confessionnelles dans ce soulèvement populaire pour la justice, la liberté, la démocratie, a vite été confinée entre d’un côté la répression brutale du pouvoir et, de l’autre, une résistance se militarisant autour de l’Armée syrienne libre (ASL) notamment avec les défections dans l’armée officielle, et par ailleurs se confessionalisant. Le pouvoir bénéficie d’alliés militaires non négligeables à Téhéran ou à Moscou, tandis que des combattants jihadistes (dont le Front al-Nosra, qui a prêté allégeance à al-Qaida) jouissent d’un appui également militaire de régimes arabes sunnites qui craignent un axe chi’ite Damas-Téhéran-Bagdad. Le bilan est tragiquement lourd. Plus de 110.000 morts, donc, des milliers et des milliers de blessés, quelque sept millions de réfugiés, à l’intérieur même du pays ou à l’étranger, et des destructions colossales, de maisons, hôpitaux, sites historiques…

 

 

2. Quelle politique américaine ?

 

La fin de la guerre froide était censée annoncer, voici un peu plus de vingt ans, une nouvelle ère internationale fondée sur le droit. En réalité, la guerre en a constitué l’acte fondateur, les Etats-Unis rassemblant une large coalition –incluant la majorité des Etats arabes- contre leur ancien allié de Bagdad, après l’invasion irakienne du Koweït. En jeu : la supériorité stratégique dans la région, de nouveaux débouchés au complexe militaro industriel américain, et le contrôle des politiques de l’OPEP.

En 2003, près de deux ans après les attaques revendiquées par al-Qaida, George W. Bush n’a quant à lui pas hésité à inventer la menace d’un arsenal d’armes de destruction massive en Irak pour justifier une opération militaire d’envergure dans un pays ravagé par une décennie d’embargo. Le dictateur irakien est tombé, au nom d’un « Grand Moyen-Orient » que Washington prétendait démocratiser par les chars, mais au prix de milliers de morts, d’un affaiblissement de l’une des puissances régionales et d’une confessionnalisation du pays et de la région.

 Le 4 juin 2009, au Caire, Barack Obama, averti par les leçons du « bourbier irakien » après le « bourbier afghan », s’est engagé en faveur de nouvelles relations avec les pays arabes, Mais il continue à défendre son hégémonie régionale, et à user de son droit de veto au conseil de sécurité de l’Onu pour défendre l’impunité des dirigeants israéliens. Lesquels le pressent en outre de soutenir une intervention contre Téhéran. L’initiative russe aura permis à Barak Obama de sauver la face, sans intervention militaire, après des mois de rodomontades contre l’hypothèse d’attaques chimiques de Damas, qualifiées de ligne rouge.  

 

3. Isolement français ?

 

François Hollande, voulant « punir » Bachar al-Assad, a affronté une Union européenne et une opinion publique plus que réticentes à l’option militaire. A la fois par souci de la légalité internationale –et, en France, du débat parlementaire démocratique-, par refus d’« ajouter la guerre à la guerre », par crainte d’un embrasement régional, et par volonté de privilégier une solution politique.

D’autres, il est vrai, ont défendu des raisons moins avouables, flirtant avec le repli sur soi en cas de crise. Le président considère l’accord américano-russe comme « une étape importante » mais « pas le point d’arrivée». Il souhaite « la possibilité de sanctions en cas de non-application de l’accord ». Reste que ce ton de fermeté tardif contre le régime (et alors que la population a de longue date besoin de protection internationale) s’inscrit dans une politique de deux poids-deux mesures vis-à-vis de Damas d’un côté et Tel-Aviv de l’autre, sans définir une perspective de solution politique.

 

 

4. Quels intérêts russes ?

 

Washington, Moscou ou Pékin : le veto de l’un contre le veto de l’autre au conseil de sécurité selon les alliances régionales rappellent des scénarios de guerre froide… Quelle que soit la défiance de Pékin à l’égard de l’islam politique, cette région du monde ne l’intéresse guère sinon, peut-être, dans sa volonté de montrer sa relative puissance mondiale. Pour Moscou, il s’agit d’abord de défendre un allié régional. Face à la politique américaine qui s’appuie sur un axe sunnite (Arabie Saoudite, Qatar, Emirats arabes unis…), Moscou choie ses alliances autour d’un axe chi’ite ; or la chute du régime de Bachar al-Assad pourrait affaiblir Téhéran.

 L’intérêt de Moscou, autant que stratégique, est aussi sécuritaire. Ainsi de la proximité entre Syrie et Caucase, alors que la Tchétchénie, par exemple, se situe sur le versant nord des montagnes caucasiennes. Moscou défend aussi les voies de passage du pétrole et du gaz d’Asie centrale.

 

 

5. Les grandes lignes de l’accord de Genève

 

L’accord américano-russe porte sur un démantèlement complet, d'ici mi-2014, des arsenaux chimiques syriens. Une résolution devait être rapidement adoptée par les Nations unies. L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) devrait garantir la mise en oeuvre effective de l’accord, et Damas permettre l'inspection de tous ses sites. Les premières inspections sur le terrain des sites déclarés devraient être réalisées d'ici novembre. Pour la Russie, la résolution ne doit pas prévoir de recours à la force.

 

 

6. Une solution politique ?

 

Difficile dans ce contexte aux enjeux nationaux, régionaux et internationaux, d’imaginer les scénarios possibles pour l’avenir immédiat de la Syrie. Mais plusieurs constats s’imposent. La pérennisation du conflit, de plus en plus meurtrier, frappe une population civile sans protection. Une solution politique est urgente, qui garantisse l’intégrité territoriale du pays, le jugement des criminels de guerre, et l’émergence d’une démocratie telle que la dessineront, notamment par les urnes, les citoyens syriens.

 Cela suppose un tout autre engagement de la « communauté internationale ». Mais dès lors, d’autres questions se posent aussi, qui concernent la démocratisation des instances internationales et le rôle de l’assemblée générale des Nations unies face au conseil de sécurité.

 La solidarité avec le peuple syrien, pour imposer le droit, demeure essentielle.

 

 

I.A.

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Published by henri Moulinier - dans Pas la guerre
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chb 25/09/2013 20:22


Malgré toute la sympathie que j'ai pour la CGT, cet article n'est pas suffisant à mes yeux pour rattraper ses erreurs (bellicistes!) de l'année dernière.
Je préfère Bruno Guigue, qui n'hésite pas à critiquer notre "diplomatie" néo colonialiste :


" (...) Inféodée à Washington jusqu’à la caricature, complice du colonialisme israélien, hostile à toute résistance arabe, complaisante à l’égard des dynasties obscurantistes, alliée objective
d’Al-Qaida : telle est la politique proche-orientale de François Hollande. Comme sous Guy Mollet, l’invocation sélective de nobles principes, la posture du redresseur de torts, le recours
tonitruant à l’intimidation militaire et le mépris pour la légalité internationale tiennent lieu de diplomatie.


Et pourtant, la frustration de la nation syrienne, à l’origine de la conquête du pouvoir par les militaires baasistes, est le fruit de la politique française durant la période mandataire
(1920-1946) : amputations territoriales, refus de l’autodétermination nationale, morcellement politique sur une base ethno-confessionnelle. Les conseillers de l’Elysée ignorent sans doute
que c’est l’armée française qui a écrasé la révolte arabe à Meyssaloun en 1920 et bombardé Damas en 1925. (...  http://oumma.com/155238/de-guy-mollet-a-francois-hollande-tropisme-colonial )

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  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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