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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 06:46

 Crise systémique globale /  USA-UK : le couple explosif de la seconde moitié 2010 :

- Eté 2010, la bataille de la Banque d'Angleterre 

- Hiver 2010, la Fed face au risque de faillite  
       Communiqué public GEAB N°44 (15 avril 2010)  
 
 
Comme l'avait anticipé LEAP/E2020 il y a déjà plusieurs mois, et contrairement à ce qu'ont raconté la plupart des médias et des « experts » au cours des dernières semaines, la Grèce a bien l'Eurozone pour lui apporter soutien et crédibilité (notamment en matière de future bonne gestion, seule garante d'une sortie du cycle infernal des déficits publics croissants (1)). Il n'y aura donc pas de cessation de paiement grecque même si l'agitation autour de la situation grecque est bien l'indicateur d'une prise de conscience croissante que l'argent est de plus en plus difficile à trouver pour financer l'immense endettement public occidental : un processus désormais « insoutenable » comme le souligne un récent rapport de la Banque des Règlements Internationaux <http://www.bis.org/publ/work300.htm> .  
  
Le problème grec n'est qu'un signe d'un prochain grand choc qui touchera les Etats-Unis et la Grande Bretagne

Le bruit fait autour de la Grèce par les médias, anglais et américains en particulier, aura tenté de cacher à la plupart des acteurs économiques, financiers et politiques le fait que le problème grec n'était pas le signe d'une prochaine crise de la zone Euro (2), mais en fait un indice avancé du prochain grand choc de la crise systémique globale, à savoir la collision entre, d'une part, la virtualité des économies britannique et américaine fondées sur un endettement public et privé insoutenable et, d'autre part, le double mur de la maturité des emprunts venant à échéance à partir de 2011 cumulée à la pénurie globale de fonds disponibles pour se refinancer à bon marché.  
  
 Comme nous l'avons expliqué dès Février 2006 lors de notre anticipation sur son imminence, il ne faut pas oublier que la crise actuelle trouve son origine dans l'effondrement de l'ordre mondial créé après 1945, dont les Etats-Unis ont été le pilier, secondé par le Royaume-Uni. Aussi, pour comprendre la portée réelle des évènements générés par la crise (comme le cas grec par exemple), il convient de rapporter leur signification aux faiblesses structurelles qui caractérisent le cœur du système mondial en pleine déliquescence : ainsi, pour notre équipe, le « doigt grec » ne montre pas tant l'Eurozone que les dangers explosifs des besoins exponentiels de financement du Royaume-Uni et des Etats-Unis (3).  
    
  Rappelons-nous qu'au cours d'une période où la demande de financements dépasse l'offre disponible, comme c'est le cas aujourd'hui, les montants d'émission de dettes souveraines en valeur absolue jouent un rôle plus important que les ratios (montants en valeur relative). Un exemple très simple peut le démontrer : si vous disposez de 100 euros et que vous avez deux amis, l'un « pauvre », A, qui a besoin de 30 Euros et l'autre « riche », B, de 200 Euros ; même si B peut vous donner en gage sa montre de luxe qui vaut 1.000 Euros alors que A n'a qu'une montre à 20 euros, vous ne pourrez pas aider B car vous ne disposez pas des moyens suffisants pour satisfaire son besoin de financement ; alors qu’en discutant gage et intérêt, vous pouvez décider de le faire pour A. Cette mise en perspective invalide ainsi tout les raisonnements qui fleurissent dans la plupart des médias spécialisés et qui se fondent sur le ratio d'endettement : en fait, selon leur raisonnement, il est évident que vous allez aider B, puisque son taux d'endettement est nettement plus favorable (20%) que celui de A (150%) ; mais dans le monde de la crise, où l'argent n'est pas disponible en quantités illimitées (4), la théorie se heurte au mur de réalité : vouloir est une chose, pouvoir en est une autre.  
  
 Ainsi, LEAP/E2020 pose deux questions très simples :    
 ° Qui pourra/voudra soutenir le Royaume-Uni après le 6 Mai prochain quand son désordre politique exposera inéluctablement la déliquescence avancée de tous ses paramètres budgétaires, économiques et financiers ?  
 La situation financière du pays est tellement dangereuse que les technocrates en charge de l'Etat ont élaboré un plan, soumis aux partis en lice pour les prochaines élections législatives, afin d'éviter tout risque de vacance du pouvoir qui pourrait entraîner un effondrement de la Livre sterling (déjà très affaiblie) et des bons du trésor (Gilts) britanniques (dont la Banque d'Angleterre a racheté 70% des émissions de ces derniers mois) : Gordon Brown resterait Premier Ministre même s'il perd les élections (sauf si les Conservateurs peuvent se targuer d'une majorité suffisante pour gouverner seuls) (5). En effet, sur fond de crise économique et politique, les sondages laissent penser que le pays s'oriente vers un « Hung Parliament
<http://www.telegraph.co.uk/news/election-2010/7369682/General-election-2010-hung-parliament-explained.html>  », sans majorité claire. La dernière fois où cela est arrivé, c'était en 1974, sorte de préalable politique à l'intervention du FMI dix-huit mois plus tard (6).  

   
 Pour le reste, le gouvernement manipule les indicateurs dans un sens positif afin de créer les conditions d'une victoire (ou d'une défaite maîtrisée). Pourtant, la réalité reste déprimante. Ainsi, l'immobilier britannique est piégé dans une dépression qui empêchera les prix de retrouver leurs niveaux de 2007 avant plusieurs générations (autant dire jamais) selon Lombard Street Research (7). Et les trois partis se préparent à affronter une situation post-électorale catastrophique (8). Selon LEAP/E2020, le Royaume-Uni pourrait connaître une situation « à la grecque » (9), avec la déclaration par les dirigeants britanniques qu'en fait la situation du pays est infiniment pire qu'annoncée avant les élections. Les rencontres multiples, fin 2009, du ministre britannique des finances, Alistair Darling, avec Goldman Sachs constituent un indice très fiable de manipulation en matière de dette souveraine. En effet, comme nous l'écrivions dans le dernier GEAB, il suffit de suivre Goldman Sachs pour connaître le prochain risque de cessation de paiement d'un Etat.  
   
 ° Qui pourra/voudra soutenir les Etats-Unis une fois que le détonateur britannique (11) aura été mis à feu, déclenchant la panique sur le marché des dettes souveraines dont les Etats-Unis sont de très loin le premier émetteur ?  
 D’autant plus que l'ampleur des besoins en matière de dette souveraine se conjugue à l'arrivée à échéance à partir de cette année d'une montagne de dettes privées américaines (immobilier commercial et LBO
<http://fr.wikipedia.org/wiki/Leveraged_buyout%29>  à refinancer, pour un total de 4.200 milliards USD de dettes privées arrivant à échéance aux Etats-Unis d'ici 2014 (avec une moyenne d'environ 1.000 milliards USD/an) (12). Par hasard, c'est le même montant que l'émission globale de nouvelles dettes souveraines pour la seule année 2010, dont près de la moitié par le gouvernement fédéral américain. En y ajoutant les besoins de financement des autres acteurs économiques (ménages, entreprises, collectivités locales), c'est donc près de 5.000 milliards USD que les Etats-Unis vont devoir trouver en 2010 pour éviter la « panne sèche ».  
  
 Et notre équipe anticipe deux réponses tout aussi simples :  
  
 ° Pour le Royaume-Uni, le FMI et l'UE peut-être  (13) ; et nous allons assister à partir de l'été 2010 à la « bataille de la Banque d'Angleterre » (14) pour tenter d'éviter un effondrement simultané de la Livre sterling et des finances publiques britanniques. Dans tous les cas, la Livre n'en sortira pas indemne et la crise des finances publiques va générer un plan d'austérité d'une ampleur sans précédent.  
  
 ° Pour les Etats-Unis, personne ; car l'ampleur des besoins de financement dépassera les capacités des autres opérateurs (FMI compris (15)), et cet épisode entraînera directement, à l'hiver 2010/2011, l'explosion de la bulle des bons du Trésor US sur fond de remontée massive des taux d'intérêts pour financer les dettes souveraines et les besoins de refinancement des dettes privées, entraînant une nouvelle vague de faillites d'établissements financiers.

 Mais il n'y a pas que les Etats qui peuvent entrer en cessation de paiement. Une Banque centrale peut aussi faire faillite quand son bilan est composé d' « actifs-fantômes » (16) et la Fed va devoir faire face à un risque réel de faillite comme nous l'analysons dans ce numéro du GEAB. L'hiver 2010 va également être le théâtre d'un autre phénomène déstabilisateur aux Etats-Unis : le premier grand test électoral depuis le début de la crise (17) où des millions d'Américains vont probablement exprimer leur « ras-le-bol » d'une crise qui dure (18), qui n'affecte pas Washington et Wall Street (19) et qui génère un endettement public américain désormais contre-productif : un Dollar emprunté génère désormais une moins-value de 40 cents (voir graphique ci-dessous).  
 
  On peut ne pas être d'accord avec les réponses que fournit notre équipe aux deux questions posées ci-dessus. Cependant, nous sommes convaincus que ces questions sont incontournables : aucune analyse, aucune théorie sur l'évolution mondiale des prochains trimestres n'est crédible si elle n'apporte pas de réponses claires à ces deux interrogations : « qui pourra/voudra ? ».

De notre côté, nous pensons comme Zhu Min, le gouverneur adjoint de la banque centrale chinoise, que « le monde n'a pas assez d'argent pour acheter encore plus de bons du Trésor américains » (20).  
  
 Dans ce GEAB N°44, notre équipe a donc décidé de faire le point sur ces risques majeurs pesant sur le Royaume-Uni et les Etats-Unis et d'anticiper les évolutions des prochains mois, dans le contexte croissant d'une « guerre de velours » entre puissances occidentales (guerre financière, monétaire, commerciale). Et nous dévoilons une série de recommandations pour faire face au double choc des besoins de financement britanniques et américains.   
 ----------  
 Notes:  
  
 (1) C'est le type de contrainte que le Royaume-Uni va devoir s'imposer tout seul après les prochaines élections ou bien via une intervention directe du FMI ; et que les Etats-Unis sont incapables de s'imposer sans qu’une crise majeure affecte leur dette publique.  
  
 (2) Non seulement la peur diffusée à longueur d'interviews d'experts était sans fondement, mais en plus le cas grec a bien servi à pousser la zone Euro à se doter des instruments et procédures qui lui manquaient en matière de gouvernance. Et nous ne mentionnons même pas l'évidente frustration de nombreux commentateurs et experts qui auraient rêvé de voir l'Allemagne refuser sa solidarité et/ou qui faisaient du cas grec la preuve de leurs théories économiques sur les zones monétaires. A ce sujet, l'équipe de LEAP/E2020 souhaite rappeler son opinion : les théories économiques, que ce soit sur les zones monétaires ou sur d’autres sujets, ont autant de valeur que les horoscopes. Elles ne disent rien sur la réalité mais tout sur l'esprit de leurs auteurs et de ceux qu'ils « ciblent » avec leurs analyses. Une zone monétaire n'existe et ne dure que s'il y a une volonté politique forte et pérenne de partager un destin commun : ce qui est le cas de l'Eurozone. Pour le comprendre, il faut s'intéresser à l'Histoire et non pas à l'économie. Ainsi, pour éviter de répéter à longueur d'articles ses préjugés de baby-boomer et ses dogmes théoriques, un prix Nobel d'économie comme Paul Krugman ferait mieux d'étudier l'Histoire. Cela permettrait aux lecteurs du New York Times et des nombreuses autres publications qui le reprennent dans le monde entier de cesser de se focaliser à tort sur les quelques arbres qui cachent la forêt.  
  
 (3) Comme nous l'avons souvent rappelé depuis plus d'un an, il est bien évident que la zone Euro possède aussi des pays qui font face à des besoins de financement très importants et cela contribue justement à créer un environnement difficile pour le refinancement de toute dette publique importante. Or, les deux « champions » toute catégorie en matière de besoins de financement/refinancement sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni.  
  
 (4) Nous insistons sur ce fait essentiel : les sauvetages de banques par les Etats, puis désormais les risques de faillite de ces mêmes Etats, illustrent le fait que, contrairement au discours lénifiant qui peuplent les médias, l’argent n’est pas disponible en quantités illimitées. Quand tout le monde en a besoin, c’est à ce moment là qu’on s’en rend compte.  
  
 (5) Source : Guardian
<http://www.guardian.co.uk/politics/2010/mar/30/gordon-brown-hung-parliament-pm> , 30/03/2010  
  
 (6) Source : BBC / National Archives
<http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/4553464.stm> , 29/12/2005  
  
 (7) Source : Telegraph
<http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/houseprices/7557222/UK-house-prices-face-prolonged-bear-market.html> , 06/04/2010  
  
 (8) Source : The Independent
<http://www.independent.co.uk/news/uk/politics/what-happens-next-its-time-to-decide-1930600.html> , 06/04/2010  
  
 (9) C'est après leur victoire électorale que les nouveaux dirigeants grecs ont déclaré que la situation budgétaire du pays était beaucoup plus mauvaise qu'annoncée.  
  
 (10) Ces estimations sont fondées sur les anticipations officielles du gouvernement fédéral qui, selon LEAP/E2020, sont beaucoup trop optimistes tant en matière de rentrées fiscales (les rentrées seront plus faibles) qu'en ce qui concerne les dépenses de stimulation de l'économie US (les dépenses seront plus élevées).  
  
 (11) Depuis 2006, à travers de nombreux GEAB, nous avons largement explicité les liens structurels entre la City et Wall Street et le rôle de « flotteur » que joue le Royaume-Uni par rapport au vaisseau américain. En l'occurrence, la défiance vis-à-vis de la dette de Londres déclenchera de manière irréversible une défiance vis-à-vis de Washington.  
   
 (12) Source : Brisbane Times
<http://www.brisbanetimes.com.au/business/wall-of-debt-a-barrier-to-us-recovery-20091215-kum6.html> , 15/12/2009  
  
 (13) Peut-être, car il n'y a aucun mécanisme de solidarité financière qui s'impose dans l'UE, surtout pour un pays qui refuse depuis des décennies tout engagement contraignant avec ses partenaires européens. Le « splendide isolement
<http://en.wikipedia.org/wiki/Splendid_isolation>  » peut devenir un terrible piège quand le vent tourne. Reste donc le FMI … dont Gordon Brown était étrangement si préoccupé de remplir à nouveau les caisses l'année dernière !  
  
 (14) Et à la différence de la bataille d'Angleterre
<http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Angleterre>  (06/1940 - 10/1940) qui vit les pilotes de la RAF, assistés du radar, empêcher l'invasion nazie des îles britanniques, les « pilotes » des établissements financiers de la City, assistés de l'Internet, contribueront à aggraver le problème en fuyant vers l'Asie et l'Eurozone.  
  
 (15) LEAP/E2020 avait indiqué début 2009 qu'une fois passé l'été 2009 il serait impossible de canaliser la crise. L'année dernière, les besoins de financement US étaient encore dans la gamme des interventions possibles d'un FMI recapitalisé à hauteur de 500 milliards USD (suite au G20 de Londres). Outre le fait que cette somme n'est plus disponible dans son intégralité puisque le FMI a dû déjà déboursé plus de 100 milliards USD d'aide aux pays les plus gravement touchés par la crise, cette année, la mobilisation de ce montant ne représenterait que 10% des besoins de court terme des Etats-Unis ; autant dire une goutte d'eau.  
  
 (16) Comme l'ont démontré les informations enfin communiquées par la Fed sur l'état de son bilan. Sources : Huffington Post
<http://www.huffingtonpost.com/2010/03/22/new-york-fed-warehousing_n_508443.html> , 22/03/2010 ; Le Monde <http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/04/06/la-fed-s-est-elle-muee-en-decharge-financiere_1329466_3234.html#xtor=AL-32280184> , 06/04/2010  
  
 (17) L'élection présidentielle de 2008 a été concomitante avec la perception qu'une crise commençait. En Novembre 2010, les électeurs exprimeront leurs opinions après deux pleines années de crise. C'est une grande différence.  
  
 (18) A la différence de ce que proclament Wall Street et Washington, la crise est toujours là et les PME américaines sont de plus en plus pessimistes. Un détail très utile pour comprendre les statistiques US : elles ignorent généralement les PME dans l'établissement de leurs différents indicateurs. Quand on sait qu'aux Etats-Unis aussi, les PME constituent le socle de l'économie, cela relativise fortement la valeur de ces statistiques (même non manipulées). Source : MarketWatch
<http://www.marketwatch.com/story/small-businesses-dont-see-recovery-nfib-survey-2010-04-13> , 13/04/2010  
  
 (19) Pour évaluer l'ampleur du problème socio-politique américain, ce n'est pas tant le rapport de force Démocrates/Républicains qui va être intéressant à suivre, mais l'évolution des extrêmes au sein de ces deux partis et le développement de tout ce qui se situe hors des deux partis.  
  
 (20) Source : Shanghai Daily
<http://www.shanghaidaily.com/article/print.asp?id=423054> , 18/12/2009  
 
  Jeudi 15 Avril 2010
 
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Dans la même rubrique :
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  GEAB l'a dit en Mars 2007: "Des banques d'affaires comme Goldman Sachs pourraient se retrouver impliquées dans de complexes procédures judiciaires" <http://www.leap2020.eu/GEAB-l-a-dit-en-Mars-2007-Des-banques-d-affaires-comme-Goldman-Sachs-pourraient-se-retrouver-impliquees-dans-de_a4579.html>   - 27/04/2010

  
°  Pour 100 euros, accédez à 4 ans d'archives GEAB ! <http://www.leap2020.eu/Pour-100-euros-accedez-a-4-ans-d-archives-GEAB-_a4468.html>   - 26/03/2010  

 ° Info-Trafic LEAP/E2020 - En 2009, le site de LEAP a reçu la visite de deux millions de visiteurs uniques, provenant de plus de 150 pays <http://www.leap2020.eu/Info-Trafic-LEAP-E2020-En-2009-le-site-de-LEAP-a-recu-la-visite-de-deux-millions-de-visiteurs-uniques-provenant-de_a4188.html>   - 14/01/2010  
 
°  Lettre ouverte / Sommet du G20 de Londres: la dernière chance avant la dislocation géopolitique mondiale <http://www.leap2020.eu/Lettre-ouverte-Sommet-du-G20-de-Londres-la-derniere-chance-avant-la-dislocation-geopolitique-mondiale_a3009.html>   - 24/03/2009

  

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 15:32
G20 de Pittsburgh, arrêtons la mascarade !


Le G20 regroupe les économies les plus puissantes du monde. Après Washington et Londres, il se réunira à Pittsburgh les 24 et 25 septembre pour… sortir de la crise sans rien changer au système !

Ce qu'ils veulent : rhabiller le capitalisme
Partie des États-Unis,  la « crise du siècle » s'est accélérée depuis un an, suite à la faillite de Lehman Brothers.

Enfin de l'action publique ! Oui, mais au service des banquiers...

Non seulement les banques ont été sauvées de la faillite par de l’argent public, mais elles l'ont utilisé pour reconstituer leurs profits et continuer leurs opérations spéculatives, préparant ainsi la prochaine bulle. Pire, elles prévoient de verser des bonus faramineux à leurs traders.
Des listes de paradis fiscaux ont été établies et de maigres engagements ont été demandés à ceux-ci pour en sortir. Mais, loin de supprimer les paradis fiscaux, les critères retenus par l’OCDE ne font que légitimer leur existence.
Depuis la rentrée, les gouvernements s'agitent sur la question de la rémunération des traders, après que certaines banques ont été obligées de dévoiler la part de leurs bénéfices qu'elles comptaient allouer en fin d'année à leurs traders (1 milliard pour BNP Paribas, 11,3 milliards pour Goldman Sachs). Si en effet le système de rémunération des traders est un scandale, le cœur du problème n'est pas simplement là, mais dans le fait que les banques et le secteur financier engrangent suffisamment de profits pour attribuer de telles rémunérations à leurs traders et actionnaires, profits qui se font sur le dos des usagers et des salariés.

Ce que nous voulons : dégonfler la finance pour désarmer le capitalisme

Adair Tuner, à la tête du FSA, l'autorité britannique des marchés financiers, a déclaré récemment que la plupart des transactions de la place financière de Londres sont « socialement inutiles » (AFP, 27/08/09). Qu’un ancien responsable du Medef  britannique en vienne à dénoncer « la dérégulation financière caricaturale » et à demander de « réduire la taille de ce secteur » révèle le trouble qui s’installe face au comportement des banques.

Il faut en finir avec des activités financières qui sont « socialement inutiles », parce qu’elles ont des conséquences dramatiques sur la vie des populations : c'est la leçon de la crise actuelle, que devraient retenir tous les dirigeants du monde : il est temps que ces derniers se fixent pour objectif non pas de sauver la finance, mais de la désarmer complètement.

Cela fait plus de dix ans qu'Attac démontre que la dérégulation des marchés financiers est au cœur du problème de nos société modernes.


Attac, à l'occasion du G20, propose dix mesures pour remettre la finance à sa place et nous engager réellement vers une sortie durable de la crise.

Si le G20 de Pittsburgh voulait vraiment une réponse solidaire, écologique et démocratique à la crise : les dix mesures  à prendre d'urgence pour désarmer les marchés financiers

° Instaurer des taxes globales
Ces taxes seraient appliquées aux transactions financières, aux profits des multinationales et à la consommation d'énergie. S’appuyant sur des données reconnues, Attac chiffre à 1 500 milliards de dollars par an les fonds qui pourraient être levés grâce à ces taxes. Ces fonds serviraient à financer l'aide au développement, la préservation des biens publics mondiaux, la reconversion de l'économie vers un modèle soutenable pour la planète et la création d'emplois socialement et écologiquement utiles.

° S’attaquer aux paradis fiscaux
De véritables sanctions contre les banques, les entreprises et les États non coopératifs doivent être mises en œuvre, ainsi qu'une aide à la reconversion pour les territoires qui s'engageraient à mettre fin à leurs pratiques occultes. Cela passe par exemple par une harmonisation fiscale au plan européen.

° Mettre à bas la folie des « innovations financières »
Les hedge funds sont des fonds spéculatifs massivement implantés dans les paradis fiscaux. Échappant à toute régulation, ils ne servent à rien, sinon à enrichir quelques grandes fortunes abritées aux îles Caïmans et à augmenter l'instabilité des marchés financiers. Ils doivent être supprimés. Quant aux produits dérivés et à la titrisation, leur utilisation doit être strictement encadrée.

° Rétablir le contrôle sur les mouvements de capitaux
La mobilité des capitaux permet de spéculer librement entre les places financières, et de mettre en concurrence les pays de la planète, leurs travailleurs, leurs systèmes sociaux et fiscaux. Contrôler les capitaux par la fiscalité et par la réglementation est une œuvre de salut public. Tous les volets de libéralisation financière inclus dans les accords de libre-échange multilatéraux, régionaux et bilatéraux doivent être abrogés/révisés, en particulier ceux imposés par l'Union européenne aux pays émergents et en développement.

° Sortir des marchés financiers le financement des retraites
Dans les pays qui ont choisi de financer leurs retraites par capitalisation, des millions de salariés ont vu partir en fumée leurs économies. Les fonds de pension comme les hedge funds ne servent qu'à alimenter les bulles spéculatives et doivent disparaître.

° Instaurer une fourchette maximale de revenus, supprimer les stock-options et les bonus
Aujourd'hui, un dirigeant d'entreprise gagne en moyenne 400 fois le SMIC. Lier la rémunération des dirigeants et des traders aux profits, par l'intermédiaire de bonus et de stock-options, entraîne  une gestion à court terme des entreprises. Attac propose de fixer des taux d’imposition prohibitifs sur les hauts revenus pour aboutir à un écart maximum de 1 à 5 entre les plus bas et les plus hauts revenus.

° Créer un pôle bancaire public
On ne peut pas demander aux citoyens de financer le sauvetage des banques sans contreparties. Le secteur privé a déjà démontré son incapacité à gérer ces biens publics que sont le crédit et la monnaie. Cela exige dans toutes les régions du monde, et notamment à l’échelle européenne, la création d’un secteur bancaire et financier public, contrôlé démocratiquement, et cela de manière permanente et non transitoire.

° Interdire la spéculation sur les matières premières
À commencer par l'énergie et les denrées agricoles, en organisant une régulation publique des prix. Les matières premières sont des ressources trop rares et précieuses pour être laissées à la seule loi du marché. Nous ne pouvons tolérer que perdurent les conditions de nouvelles émeutes de la faim comme celles de 2008. Cela nécessite de pouvoir garantir des prix rémunérateurs aux paysans du monde.

° Annuler la dette des pays pauvres
La charge de la dette des pays en développement est supérieure à l’aide publique au développement. Cette dette pèse lourd sur les pays pauvres. C’est une arme aux mains des pays riches qu’il faut supprimer. Cette annulation doit s'accompagner d'un nouvel accord international prévoyant des mécanismes justes de réendettement et de traitement de la dette qui écartent tout recours aux marchés financiers, notamment la titrisation des créances.

Une fois mises en œuvre les neuf mesures précédentes, le G20, satisfait du devoir accompli, prononcerait la transformation du G20 en G192
Le G192, soit l'ONU réformée et démocratisée, aurait en effet plus de chances d’apporter à la crise mondiale une réponse donnant satisfaction non pas aux gouvernements de quelques pays riches, mais à l’ensemble de ses États membres.


Attac France,
Montreuil, le 18 septembre 2009
http://www.france.attac.org/spip.php?article10308

Voir aussi le rapport d'Attac France : Les paradis fiscaux en voie de disparition ? Rien n’est moins sûr

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Lire 2 autres articles de ce blog concernant la crise systémique actuelle:

        ° 
"Non la crise n'est pas finie!"

       ° "La crise, un an ... et toutes ses dents!""


      °  Les résultats du sommet du G20: "3 fois 0 et gesticulations en vain!"

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Communiqué d’Attac France

                 Pour une véritable taxe Tobin


    La profondeur de la crise qui s’est abattue sur le monde il y a deux ans est telle que de nombreux thuriféraires de la dérégulation et de la financiarisation hier font assaut d’imagination aujourd’hui pour colmater les brèches qu’ils ont eux-mêmes ouvertes. La volte-face des gouvernements français, allemand et britannique en très peu de temps illustre l’impasse dans laquelle sont enfermées les politiques néolibérales.
  
 Ainsi, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, propose une « contribution volontaire sur les transactions financières au service du développement ».

    Est-ce bien sérieux ?

° D’une part, le caractère volontaire qu’aurait une telle taxe rappelle étrangement la foi en la capacité des banques et des institutions financières à s’auto-réguler, la foi dans les mécanismes spontanés du marché à produire de la stabilité financière et de l’harmonie sociale.

° D’autre part, le taux minuscule qui serait appliqué aux transactions financières (0,005 %, soit cinq cent millièmes) est de nature à « rassurer les financiers », comme le dit M. Kouchner.

    En réalité, les pays les plus puissants de l’Union européenne veulent arriver au sommet du G20 à Pittsburgh en affichant une proposition qu’ils savent inapplicable : l’obstruction des États-Unis devant une quelconque limitation des transactions est connue, et toutes les institutions européennes, auxquelles ils participent pleinement, refusent d’instaurer une taxe digne de ce nom.

  Dans ces conditions, Attac, dont de nombreux représentants des pays européens sont réunis ce week-end à Paris, réaffirme que :

- un contrôle strict des mouvements des capitaux est indispensable pour mettre un terme à l’instabilité et à la spéculation financières ;

- une taxe de type Tobin doit être appliquée à toutes les transactions financières d’un taux suffisant (Tobin lui-même la proposait de 0,5 à 1 %), en prévoyant la possibilité de l’augmenter très fortement pour tuer dans l’œuf tout mouvement spéculatif naissant ;

   -> cette taxe serait d’autant plus efficace qu’elle serait appliquée au niveau mondial, mais, d’ores et déjà, l’échelon de l’Union européenne serait parfaitement opérationnel, compte tenu du degré d’intégration des économies et de la place qu’occupe l’Union dans le monde ;

   -> cette taxe devrait s’inscrire dans un ensemble de mesures cohérentes susceptibles de réduire l’emprise de la finance sur les sociétés : suppression des paradis fiscaux, limitation des revenus financiers, suppression des bonus, mise en place d’un pôle public du crédit contrôlé démocratiquement ;

   -> enfin, vouloir aider les pays pauvres à se développer, c’est bien, leur laisser la possibilité de maîtriser ce développement serait mieux : souveraineté alimentaire, annulation de la dette publique, arrêt immédiat de tous les plans d’ajustement structurel, redistribution des richesses, libre circulation des connaissances et des techniques pour sortir de la crise, notamment écologique, sont des conditions absolument nécessaires.


Attac France,
Montreuil, le 18 septembre 2009
http://www.france.attac.org/spip.php?article10309

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Stop Paradis Fiscaux

http://www.stopparadisfiscaux.fr/

 

Les paradis fiscaux font des ravages. Ils ont amplifié la crise qui a jeté des millions de personnes dans le chômage et la précarité à travers le monde. Comment aujourd’hui accorder la moindre confiance aux banques si on ne connaît pas le montant de leurs capitaux dissimulés dans ces trous noirs de la finance mondiale ?


Les paradis fiscaux plombent le budget des États.

 

Des grandes entreprises et des individus fortunés échappent aux impôts en y cachant leur argent, tandis que les autres payent à leur place. En France, la fraude fiscale coûterait 3 fois le déficit de la Sécurité sociale. Les paradis fiscaux y prennent une large part. Les pays du Sud, eux, voient s’envoler dans les paradis fiscaux près de 800 milliards d’euros par an !

 

Les paradis fiscaux servent également de base-arrière pour blanchir l’argent des trafiquants, dictateurs et autres caisses noires de certaines entreprises. En protégeant les hors-la-loi et leurs secrets, ils menacent en permanence la paix et la démocratie dans le monde.


Les dirigeants du G20 ont appelé, en avril 2009, à une action mondiale contre les paradis fiscaux. C’est une bonne nouvelle. Mais ce premier pas n’est pas à la hauteur du scandale. À quoi bon dresser, par exemple, une liste des paradis fiscaux si c’est pour la vider, aussitôt, de son contenu ?

 

Sans la présence des banques et des multinationales des pays du G20, les paradis fiscaux n’existeraient plus : 100% des entreprises et des banques françaises du CAC 40 y ont des filiales. 

 

C’est sur celles-ci que la France et la communauté internationale doivent agir !

Qui que l'on soit – citoyen, consommateur, militant syndical, élu local ou dirigeant d'entreprise, demandons davantage de transparence aux utilisateurs des paradis fiscaux.


Ensemble, exigeons la disparition des paradis fiscaux ! 

 

Une campagne à l'initiative des organisations syndicales CFDT, CGT, Snui, Solidaires et des ONG Attac, CCFD Terre Solidaire, Oxfam France-Agir Ici et de la Plate forme paradis fiscaux et judiciaires.

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 20:58

Voici de larges extraits d'une analyse de Jacques Sapir sur les mécanismes et les causes profondes de la crise qui n'est pas terminée. Il conclue cet article en disant que "le répit que nous connaissons actuellement ne peut être que passager. Nous sommes bien entrés dans une crise de longue durée".

Voir aussi d'autres  articles sur ce blog

     °  "Non, la crise globale, systémique n'est pas finie !"

    °   Et maintenant, les subprimes de la mort: la spéculation n'a pas de limite !

    °   Le partage des profits en 3 tiers: une catastrophe

    °  Les racines sociales de la crise financière

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La crise: un an... et toutes ses dents

Extraits
Jacques Sapir - Economiste | Mardi 15 Septembre 2009 In "Marianne"

15 septembre 2008: la chute de Lehman Brothers. La crise poussait son premier cri. Aujourd'hui, Jacques Sapir, économiste à l'EHESS, ne nie pas l'accalmie, mais il dénonce ses conséquences: nous croyons être en sécurité, et nous prenons des risques.(...)

Alors que l’on commémore le premier anniversaire de la faillite de Lehman Brothers, il convient de prendre un certain recul. Les économistes médiatiques, que l’on ne citera pas par charité, se sont discrédités par les diverses palinodies que nous avons pu entendre depuis 2007 (1). Souvenons-nous de cet économiste, fréquemment invité à la télévision (sur France 2) et qui se permet de conseiller les socialistes français, qui déclarait à l’été 2007 que la crise était purement celle du marché hypothécaire américain et qu’elle était de toute manière sous contrôle… Il sévit encore là où toute personne honnête serait allée cacher sa honte au plus profond d’une forêt. (...)


Aujourd’hui, la crise commencée au début de 2007 connaît donc une accalmie.

À voir comment les banques ont reconstitué leurs profits, et les banquiers leur appétit illimité, on pourrait même croire qu’elle est terminée. Il n’en est rien, et la stabilisation actuelle risque d’être provisoire. Les problèmes posés par cette crise n’ont en rien été résolus par les mesures prises depuis un an.

Il est particulièrement regrettable, mais pas spécialement surprenant, que le sentiment de relative sécurité dans lequel nous sommes depuis le mois de mai nous ait conduit à renoncer aux mesures les plus importantes et les plus radicales. Les gouvernements ont, par impéritie ou par dessein, laissé s’échapper le moment de la crise qui aurait aussi pu être celui des réformes.(...)

Une crise triple

Cette crise en réalité conjuguait trois types de temporalités, dont l’enchevêtrement a tendu par ailleurs à en obscurcir les leçons (3).

° Dans le temps court, nous avons eu la crise de liquidité internationale déclenchée par la faillite de Lehman Brothers.
Cette dernière a amplement démontré que, dans le court terme, le risque de système était très supérieur à l’aléa moral (4). Cette crise a pris les acteurs de marché et les autorités par surprise ; elle était pourtant parfaitement prévisible. Ce risque de système, qui est bien connu de tous ceux qui étudient les crises financières, a donc dominé les représentations. Son ajournement a conduit à un sentiment de soulagement, et le soulagement a induit le relâchement. Mais, ce n’est pas parce que l’on a ajourné cette crise de système que son risque a disparu. Les marchés ne sont pas devenus « efficients », comme on le prétend (5), pour autant (6), ni l’arbitrage un moyen d’aboutir à l’équilibre (7).

La dégradation de la situation du secteur bancaire fut continue depuis le début de l’été 2007. Elle traduisait la substitution du crédit à une politique des revenus aux Etats-Unis et chez leurs clones, Royaume-Uni, Espagne, Irlande et Islande.

° Cette crise assumait ainsi dans le moyen terme une seconde nature qui dépassait de loin le simple problème du marché hypothécaire américain et des « subprimes » (8). En fait, si 54% de ces hypothèques à risque étaient titrisées en 2001, le pourcentage était passé à 75% en 2006. Globalement, avec l’explosion du marché des CDO et CLO, c’était bien le marché des produits dérivés qui était en cause. L’explosion de ce dernier, passé de 1500 milliards de dollars en 2002 à 45 500 milliards en 2007 révélait l’ampleur du problème (9).

Ce que la situation créée par la faillite de Lehman Brothers à mis au jour n’était autre que le processus de titrisation (10) qui a massivement généralisé ce risque et créé, sous l’apparence d’une situation de « partage du risque », toutes les conditions pour une contamination généralisée du système bancaire et financier (11). Ce problème montre que même si une régulation plus stricte est certainement nécessaire, elle ne saurait être suffisante. L’innovation financière aura toujours un moment d’avance sur la réglementation ; sauf, bien entendu, si cette dernière inclut des prohibitions comme cela avait été le cas avec le Glass-Steagall Act de 1933 qui fut démantelé en 1999 (12). (...)

° Mais, il y a un troisième moment dans cette crise, qui correspond cette fois à la longue durée. C’est bien l’inversion du rapport de force entre le capital et le travail, qui s’est produit dans les années 1980, qui a porté en lui cette crise.


                  Graphique 1

      Part des profits dans l’économie américaine depuis les années 1980

La crise: un an... et toutes ses dents (1/3)
      Source : Bureau of Economic Analysis et EHESS


Quand les profits mangent progressivement la totalité des gains de productivité, on ne peut plus maintenir la demande solvable, sans laquelle, rappelons-le, le capital accumulé ne peut se valoriser que par un engagement toujours plus important du crédit. C’est bien ce phénomène qui a engendré l’explosion du crédit que nous avons connu ces dernières années et qui a servi de détonateur à cette crise.


                  Graphique 2

      Endettement des ménages américains en % du PIB

La crise: un an... et toutes ses dents (1/3)
     Source : Bureau of Economic Analysis et CEMI-EHESS

Il y a ici plusieurs causes à cette situation.

° 
Tout d’abord, pour affaiblir, voire briser le compromis salarial qui dominait dans les années 1950 et 1960, on a eu recours au découplage entre le marché sur lequel une société réalise ces profits et celui sur lequel elle recrute ses travailleurs. Ceci a pris diverses formes et porté divers noms. De la « contrainte extérieure » à la « mondialisation » nous avons eu une tendance permanente à mettre les travailleurs en concurrence pour que le moins disant et le mieux offrant puissent s’imposer (13).
 
° Il y a eu ensuite le basculement progressif dans la « valeur actionnariale », traduction du « shareholder value ».     Ce basculement, qui s’est réalisé à la fois du côté des entreprises privées et du côté des entreprises publiques que l’on a privatisées, s’est traduit par une mainmise de la finance sur les activités industrielles. Elle s’est accompagnée d’une demande pour des revenus toujours croissants, qui a exercé à son tour une pression sur les salaires des producteurs. Il y a dans ce système une certaine beauté en ceci que la rente financière est le plus souvent payée en salaires elle aussi. Elle ne saurait apparaître ainsi dans les statistiques, mais elle explique l’emballement des rémunérations du secteur de la finance et du petit groupe social qui y est associé.

° Il y a eu enfin les politiques fiscales, qui se sont contractées et qui ont déplacé l’essentiel du fardeau des entreprises vers les ménages. La concurrence fiscale, ici encore, a joué un rôle extrêmement important. Notons cependant que cette concurrence ne peut jouer que parce que nos économies se sont ouvertes. Ces politiques fiscales ont ainsi progressivement, et de manière différenciée suivant les pays, abouti au démantèlement des systèmes de protection publique qui avaient été mis en place dans les années 1950 et 1960 et à la paupérisation progressive des classes moyennes (14). Elles ont servi de prétexte au développement des fonds de pension qui a donné un nouvel élan à la financiarisation, avant de se révéler un piège pour ceux qui y avaient investi, comme on l’a vu au Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Irlande dans le feu de la crise actuelle.

Ces politiques se sont traduites par un accroissement important des inégalités, nous ramenant pour le cas des Etats-Unis à la situation d’avant 1929.


                Graphique 3

     Évolutions des inégalités aux Etats-Unis

La crise: un an... et toutes ses dents (1/3)
    Source : T. Piketty and E. Saez, Income Inequality in the United States, Quarterly Journal of Economics, February 2003. Données mises à jour par les auteurs sur la base des statistiques de l’IRS.


Mais, elle existe aussi en France où le 1% le plus riche accumulait en 2005 plus de 6,7% des revenus (15), tandis que l’écart de ce centile avec la médiane (le niveau de salaire partageant l’échantillon des salaires en deux parties égales) ne cesse d’augmenter depuis les années 1980 (16).

C’est bien dans le partage des richesses qu’il faut chercher la cause profonde de cette crise.

Tant que l’on n'y aura pas porté remède, il ne saurait y avoir que des replâtrages. De ce point de vue, la question des inégalités n’est pas, pour l’essentiel, une affaire de morale et d’éthique, encore que l’on voit bien comment ces inégalités attaquent le tissu de nos sociétés. Il s’agit d’un facteur qui est éminemment économique. Tant que l’on n’aura pas une distribution plus juste des revenus, on ne saurait avoir les conditions stabilisées de valorisation du capital.(..)



               Graphique 4

     Le tournant des années 1980 en France

La crise: un an... et toutes ses dents (1/3)
     Source : INSEE

La combinaison de ces différents facteurs s’est elle aussi fait sentir en France, en particulier lors du premier septennat de François Mitterrand, où la combinaison de la politique de Jacques Delors et de celle de Pierre Béregovoy produisit un mouvement similaire sur la valeur ajoutée. Cette politique a été, en dépit de l’appartenance au Parti Socialiste de ses auteurs, l’équivalent pour la France de la politique de Ronald Reagan aux Etats-Unis ou de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne.

La crise actuelle a donc des causes profondes, qui plongent leurs racines dans les années 1980. Elle repose aussi sur la conjonction de ces trois temporalités. C’est bien pourquoi le répit que nous connaissons actuellement ne peut être que passager. Nous sommes bien entrés dans une crise de longue durée.

La crise: un an... et toutes ses dents: la suite

Notes

(1) F. Lordon, Les Disqualifiés, Miméo
(2) Voir J. Sapir:
- Global finance in Crisis: a provisional account of the subprime crisis and how we got into it, Real-world economics review, issue n° 46, 18 May 2008,
- Quelle ampleur et quelle durée pour la crise actuelle, Revue du Mauss Permanente, 19 mai 2008,
- Sept jours qui ébranlèrent la finance, in Actualités de la recherche en Histoire Visuelle, 22 septembre 2008,
- Trop peu, trop tard? Les aventures du plan Paulson, in Actualités de la recherche en Histoire Visuelle, 10 octobre 2008,
Le monde qui vient, in Actualités de la recherche en Histoire Visuelle, 25 octobre 2008,
- 2009: Récession ou Dépression?, in Actualités de la recherche en Histoire Visuelle, 6 janvier 2009
(3) J. Sapir, Une décade prodigieuse. La crise financière entre temps court et temps long, Revue de la régulation, n°3, 2ème  semestre 2008, Varia, mis en ligne le 30 septembre 2008.
(4) C.P. Kindleberger, Manias, Panics and Crashes – A History of Financial Crises, revised edition, Basic Books publishers, New York, NY, 1992.
(5) E. Fama, Efficient Capital Market: a Review of Theory and Empirical Work in Journal of Finance, Vol. 25, n°2/1970, pp. 383-417.
E. Fama and K. French, Permanent and temporary component of stock prices, Journal of Political Economy, vol. 96, n°2/ 1988, pp. 246-273.
(6) S.J. Grossman et J.E. Stiglitz, Information and Competitive Systems in American Economic Review, vol. 66, n°2/1976, Papers and Proceedings, pp. 246-253,
On the Impossibility of Informationally Efficient Markets in American Economic Review, vol. 70, n°3/1980, pp. 393-408.
(7) S.Salop, On the Non-Existence of Competitive Equilibrium, Federal Reserve Board, St. Louis, 1976
S.Salop et J.Stiglitz, Bargains and Ripoffs: A Model of Monopolistically Competitive Price Dispersion, in Review of Economic Studies, Vol.44, 1977, pp.493-510.
(8)  US Congress, JEC, The Subprime lending crisis – The economic impact on Wealth, Property Values and Tax Revenues,
How We Got There, Report and Recommendations by the Majority Staff of the Joint Economic Committee, US-GPO, October 2007, p. 3.
(9) J.P. Morgan Credit Derivatives and Quantitative Research, Credit Derivative : A Primer, J.P. Morgan, New York, janvier 2007.
(10) A. B. Ashcraft and T. Schuermann, Understanding the Securitization of Subprime Mortgage Credit, FIC Working Paper n° 07-43, Wharton Financial Institutions Center, Philadelphia, Pa., 2007.
J.P. Morgan Corporate Quantitative Research, Credit Derivatives Handbook, J.P. Morgan, New York, December 2006, p. 6.
(11) M. Gallegati, B. Greenwald, M.G. Richiardi and J.E. Stiglitz, The Asymmetric effect of Diffusion Processes: Risk Sharing ad Contagion, Global Economy Journal, Vol. 8, n° 3, 2008, article 2.
(12) Federal Trade Commission: the Gramm-Leach-Bliley Act
(13) J. Bivens, Globalization, American Wages, and Inequality Economic Policy Institute Working Paper, Washington DC, 6 septembre 2007.
P. Artus, Quels risques pèsent sur les salaries européens?, Flash-Economie n°2006-153, April 11th, 2006, IXIS, Paris.
P. Atrus, Pourquoi l’ouverture aux échanges semble être défavorables dans certains cas?, Flash-Economie n°2004-53, February 17th, 2004, CDC-IXIS, Paris.
(14)  R. Bigot, Hauts revenus, bas revenus et «classes moyennes». Une approche de l’évolution des conditions de vie en France depuis 25 ans, Intervention au colloque «Classes Moyennes et Politiques Publiques» organisé par le Centre d’Analyse Stratégique, Paris, 10 décembre 2007.
(15)  C. Landais, Les hauts revenus en France (1998-2005). Une explosion des inégalités?, Document de travail de l’ecole d’économie de Paris, 2007, Paris.
(16)  INSEE, enquête à partir des DADS (Déclarations Annuelles de Données Sociales).

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 06:15

La crise était finie ! Une "reprise" de l'activité est annoncée en Août: croissance positive au 2e trimestre pour la France, l'Allemagne, la Norvège (+ 0,3%), et du Japon (+ 0,9%). Le PIB de la zone OCDE - regroupant les 30 pricipaux pays industrialisés du monde- s'est stabilisée à 0,002%, alors qu'il accusait une baisse de 2,1% au 1er trimestre 2009.


Pourquoi ce rebond?

L'article d'Alternatives Economiques, ci-dessous, donne des éléments d'analyse. Pour ma part, je veux en préciser certains:

- Le redémarrage de l'industrie automobile grâce aux mesures d'aides financières, de prime à la casse et de publicités chocs. Les entreprises automobiles ont recommencé à produire, après avoir massivement destocké.

- La baisse des prix, qui s'est accentuée en Juillet (-0,7% sur un an, de juin 08 à juin 09, selon l'INSEE) Elle a évité un effondrement de la consommation des ménages ( 60% des "moteurs" de la croissance, aux côtés de l'investissement et des exportations).

- Le commerce extérieur redevenu positif, plus à cause de la chute des importations que de la croissance des exportations. Les ventes d'automobiles françaises à l'étranger, en particulier en Allemagne ( petits modèles), ont enregistré de beaux succès.

Ajoutons à cela une certaine remontée de la Bourse, liée aux activités spéculatives qui ... reprennent! Avec l'aide massive des Etats, les banques refont des profits ( Exemple de la BNP: 3,2 milliards d'euros au 1er trimestre, elle qui avait bénéficié de 5,1 milliards d'aides de l'Etat français). Ainsi, la crise ... des banques semble passée: la spéculation peut recommencer, comme ... avant, au risque de causer, à terme, une nouvelle "bulle spéculative". Pour autant, le crédit bancaire a du mal, lui, à reprendre.

Une croissance en trompe-l'oeil

° Le chômage a repris en Juillet, après une "baisse" conjoncturelle des chiffres en Juin. Nous en sommes, officiellement, à 2 535 200 demandeurs d'emploi inscrits dans le Pôles emploi en Juillet, contre 2 003 600 en février 2008. Encore fau-il préciser que ces chiffres ne concernent que la catégorie A ( n'ayant pas du tout travaillé dans le mois, à la recherche d'un emploi à plein temps). Car, si l'on prend les catégories A, B, C, de chômeurs, le nombre de ces chômeurs a augmenté de +18,9% sur un an, atteignant 3,66 millions en métropole et 3,8 millions avec la France d'Outre-Mer.

     Et cela n'est pas fini: les effets des "plans sociaux" ne vont commencer à se faire sentir qu'à l'automne, quant les salariés licenciés vont s'inscrire. "Ils vont recevoir une lettre de licenciement à la fin de l'été ou à l'autmne, et c'est à ce moment-là qu'ils s'inscriront au chômage" a dit François Chérèque (CFDT)Les jeunes, sans emploi,  sortis du système de formation avant l'été, vont eux aussi se diriger vers les Pôles emploi. Jean Claude Mailly (FO) prévoit 800 000 chômeurs de plus pour cette année 2009

° Les salariés sont oublié par des politiques gouvernementales et européennes ( mais aussi ailleurs) axées uniquement sur le soutien aux entreprises et à l'investissement. Certes, l'investissement est un des moteurs de la croissance               ( 21%), mais le moteur essentiel est la consommation des ménages ( 58%). Pour la stimuler, il y a 2 moyens: réduir l'épargne ou augmenter les salaires. Or, les salariés pratiquent plutôt l'épargne de précaution. Et les salaires ne bougent pas. Les achats des ménages sont donc l'élément déterminant de la reprise durable de l'économie. La question du pouvoir d'achat de ceux qui travaillent ( salariés et travailleurs indépendants), comme des retraités, est une question tabou. L'augmentation des salaires demeure pourtant une des voies de sortie de la crise.

   En définitive, les éléments structurels de la crise sont toujours là ! Car les politiques menées ne touchent pas aux mécanismes qui ont engendré la crise

  
La crise systèmique demeure

 Car n'oublions pas qu'elle est mondiale,  gangrénée par un capitalisme financiarisé, crise économique, mais aussi sociale ( chômage, pauvreté et fortes inégalités) ET écologique ( réchauffement climatique, dégradation sévère de la biodiversité, crise énergétique en puissance - le prix du pétrole brut remonte à plus de 70 euros le baril, sous l'effet, pour partie, de la ... spéculation.

Les mêmes politiques économiques libérales peuvent-elles produire autre chose que la poursuite de cette crise structurelle?

 
Certes, N Sarkozy vient de tancer les banquiers, leur enjoignant de se plier aux règles qu'il vient de leur faire valoir: les bonus des dirigeants et des  traders seront étalés sur 3 ans: 1/3 la 
première année, les 2/3 des 2 années suivantes. Et la partie différée du bonus ne devra pas être versée "si les performances ne sont pas au rendez-vous" a déclaré N Sarkozy. Les banques seront "sanctionnées" si elles ne se plient pas à ces règles.

 "Pas grand choses de nouveau" par rapport au code de bonne conduite qui existait déjà, juge la CFDT des banques. Jean-Claude Mailly(FO) pointe la "grande différence entre les propos et ce qui est proposé" et exprime un "doute" sur l'effet dissuasif des nouvelles mesures.

 Jean-Christophe Le Duigou (CGT) est "extrêment sceptique": "N'est-on pas en train de traiter l'écume des choses?"
   

"N'est-on pas en train de traiter l'écume des choses?" 

 
Pour lui, 
"les traders ne font que gérer des marchés et des produits mis au point et développés par les banques". "Les banques ont quitté leur coeur de métier. Aujourd'hui, seulement 20% des ressources des banques proviennent de la distribution de crédits"; le reste étant tiré de leurs activités purement financières.

 Or, s'il le voulait l'Etat qui détient, entre autre 17% du capital de la BNP, 8% de la Société Générale, "aurait les moyens, en tant qu'actionnaire, de peser sur la gestion des banques",
quitte, pour cela, à "demander à être représenté au conseil d'administration" fait valoir JC Le Duigou ( L'Humanité - 27/8/09).

Poursuivre la politique néolobérale ou engager de profondes réformes de ce capitalisme financiarisé?


 Il est clair que de véritables réformes structurelles de ce type sont nécessaires. Mais telle n'est pas la volonté de N Sarkozy, qui veut préserver l'essentiel des profits financiers, spéculatifs pour parler plus clairement.Et utilise la crise pour accentuer sa politique néolibérale, ce qui passe par la mise en cause des services publics restant  ( La Poste, ...), la poursuite de la démolition du droit du travail        ( mise à mort du travail dominical, ...), ou encore l'allégement des impôts sur les entreprises           ( mise en cause de la taxe professionnelle payée par les entreprises, création d'une taxe carbone sur les ménages).

 La création d'un pôle public financier, par exemple, dans le domaine financier, serait une des solutions fortes pour réorienter l'action du secteur bancaire vers l'activité économique réelle.
Voilà une proposition de gauche qui mérite débat, plus que celle des "primaires" aux présidentielles et qui poserait autrement l'alliance voulue par des socialistes et des écologistes avec le Modem
 
                                                                                                       Henri Moulinier

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Pourquoi la crise n'est pas finie

Si la dépression semble aujourd'hui évitée, de nombreux risques peuvent entraîner une rechute de l'activité.

 

En août dernier, la surprise a été générale: nous ne nous en doutions pas, mais en fait l'économie française était sortie de la récession depuis plusieurs mois déjà. La production repart en effet un peu, tirée en particulier par l'automobile grâce aux primes à la casse. La consommation des ménages, qui n'avait pas fléchi, a légèrement accéléré. Mais c'est surtout une amélioration des comptes extérieurs, que personne n'avait anticipée, qui explique la sortie de la récession: elle a gonflé l'économie française à hauteur de 0,9 point de produit intérieur brut (PIB) au deuxième trimestre. L'action des banquiers centraux et les plans de relance des gouvernements sont donc parvenus à empêcher que la récession ne se transforme en dépression . Même si dans le cas de la France et de l'Europe, c'est pour une part non négligeable les relances des Américains et des Chinois - beaucoup plus massives que la nôtre - qui a soutenu les exportations.

 

Ceci étant, cette - modeste - hausse du PIB intervient à la suite d'une récession sans précédent depuis les années 1930: entre le deuxième trimestre 2009 et la même période de 2008, le PIB est toujours en recul de 2,6%, une baisse plus de deux fois supérieure à celle qu'on avait connue lors de la récession précédente, celle de 1993. Les exportations, même en légère hausse, sont toujours 12% plus faibles qu'il y a un an. Quant à l'investissement des ménages comme des entreprises, il diminue encore. Sans oublier que la production industrielle, si elle se redresse un peu, était toujours, fin juin, à l'indice 86, alors qu'elle se situait à 104 en janvier 2008, soit un recul de 17%...

 

Bref, il n'y a pas encore de quoi pavoiser.

 

D'autant que les risques de rechute sont non négligeables. Ce ne serait pas la première fois, en effet, qu'une reprise ferait long feu: tant aux Etats-Unis dans les années 1930 qu'au Japon dans les années 1990, de multiples épisodes de ce type avaient par la suite rapidement avorté.

 

° D'abord parce que le marché du travail continue et va continuer de se dégrader, plongeant dans le chômage une part croissante de la population et démoralisant les autres.

 

° De plus, bien que les banquiers aient déjà repris leurs mauvaises habitudes en matière de spéculation et de rémunérations, la pompe du crédit n'est pas vraiment réamorcée et le système bancaire reste très fragile. Surtout en Europe, où le ménage n'a pas été fait.

 

° Enfin, les plans de relance vont cesser de produire leurs effets, alors que les gouvernements risquent, là aussi surtout en Europe, de vouloir resserrer trop vite le robinet budgétaire.


Bref, l'heure n'est pas du tout à la démobilisation face à la crise.

 

Guillaume Duval

Alternatives Economiques -  n°283 - Septembre 2009

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                                 Crise systémique : le trou noir


 par Gilles Bonafi  Le 5 aout 2009
 
  Mondialisation.ca <http://www.mondialisation.ca>  
 
  
 Nous sommes plusieurs à vous  le dire, le répéter, insister lourdement, nous ne sommes pas en 1929,  c’est bien plus grave ! Il s’agit ici d’une crise systémique, un système  de captation du capital par quelques-uns, basé sur la consommation à  partir de dettes et donc, parler seulement de dettes revient à occulter le  problème de la consommation. Or, il faut le rappeler, sans  consommation il n’y a pas de travail.   De plus, l’histoire nous  apprend que ce n’est pas en 1929 que la crise a touché le fond mais en  1932 soit 3 ans plus tard. 

 

Nous sommes très peu à  informer sur l’ampleur du désastre (Paul Jorion, le LEAP, Abderrahmane  Mebtoul moi même ou Pierre Jovanovic entre autres).   Ce dernier, avec humour résume  notre avenir : Koh-Lanta pour tous ! Paul Jorion, plus sobre indique que  c’est la fin du capitalisme.   Stiglitz, Krugman et Roubini  avaient peut-être prévu la crise mais sont passés à côté de son  ampleur.   Le LEAP parle de 3 vagues  scélérates, il faudrait plutôt parler de tsunami. Voici donc un petit tour  d’horizon qui devrait vous éclairer.   Le 24 juin 2009,  « Lepoint.fr » indiquait que les  exportations japonaises ont baissé de 40,9 % sur un an. Le commerce  mondial est sinistré et l’on assiste à l’effondrement du secteur du  transport maritime (- 21 %) et du fret aérien (-28 %) : FOCUS/Panalpina en baisse après résultats  semestriels. <http://www.romandie.com/infos/news2/200908051205080AWPCH.asp>   


Pour le  secteur aérien, on est au bord du gouffre (voir le blog de Pierre  Jovanovic : www.jovanovic.com <http://www.jovanovic.com/>  , truffé d’infos à ce sujet)  avec selon l’ IATA (l'Association internationale du transport aérien ) une  baisse de 16,5% pour le fret et de 7,2% pour les passagers en juin par  rapport à l'an dernier et donc neuf milliards de dollars de pertes  estimées pour 2009. 

 

  On le voit ici, 16,5 %  déclarés et 28 % réels, voilà comment on triche avec les  chiffres.   Si l’on prend en compte, les  accidents récents (impact psychologique), la hausse du carburant, la  grippe et l’aggravation de la crise, il faudra multiplier par 3, voire 4  ce chiffre. De très nombreuses faillites sont pour bientôt, ce que j’avais  annoncé l’année dernière, le 23 octobre 2008 dans mon article Cessation de paiement <http://www.alterinfo.net/Cessation-de-paiement_a25189.html> .

 L’industrie automobile est  dans un état encore pire. Par exemple aux USA, les ventes de voitures se  sont effondrées en juin 2009 : Ford: - 10,9 %, General Motors: - 33,6 %,  Toyota: - 31,9 %, Chrysler: - 42 %, Honda: - 29,5 % - Nissan: - 23,1  %.   C’est vrai, j’oubliais, la  crise est terminée !   Bien sûr, mon calendrier a été  repoussé de quelques mois car on a injecté dans l’économie des sommes  faramineuses. En effet, la Fed la (banque centrale US), le 18 mars 2009  (le jour où le dollar est mort), a décidé de racheter des  bons du trésor, ce qui revient à monétiser la dette, et, le 29 avril 2009,  a confirmé qu’elle se portait acquéreuse de 1700 milliards de  dollars soit 12,5% du PIB de titres émis par le privé et  d’obligations : http://www.federalreserve.gov/newsevents/press/monetary/20090429a.htm     Ils devraient d’ailleurs  écrire plus petit pour mieux cacher la réalité ! Sélectionnez le texte et  copiez-le, le chiffre exact apparaîtra.   Pour les retraites, par  exemple, 15 millions de britanniques n’auront pour vivre que 560 livres  par mois et pour le reste de l’Europe, l’exemple Letton sera le modèle  avec 20 à 30 % de baisse des pensions.

 Mais le pire concerne le  chômage qui explose et le moment est venu de vous démontrer comment les  chiffres sont tronqués. Jacques Freyssinet, économiste français né en 1937  dont les travaux font autorité sur l'emploi et le chômage a démontré que  le chômage réel était plus de 1,5 fois supérieur à celui déclaré par le  BIT (Bureau International du Travail) car le calcul ne tient pas compte  des demandeurs d’emploi en formation, des cessations anticipées d’activité  et de ceux qui sont dans l’absence de recherche d’emploi: 2.5Le halo du chômage <http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%B4mage#Le_halo_du_ch.C3.B4mage> .  

 

 Par exemple, en France, le  chômage a augmenté de 18,7 % sur un an et l'Insee prévoit un taux de  chômage de 10,5 % à la fin de l’année (9,1 % au premier trimestre) ce qui  signifie, si l’on tient compte de la réalité que nous aurons un  taux réel de chômage de 16 % en décembre.   Pour les États-Unis, on  atteindra aussi 10,5 %  et  donc là aussi un taux réel de chômage de 16 % en  décembre.

 En fait, c’est bien simple,  tous les chiffres sont totalement faux et je vous invite à lire ou relire  Crise systémique – Les solutions  <http://www.legrandsoir.info/Crise-systemique-Les-solutions-no5.html> (n°5 : une constitution  pour l ... concernant la recapitalisation des banques à l’aide de  magouilles comptables. Vous comprendrez ainsi pourquoi tout va  mieux.   Cette crise est donc bien une  crise systémique, un système basé sur le travail (dont l’essentiel des  revenus sont captés par quelques-uns) qui dépend de la consommation, qui  elle-même dépend de dettes.
 
Selon  Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988 « L'économie mondiale tout  entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides  de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre  fragile. »
 

Pour  rappel, depuis 2000, la dette totale des ménages américains a augmenté de  22 %, une catastrophe !
 
Bernard  Lietaer (qui a mis en place l’euro et spécialiste des questions  monétaires) avait donné une image exacte de l’ampleur de la crise aux USA,  dans son livre blanc en novembre 2008 :   « L’opération de sauvetage  américaine coûtera plus que la somme de toutes les activités historiques  suivantes du gouvernement américain, ajustée pour l’inflation : prix de  l’achat de la Louisiane, le New Deal et le Plan Marshall, les guerres de  Corée, du Vietnam, la débâcle de S&L, la NASA et la course à la lune  réunis. »   En effet, le montant total des  dérivés (des produits financiers qui lors d’une crise majeure ne valent  plus rien), est évalué par la BRI (Banque des règlements internationaux) à  591 963 milliards de dollars au 30 décembre 2008, ce qui  représente plus de  10  fois le PIB mondial : http://www.bis.org/statistics/derstats.htm   cliquez sur « Amounts outstanding of over-the-counter (OTC)  derivatives by risk category and instrument » en pdf ou directement sur http://www.bis.org/statistics/otcder/dt1920a.pdf.
 
Pour ceux  qui croient que ces chiffres sont du vent, voici les preuves du  crime.
 
Essayez  d’emprunter 10 fois la valeur de votre maison ! La finance, elle,  contrôlant l’ensemble de la classe politique du monde, peut tout se  permettre.

 Or, il faut le rappeler, les  entreprises, la finance, les banques sont interconnectées et littéralement  infectées par ces produits financiers que Paul Jorion nomme « les  métastases ». Les premières grosses défaillances ont commencé (Chrysler,  General Motors par exemple) et nous assistons en ce moment, par effet  domino, à l’implosion du système. Les sommes en jeu sont tellement énormes  que tel un trou noir, elles font disparaître l’ensemble des Etats-nations  et au passage, nos emplois, nos retraites et toutes nos protections  sociales.

 D’ailleurs, Laurent Carroué,  directeur de recherche à l’Institut français de Géopolitique, Expert du  groupe Mondialisation du Centre d’Analyse Stratégique (ex Commissariat  Général au Plan), en mai 2009 a estimé le coût de la crise à 103 %  du PIB mondial soit 55 800 milliards de dollars : La  crise mondiale : une ardoise de 55 800 000 000 000 de dollars  américains <http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1596> .    C’est vrai, tout va mieux  !   J’ai donc encore une fois de  plus essayé de vous informer, de vous donner des preuves irréfutables de  l’ampleur du désastre à venir et j’espère qu’une prise de conscience  collective est en train de naître. Un autre modèle économique est à bâtir,  qui ne doit pas être celui de la Banque Mondiale ou du FMI, une  constitution pour l’économie (ecce - home <http://www.ecce.name/> ) car l’origine de tous les problèmes est là.  Pour conclure je vous laisse méditer sur ces paroles qui résument à elles  seules la façon dont les choses se passent.

 « D’abord nous décidons  quelque chose, ensuite on le lance publiquement. Ensuite nous attendons un  peu et nous regardons comment ça réagit. Si cela ne fait pas scandale ou  ne provoque pas d’émeutes, parce que la plupart des gens ne se sont même  pas rendus compte de ce qui a été décidé, nous continuons, pas à pas,  jusqu’à ce qu’aucun retour ne soit possible... ». Premier ministre,  ministre des finances luxembourgeois, gouverneur de la Banque mondiale de  1989 à 1995 ancien gouverneur de la BERD et du FMI président actuel de  l'Eurogroupe. Jean-Claude Juncker dans une interview  Der Spiegel n°52/1999 p136 : Wikipedia <http://translate.google.com/translate?hl=fr&amp;sl=de&amp;u=http://de.wikipedia.org/w/index.php%3Ftitle%3DJean-Claude_Juncker&amp;prev=/search%3Fq%3DDer%2BSpiegel%2Bn%25C2%25B052/1999%2BJean-Claude%2BJuncker%26hl%3Dfr%26sa%3DG&amp;rurl=translate.google.fr>  ou Democratie . Nu - Witte Werf januari  2000 <http://democratie.nu/bibliotheek/witte_werf/witte_werf_januari_2000.html> .
 
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 Extrait de l'article publié le 24 Aout 09 dans INFAME POLITIQUE | Lien permanent | Commentaires

 Je vous renvoie à la totalité de cet article sur ce site

 

"Pourquoi la grippe H1N1 tombe à pique,

           car la crise 2010 sera pire que 1929.



Nous vivons une époque extraordinaire, où la méthode Coué, a été instauré comme, comme outil de gouvernance international ( en matière économique) et la grippe H1N1 comme le dernier rempart pour sauvegarder la paix sociale pendant la tempête.

Bien évidemment, les médias et  les gouvernements ne vous servent pas la vison du monde comme je viens de vous la présenter.

 

La méthode Couet!

 

Et pourtant, en fouillant bien, les médias et déclarations de gouvernements ou d’économistes il est indéniable que tous proclament la méthode Coué : "la crise est finie la croissance repart ! ", mais vous vous apercevez rapidement que personne n’est dupe, et que tous s’attendent à une fin d’année 2009 et 2010 catastrophique.


Merci de suivre les liens pour faire votre idée sur la réalité de l’info que mes médias et gouvernements nous servent.

 

Pour commencer les USA

où les premières cartes du château se sont effondrées ! ( cela continue, et ils se demandent encore comment enrayer la chute ! ) voir ici les mesures prises en Californie pour éviter la Faillite, les saisies immobilières qui continuent de plus belles (et qui engendrent le paradoxe de faire remonter les ventes immobilières, le chômage qui est reparti à la hausse en Aout ( mauvaise pioche).

 

Maintenant l’Europe : le palmarès de la récession en Europe


L’Europe s’enfonce dans la récession, avec une contraction jamais vue depuis des décennies de son économie fin 2008. Quels sont les pays les plus touchés ? Quels sont ceux qui résistent le mieux ? Analyse de la situation économique des pays de l’UE.

Soudain embellie merveilleuse en Allemagne et en France avec des 0,1 % et 0,3% de croissance du PIB, bien sur aussitôt mis sur le piédestal par les Gouvernements dans les Médias, mais fortement modéré en coulisses, avec une Espagne elle, catastrophique, "chute de 4,1% du PIB au 2e trimestre."

....La principale interrogation des analystes porte sur les causes de la dynamique constatée en Allemagne et en France, qui tient notamment à la bonne tenue de la consommation. Jusqu’à quand les ménages vont-ils tenir ? Comme l’explique Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis, s’ils ont continué à consommer, c’est « d’abord grâce à la désinflation, liée essentiellement à des effets de base » (le pétrole était très cher un an auparavant). Un phénomène qui ne va pas tarder à toucher à sa fin. Autre soutien manifeste de la consommation : les primes à la casse dans le secteur automobile. Pour salutaires qu’ils aient été, ces coups de pouce sont appelés à disparaître. Quant aux ménages, la perspective d’une hausse persistante du chômage devrait tôt ou tard les inviter à la modération.


Et la Chine dans tout ça qui annonce + de 8% de croissance en 2009 :

"...pour retrouver une croissance à deux chiffres, les Chinois ont un besoin impératif d’une reprise forte de leurs exportations. Rappelons qu’en juillet elles baissaient toujours de 23 % sur un an. Je ne vois pas comment un redémarrage de la demande des pays industrialisés pourrait se produire à brève échéance.(...)"


                      Lire la totalité de l'article sur le site l'INFAME POLITIQE

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Published by henri Moulinier - dans Crise économique mondiale
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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 13:22

Par Bernard Cassen, journaliste, Président de Mémoires des luttes.

 Les pays membres de l'Alba, une organisation Sud-américaine créée sous l'impulsion de Chavez, a proposé lors de son sommet des alternatives concrètes contre la crise. Voilà qui tranche avec les conclusions vaporeuses du G20.

Entre le Sommet du G 20 et celui des sept membres de l’ALBA (1) - l’Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (2) -, l’échelle n’est évidemment pas la même, loin s’en faut. On ne peut cependant pas s’empêcher de comparer les résultats de ces deux rencontres tenues à quinze jours d’intervalle : l’une, le 2 avril, à Londres ; l’autre à Cumana, les 16 et 17 avril, dans l’Etat vénézuélien de Sucre, à la veille du Sommet des Amériques de Trinité-et-Tobago. Ce qui saute aux yeux, c’est le caractère totalement contradictoire de leurs conclusions. 

 Un modèle alternatif

° A l’ombre de la City, il s’est agi de sauver un modèle capitaliste néolibéral en perdition, sans pour autant renoncer à ses dogmes fondamentaux – ceux-là mêmes qui sont à la source de la crise systémique actuelle –, et qui ont nom liberté de circulation des capitaux et libre-échange. Des dogmes qui, il faut le rappeler au passage, ont le statut de « libertés fondamentales » de l’Union européenne, comme le ressasse le traité de Lisbonne. Au-delà d’une série de déclarations d’intention visant timidement à re-réglementer la finance en folie et certains de ses « trous noirs » - les paradis fiscaux -, la principale mesure concrète a été de renforcer les capacités d’intervention du FMI en triplant les fonds mis sa disposition, mais sans changer ses « conditionnalités ». Son directeur général, le « socialiste » Dominique Strauss-Kahn – en qui son ami Nicolas Sarkozy voit l’un de ses premier-ministrables potentiels –, est chargé de cette opération de sauvetage.


° A Cumana, la tonalité des interventions et de la Déclaration finale du 5
<http://www.medelu.org/spip.php?article212>  
ème  <http://www.medelu.org/spip.php?article212>  sommet extraordinaire de l'Alba-TCP <http://www.medelu.org/spip.php?article212>  a été tout autre.
 
- Pour rester dans le domaine économique (3), le G 20 a été catégoriquement récusé comme instance représentative de la planète, et une autre enceinte est proposée à sa place : tout simplement l’ONU. Les dirigeants des Etats membres de l’ALBA répondent ainsi positivement à l’invitation du Père Miguel d’Escoto, président (nicaraguayen) en exercice de l’Assemblée générale des Nations unies, de participer à la Conférence des Nations unies sur la crise financière mondiale et ses effets sur le développement, qui aura lieu à New-York du 1er au 3 juin 2009. C’est seulement à l’ONU, et pas au G 8 ou au G 20, que doivent se prendre les décisions affectant ses 192 membres. 

- Sont également récusées les politiques et même l’existence du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Surtout, une décision majeure a été prise : mettre en place avant la fin de l’année 2009, les structures du Système unique de compensation régional (SUCRE) (4), dont les grandes lignes avaient été adoptées lors du Sommet précédent de l’ALBA en novembre 2008 (Le Sucre contre le FMI
<http://www.medelu.org/spip.php?article144> ). Avec la présence, comme invité, de Fernando Lugo, président du Paraguay, les sept Etats membres de l’ALBA, ainsi que l’Equateur, ont signé un accord-cadre pour la création des quatre structures du SUCRE : un Conseil monétaire régional ; une unité de compte commune qui fonctionnera comme une monnaie virtuelle, avec la perspective de se transformer en monnaie physique ; une Chambre centrale de compensation et un Fonds de réserve et de convergence commerciale.


Une monnaie unique pour entretenir solidarité et complémentarité

Cette entreprise d’intégration monétaire n’a pas de précédent dans le monde, mise à part - certes dans un esprit très différent -, la création de l’ECU, puis de l’euro en Europe (5). Elle vise, grâce à un Fonds de réserve bien doté, à prémunir les huit Etats participants contre les risques de crise financière déstabilisatrice, dans une démarche de solidarité régionale, et elle les transforme en « territoires libres du FMI ». Elle doit également permettre, par la solidarité et la complémentarité, et non pas par la concurrence, un fort développement des échanges intra-zone, affranchis de la dictature du dollar. Enfin, elle reste ouverte à tous les autres Etats de ce que le président Chavez appelle SurAmérica, c’est-à-dire l’Amérique latine et les Caraïbes.


Il faut aussi signaler que la Banque de l’ALBA (entité distincte du SUCRE) a débloqué des crédits, entre autres, pour des projets d’alphabétisation et de développement agricole à Haïti (avec dans ce pays un volet alphabétisation), ainsi qu’au Honduras, au Surinam, en Guyana, en Jamaïque, à Saint-Vincent et les Grenadines, au Nicaragua et à Belize. On notera que cinq de ces pays ne sont pas, ou pas encore, membres de l’ALBA.


ALBA et SUCRE, voilà deux structures régionales, mais à portée internationale emblématique, qui devraient être au cœur de toutes les discussions sur les alternatives concrètes au néolibéralisme.

Il faut certes dénoncer le G 20, le FMI, etc. Mais c’est finalement leur laisser le champ libre que de ne pas étudier, faire connaître et appuyer les initiatives innovantes de gouvernements de petits pays qui, les mains dans le cambouis, s’efforcent de pratiquer des ruptures autres que rhétoriques.


(1) Le Sommet de Cumana a entériné l’adhésion d’un nouveau membre de l’ALBA : Saint-Vincent et les Grenadines, Etat anglophone (120 000 habitants) des Petites Antilles. Les six autres membres sont la Bolivie, Cuba, la Dominique, le Honduras, le Nicaragua et le Venezuela.

(2) L’appellation officielle est ALBA/TCP, ces trois dernières initiales renvoyant à « traité de commerce entre les peuples ».  

(3) La déclaration finale du Sommet de l’ALBA fait une très large place à la solidarité avec Cuba et, à la veille du Sommet des Amériques, exige la fin immédiate et unilatérale du blocus américain. Par ailleurs, elle annonce, financements à l’appui, la création d’un fonds culturel, d’une entreprise « grand-nationale » de l’énergie, d’une brigade internationale pour l’aide humanitaire d’urgence, etc.

(4) Cumana n’avait pas été choisie au hasard pour accueillir le Sommet : c’est dans cette ville que naquit Antonio José de Sucre, « grand maréchal d’Ayacucho » et frère d’armes de Simon Bolivar.

(5) Bien que les modalités de calcul du montant de chaque monnaie nationale composant le « panier » que sera le SUCRE comme monnaie virtuelle, puis éventuellement comme monnaie unique, soient en cours de définition, nul n’imagine que cette décision soit confiée à une autorité « indépendante » des gouvernements. Et cette monnaie sera mise au service d’un projet politique et social de solidarité régionale. C’est-à-dire le contraire des missions et des règles de fonctionnement de la Banque centrale européenne.

Mardi 21 Avril 2009 - 07:00
Bernard Cassen


Source : http://www.marianne2.fr
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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 08:44

"A l'origine de la crise"

Article issu d'un blog "E-FI", blog de l'économie et de la finance internationale

Je partage la partie analyse de cette cause majeure de la crise: l'écrasement de la masse salariale dans la valeur ajoutée au ... profit des revenus du capital

Les propositions fiscales sont intéressantes, mais ne suffisent pas pour dépasser cette logique capitaliste, cause de la crise, dans sa dimension actuelle, celle d'un capitalisme financiarisé et mondialisé.

Il me semble aussi nécessaire de supprimer les paradis fiscaux, créer un pôle financier et bancaire public pour réorienter le crédit vers un rôle utile et non plus spéculatif, augmenter les salaires ( en particulier les plus bas), instaurer des mesures européennes de protection ( douanière, face aux importations sauvages qui cassent notre industrie) et d'harmonisation ( fiscale et sociale), sans oublier une réorientation forte de notre mode de productio/consommation pour enrayer la crise écologique majeure qui menace notre planête), ...              
                                                                                                                                                                 Henri Moulinier

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Voici l'article:

Devant les défis auxquels nous sommes confrontés, que nous soyons simples citoyens ou homme politique, il nous semble intéressant de revenir au cours de différents épisodes sur les origines de la crise afin de proposer les solutions que nous sommes en droit d'attendre dans les années à venir. Nous pensons que le débat sur la réforme ou la refondation du capitalisme doit être accessible à tous et ne doit pas reposer sur la conviction de quelques experts (aussi bons soient-ils!). Dans cet environnement d'une grande complexité, chacun d'entre nous a le droit et le pouvoir d'influer sur les décisions macroéconomiques et politiques que nous devons exiger de nos élus.

Nous avons décidé d'écrire ces épisodes suite au sommet du G20, réunion qui ne doit être que le commencement d'une coopération internationale intense et de prochains sommets à venir, dans lesquelles les questions que nous poserons ici devront nécessairement être discutées.


Pourquoi en sommes-nous arrivés là?


L'endettement massif des ménages américains, mais aussi britanniques, et dans une moindre mesure des pays de la Zone Euro, est l'une des origines essentielles de la crise
(ce n'est pas la seule, voir, sue le Blog " E-FI": nos précédents articles). Cet endettement des ménages a entraîné une baisse de la solvabilité des agents économiques que nous sommes. Avec une dette moyenne de 170% du Revenu disponible brut au Royaume-Uni ou de 140% aux USA, l'inévitable faillite des ménages est une réalité à laquelle on  ne pouvait échapper. Rappelons à ce titre que le la Zone Euro voit son taux d'endettement progresser aussi pour atteindre désormais plus de 90% contre près de 65% en 1998 et suit donc inexorablement les problématiques que vivent les américains.

Devant ce constat alarmant, certains avanceront que les ménages ne devaient tout simplement pas consommer au delà de leurs capacités à rembourser. Pourtant, l'importance de la consommation dans la croissance du PIB en fait une variable fondamentale et nécessaire pour que nos économies continuent à croître. Prenons un exemple simple: Pour que les entreprises investissent, pour que les entreprises embauchent, il faut que les produits qu'elles créés soient consommés. Les facteurs de production n'ont une raison d'exister qu'à partir du moment où des agents sont prêts à consommer. Les sommes tirées de ces ventes de produits et diminuées des coûts permettent alors aux entreprises de redistribuer  les revenus au Capital (actionnaires et donc propriétaires des outils de production) et au Facteur Travail (les salariés de l'entreprise). Le problème observé depuis le début des années 90 est celui d'une déformation du partage des richesses au profit des actionnaires et au dépend des salariés.

Pour illustrer ce propos, nous pouvons constater que dans les pays de la Triade (Etats-Unis, Europe et Japon) la productivité du travail depuis 1996 et jusqu'à 2009 a toujours été supérieure à l'évolution du salaire réel par tête, à l'exception de quelques mois, pour atteindre par exemple une productivité par tête de 2% début 2006 aux Etats-Unis alors que le salaire réel des individus diminuaient d'1%!  Le Japon est encore plus alarmant avec une baisse du salaire réel de 2% en 2004 lorsque la productivité par tête était à l'inverse positive de plus de 2%(source Datastream). (Nb : rappelons que le salaire réel ne tient pas compte des prix de l'immobilier (qui ont augmenté beaucoup plus vite que les salaires, ce qui amplifierait les chiffres ci dessus))

Cette déformation du partage des revenus a engendré inévitablement une baisse des salaires dans le PIB, un excès d'épargne et une suraccumulation du capital. Cette situation s'est donc traduit par la nécessité de politiques publiques de soutenir la demande. Devant ce défi auquel était confronté les pouvoirs publiques, la solution qui s'est imposée fut celle de soutenir artificiellement la consommation en proposant massivement des crédits aux ménages et en leur permettant ainsi de s'endetter toujours plus pour consommer plus...Une façon indolore de faire passer aux agents économiques la stagnation de leur pouvoir d'achat malgré la hausse de leur productivité, et permettant de relancer la consommation!
Avec des taux d'intérêts inférieurs à la croissance, les Instituts monétaires (BCE, FED) ont menées une politique laxiste permettant aux banques commerciales d'augmenter les crédits aux ménages à une allure effrayante (hausse moyenne de 10% chaque année), soutenant ainsi les ménages à s'endetter. Malgré ces politiques, la part de la consommation dans le PIB à diminuer sensiblement dans le monde pour passer de plus de 68% en 91 à moins de 64% en 2007!

Nous pourrions continuer à démontrer cette évidence, cette déformation du partage des revenus durant ces vingt dernières années au profit des actionnaires mais surtout au dépend des salariés et qui est à l'origine de l'endettement massif des particuliers et de la crise des subprimes. Jean-Luc Gaffard (directeur du département innovation et concurrence de l'Observatoire français des conjonctures économiques) explique très clairement dans son article "au cœur de la crise" : "le creusement des inégalités a été la contrepartie de l'exigence d'une rentabilité excessive du capital qui, elle même est à l'origine de la crise actuelle." Pour soutenir ses propos, l'auteur nous propose un graphique très représentatif!  La part constituant 0,01% des ménages les plus riches, dans le total des revenus aux Etats-Unis, était compris entre 0,5 et 1% de 1940 jusqu'aux années 1980. Elle est passée en 1998 à 2,57%, un niveau que l'on n'avait pas connu depuis les années 30....

Par ailleurs, au delà "du conflit" actionnaires/ salariés", les différences de rémunération entre les salariés se sont véritablement distendues. L'économiste Camille Landais rappelle dans un article des Echos qu'entre 1998 et 2005 en France, les 0,1% les plus riches avaient vus leurs salaires monter de près de 30% contre une hausse de seulement 3% pour les 90% des salariés les moins payés.

Enfin,  Jean-Marc Vittori (dans "l'ère des patrons à un dollar", les Echos, 9 décembre 2008) démontre cette distanciation des salaires qui s'est créé au cours de l'histoire entre les riches et les pauvres : "Platon proposait un écart de 1 à 4 entre les riches et les pauvres. A la fin du 19ème siècle, le banquier John Pierpont Morgan soutenait que l'écart des salaires entre les employés de base et le dirigeant d'une entreprise devait aller de 1 à 20. Henry Ford avait placé la fourchette de 1 à 40....Mais à partir des années 1980, l'histoire change.... Aux Etats-Unis, l'écart va de 1 à 500 en 2000 et monte parfois de un à plusieurs milliers dans les années suivantes......"

Pour terminer, l'analyse de Patrick Artus dans ces Flash Economie (Numéro 142 et numéro 99), explique que les salaires réels «augmentent moins vite depuis 1994» dans le monde que la productivité. "Le partage des revenus se déforme continuellement au détriment des salariés (exception de 1999 et 2007-2008)" écrit Patrick Artus. Il nuance toutefois ces propos selon les zones géographiques et expliquent la baisse des salaires réels par la faiblesse des gains de productivité en France, en Italie ou en Espagne et par la déformation du partage des revenus aux Etats-Unis en Allemagne et au Japon. Enfin, les chiffres de l'INSEE sont criants. La part des rémunérations dans la valeur ajoutée des sociétés non financières en France étaient proches des 70% (un peu plus ou moins selon les années), elle a baissé aujourd'hui de 5 points pour atteindre 65% en 2008.

Maintenant que nous venons de comprendre l'une des origines de la crise, attardons- nous désormais dans la suite de cet article à trouver des solutions permettant de rééquilibrer le partage des revenus entre actionnaires et salariés. En effet, sans une volonté politique de changement à l'égard de ces distorsions, de nouvelles crises de ce type resurgiront inévitablement car les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France ne sont pas prêts à sacrifier la consommation de leurs ménages et à suivre l'exemple du modèle économique japonais ou allemand caractérisé par des croissances "relativement molles" fondées sur l'exportation. N'oublions pas enfin que l'Allemagne et le Japon souffrent violemment de la crise économique mondiale pour une raison évidente : pour exporter, il faut des pays prêts à consommer...


Quelques esquisses de solution...


Dans la première partie de l'article, nous avons mis en avant les méfaits de la déformation du partage des revenus. Il nous semble intéressant désormais d'essayer de proposer quelques idées qui pourraient permettre de restaurer un équilibre, salvateur pour notre économie. Des propositions émanent de toute part et dans tous les sens,  quand à l'inverse de nombreux économistes ne voient pas de solutions concrètes à apporter à cet inexorable déséquilibre.

La pression exercée par la rentabilité du capital (et donc par les actionnaires) ne permet plus aux entreprises d'avoir une vision d'investissement à long terme. La maximisation du profit sur des périodes de temps extrêmement courtes nécessitent de baisser les coûts (par une baisse des salaires par exemple) et par l'élaboration de plans d'investissement éphémères mais très lucratifs.

Pour éviter ce type de situation, nous pourrions considérer et proposer un débat démocratique quand à la rentabilité "normative" ou maximale qu'un actionnaire est en droit d'attendre de l'immobilisation de son capital. Nous pourrions en cela reprendre l'idée très bien développée par Gaël Giraud et Cecile Renouard  dans le livre « 20 propositions pour réformer le capitalisme » (un livre à consommer sans modération....).

Les auteurs proposent fort logiquement de considérer que la rentabilité "normale" d'un actionnaire pourrait correspondre au taux d'intérêt sans risque (le taux des Obligations d'Etat par exemple), auquel on ajoute une prime action moyenne (calculée historiquement et correspondant à la rentabilité supplémentaire exigée justement par l'actionnaire en raison des risques qu'il prend à être investi sur les marchés actions). Dans ce contexte, et sans rentrer dans le détail, un Rendement "juste" sur action de 15% permet de considérer très gracieusement une prime sur les actions d'au moins 10% !

A partir de ce niveau, un impôt sur les sociétés dégressif pourrait venir s'ajouter (au taux d'imposition classique). Les auteurs considèrent par exemple qu'au delà d'un "rendement normal" le taux d'IS passe à 40%, pour aller jusqu'à 50% lorsque le ROE (retour sur actions) dépasserait 20%. L'objectif est double à travers cette proposition.

° Tout d'abord, éviter que certaines entreprises ne produisent qu'en ayant pour unique objet la rémunération du capital, ce qui devient d'ailleurs dangereux très rapidement (exemple des Retours sur actions proposées par de nombreuses sociétés juste avant la crise). Par ailleurs, cela permet d'entreprendre des investissements à long terme et peut par là même de contribuer à un rééquilibrage de la Valeur Ajoutée créée par l'entreprise au profit des salariés (rappelons que les salaires passent dans le compte de résultat d'une entreprise...).

Bien entendu, il sera nécessaire que les gouvernements lors des prochains sommets internationaux comprennent que la coopération politique est l'unique moyen de réguler une économie mondialisée qui profite très logiquement des disparités et de la concurrence fiscale entre Etats.

° Autre idée, la rémunération de nombreux dirigeants passe par l'attribution d'actions ou de stock Options. Revaloriser le travail de la majorité des salariés pourrait se faire par l'attribution d'actions gratuites. Cela permettrait à l'entreprise d'intéresser les salariés aux performances générés. Par ailleurs, la transformation du salariat dans l'actionnariat réduirait les confrontations, rééquilibreraient les revenus et permettraient à l'entreprise de bénéficier d'une base actionnariale "de long terme". Plus la part des employés dans la société est importante, moins les investisseurs "spéculateurs" n'auront de pouvoir sur la politique de l'entreprise et dans les conseils d'administration.

A cela, certains répondront que les plans d'épargne entreprise peuvent remplir déjà ce type de fonction... Nous considérons que l'entreprise doit avoir des obligations à ce sujet et que la rémunération de la grande majorité des salariés ne bénéficie pas de ce type de dispositif. La mise en place d'un cadre légal à l'échelle internationale permettrait là encore d'éviter tout type "de dumping social".

° Enfin, revenons sur cet excellent livre (20 propositions pour réformer le capitalisme), les auteurs proposent "de mettre en œuvre un cadre réglementaire conduisant l'entreprise à ne pouvoir faire croître la rétribution globale de ces actionnaires et mandataires sociaux plus vite que la part de ses profits qu'elle alloue à la rémunération de la performance de son capital humain salarié". Là encore le rôle des Etats est de permettre aux entreprises de retrouver cette efficacité économique sur le long terme en favorisant une juste distribution dans l'évolution du partage des richesses.

Les prochains sommets internationaux(dont les G8 et G20) devront être l'occasion de réfléchir à une réforme fiscale commune permettant aux Etats de reprendre leurs droits dans la construction de modèles économiques que nous souhaitons pour nos enfants, celle d'une distribution plus équitable des revenus. La création d'une gouvernance mondiale sera l'unique moyen de rééquilibrer les rapports de force entre les différents agents (entreprises, ménages, Etats Nations....). Nous reviendrons dessus dans de prochains articles...

Nous vous invitons à prendre la parole et à proposer avec nous des solutions aux problèmes exposés...

A vos claviers .....



Sébastien Duchêne, Thibault Henocque


Sources :
° Patrick Artus, NATIXIS, flash 99 : Une croissance mondiale qui n'est pas «spontanée» depuis près de 15 ans, ce qui révèle un excès d'épargne privée et une mauvaise répartition des revenus.
 ° Patrick Artus, Flash 142 : Faiblesse du pouvoir d'achat des salaires : due à la faiblesse de la productivité ou à la déformation du partage des revenus.
° Jean Luc Gaffard, Alternatives économiques Hors série, «Au cœur de la crise : les inégalités»
° Gaël Giraud et Cecile Renouard, "20 propositions pour réformer le capitaisme"°
° Les Echos, Jean-Marc Vittori et article : «l'UMP s'invite dans le débat sur le partage de la valeur en prônant un rééquilibrage en faveur des salariés»
° INSEE, DATASTREAM

 

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 13:28
Joseph Stiglitz : " Ni les Etats-Unis ni le G20 ne proposent un cadre convaincant de régulation "
[09/04/09

Chargé par les Nations Unies de piloter une commission indépendante d'experts sur la crise financière, l'économiste Joseph Stiglitz (Columbia University), prix Nobel 2001, porte un regard critique sur le bilan du G20 de Londres.

Le G20 de Londres représente-t-il un succès pour Barack Obama à vos yeux ; quels sont les véritables gagnants ?

D'un point de vue politique, ce sommet lui a donné une occasion de déployer ses talents diplomatiques et de jouer un rôle de médiateur. Sa conférence de presse finale était très claire et impressionnante. Compte tenu de la position délicate initiale des Etats-Unis qui étaient largement considérés comme "la source du problème", il a réussi à désamorcer l'hostilité potentielle.
Mais le bilan est beaucoup plus maigre en termes de substance par rapport aux quatre priorités initiales : effort de relance globale, système de régulation renforcé, aide aux pays en développement et prévention du protectionnisme. Il n'y a pas de vrai gagnant.

Vous ne voyez ni progrès sensible sur le plan de la relance, ni avancée réelle sur le volet de la réglementation ?

Officiellement, l'Amérique réclamait une forte relance. La réalité est que son propre plan n'est pas aussi fort que cela à court terme. Sur un programme de relance américain affiché à 800 milliards de dollars, seulement 200 milliards de dollars seront dépensés en 2009, dont l'essentiel porte sur des baisses d'impôts et une grande partie sera compensée par une contraction des dépenses au niveau des Etats fédérés.
Aux Etats-Unis comme en Europe, où les stabilisateurs automatiques jouent un plus grand rôle, l'effet de relance est insuffisant. Sur ce plan, on ne peut vraiment pas parler de succès.
Quant au volet réglementaire, le diable est dans les détails. Dans le communiqué du G20, on parle volontiers de "supervision ou régulation", mais la supervision sans régulation n'a pas beaucoup de sens.
 La question des paradis fiscaux est peut-être un des rares points où il y a eu un progrès concret.
En revanche, alors que tout le monde parle du besoin de renforcement de la transparence, deux jours après le G20, les Etats-Unis décident d'avoir moins de transparence en changeant leurs normes comptables pour permettre aux firmes de ne pas provisionner leurs actifs détériorés. C'est une décision prise par le Financial Accounting Standards Board (FASB), sous la pression du pouvoir politique et des banques de Wall Street. C'est un vrai pas en arrière.

Etes-vous d'accord avec l'économiste Simon Johnson pour dire que le volet réglementaire est proche de zéro ?

Je suis d'accord. Sur les deux points clefs :

° Doit-on permettre aux banques de devenir trop importantes pour faire faillite et doit-on étroitement circonscrire les banques qui sont devenues si importantes qu'elles représentent un risque systémique ?, il n'y a absolument aucun engagement. Cela s'explique par l'influence des banques américaines qui mènent toujours la danse. Les résultats du G20 ont encore été bridés par l'influence de Wall Street.

° Il n'y a pas vraiment de volonté réelle de venir à bout des facteurs qui ont contribué à la crise. Certes, nous savons que Lawrence Summers et Timothy Geithner, qui ont été d'ardents avocats de la dérégulation par le passé, plaident aujourd'hui pour un renforcement sensible de la régulation. Les intentions sont bonnes. Mais cela risque d'être purement cosmétique.
 Jusqu'ici, il n'y a aucune certitude que les produits dérivés seront traités sur des bourses plutôt que sur un marché de gré à gré.
A ce stade, ni les Etats-Unis ni le G20 ne proposent quelque chose de très convaincant sur le plan de la régulation.

Etes-vous davantage convaincu par le renforcement des moyens financiers du FMI ?

C'est généralement considéré comme la principale réussite du G20. Mais il y a un net décalage entre les chiffres annoncés et la réalité
.
 Sur les 250 milliards de dollars alloués en droits de tirage spéciaux, seulement 19 milliards iront aux pays en développement. C'est mieux que rien, mais cela n'est pas aussi important qu'on le prétend et cela devrait prendre la forme de subventions et non de prêts.
En outre, il y a un aménagement limité de la gouvernance de ces institutions (FMI et du Forum de stabilité financière), mais il n'est pas certain que cela suffise à changer de manière fondamentale leur fonctionnement.
On oublie de dire qu'elles n'ont pas rempli leur mission car elles ont utilisé un mauvais modèle. Leur donner plus d'argent et plus de responsabilité ne veut pas dire qu'elles vont forcément mieux fonctionner à l'avenir. Il n'y a aucune garantie qu'elles ont tiré les leçons du passé. On ne discute même pas de l'échec du Forum de stabilité financière.

On devrait s'interroger sur un système de responsabilité avant d'élargir ses pouvoirs. C'est pourquoi notre rapport préconise une profonde réforme de la gouvernance des institutions de Bretton Woods et la création d'un conseil de coordination économique global.

Vous avez parlé d' "ersatz capitalism" à propos du plan américain du Trésor pour la reprise d'actifs toxiques. Auriez-vous préféré une nationalisation temporaire des banques ?

Cela revient à faire un cadeau massif aux banques et au secteur privé
. Avec ce plan, le gouvernement assume 92% du coût, couvre la plus grande part des pertes et n'obtient que 50% des profits potentiels.

Le problème est qu'il y a toujours des pertes massives et des trous financiers considérables dans le système bancaire. Le gouvernement a recours à ce dispositif non transparent pour éviter d'avoir à demander de nouveaux fonds publics au Congrès.

D'autres pays ont eu recours à des nationalisations temporaires. Ce n'est pas si terrible. Ce plan va coûter très cher au contribuable mais cela ne suffira pas à recapitaliser les deux ou trois banques "too big too fail". Ce n'est pas dans la nature du capitalisme de faire garantir les pertes par le gouvernement. Wall Street le reconnaît quand il s'agit de General Motors mais pas quand il s'agit de ses propres firmes. Il y a une grande souffrance liée à ce double standard.

Propos recueillis par PIERRE DE GASQUET, Les Echos (à New York)


(1) La Commission d'experts sur les réformes du système monétaire et financier international, où siègent notamment Jean-Paul Fitoussi et Charles Goodhart rendra son rapport u Président de l'Assemblée générale des Nations Unies à la mi-mai.

http://www.lesechos.fr/info/inter/300342554-joseph-stiglitz-ni-les-etats-unis-ni-le-g20-ne-proposent-un-cadre-convaincant-de-regulation-.htm

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 10:41

Eric Woerth maintient le bouclier fiscal à 50%



Le ministre du Budget Eric Woerth a déclaré mardi que le gouvernement "maintient le bouclier fiscal à 50%" des revenus, car il le considère comme "une mesure de justice"!

"Il y a deux ans, on a arrêté le bouclier fiscal à 50%. On ne va pas changer d'avis tous les quatre matins, ce serait une erreur", a-t-il déclaré sur Europe-1. "Bien sûr, on maintient le bouclier fiscal parce que c'est une mesure de justice comme le plafonnement des niches fiscales".

                             Lire mon précédent article sur le bouclier fiscal à 50%


L'argument des "gens qui s'en vont": du chantage des plus riches marqué par leur égoîsme, pour de l'argent souvent gagné en France

Le ministre du Budget a expliqué que "le bouclier fiscal, c'est dire à des Français qu'ils ne travailleront pas plus d'un jour sur deux pour l'Etat". "Ce sont des Français qui paient déjà beaucoup d'impôts et il est logique que, dans l'impôt, il y ait un plafonnement à cet impôt".

"Si vous ne plafonnez pas le taux de pression fiscale, les gens s'en vont", a souligné Eric Woerth. "Il y a des gens qui reviennent en France et moins de gens qui s'en vont, 15% de moins qu'auparavant".

Mais le SNUI ( syndicat national unifié des impôts): "Il est impossible de dresser un bilan du bouclier fiscal sur les expatriations ficales", après 2 ans d'application du dispositif dans 2 versions différentes ( 60% puis 50% des revenus).

 Durant les années 2000, le nombre de départs de personnes soumises à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) s'élevait en moyenne à 350 par an et le nombre de retours à environ 110, indique le Snui ( Sud-Ouest du 18 mars). Le nombre de départs a augmenté à partir de 2005 pour atteindre 843 en 2006 et 719 en 2007, alors que le bouclier fiscal à 60% était déjà voté ( en 2006).

Le nombre de départs de redevables de l'ISF demeure marginal: 0,12% ...

Pour le Snui, il manque surtout au débat actuel 2 éléments:

- "Le chiffre des installations d'étrangers en France qui se retrouvent à payer l'Impôt sur a fortune"
- "Les raisons qui conduisent les contribuables à partir, revenir ou s'installer en France"
Une étude complète et qualitative reste à faire.

Raporté aux contribuables à l'ISF, le nombre de départs demeure marginal: depuis le début des années 2000, il représente tendanciellement 0,12% des redevables de l'ISF



Le bouclier fiscal à 5O% des revenus: un gain moyen de 33 000 euros
pour 13 998 contribuables!


Le bouclier fiscal a coûté 458 millions d'euros en 2008 et bénéficié à 13.998 contribuables sous forme de restitution d'impôt en 2008, pour un gain moyen de 33.000 euros en 2008 ( contre 16 000 euros en 2007), précisent "Le Figaro" et "Les Echos", citant le bilan de la loi "Travail, emploi, pouvoir d'achat", envoyé par la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, deux jours avant l'examen du collectif budgétaire à l'Assemblée.

Le coût du bouclier fiscal, voté en Juillet 2007,  était estimé à l'époque à 625 millions d'euros par la Ministre de l'Economie, Christine Lagarde.  Selon un récent bilan, il serait de 458 millions

Il y a là des poches de ... richesse qui seraient bien utiles au pays pour aider les victimes de la crise! Non

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Une analyse du SNUI ( Syndicat national unifié des impôts):

                             Bouclier fiscal : un bilan prévisible mais éloquent


Le bilan du bouclier fiscal pour l'année 2008 est désormais connu . Les chiffres, bien que prévisibles au vu de ceux que la loi « tepa » avançait, sont cependant éloquents.


 Les chiffres officiels du bouclier fiscal

A ce jour, et sous réserve d'éventuels ajustements résultant des  dernières demandes non encore intégrées au présent bilan (qui ne modifieront pas le « sens » profond de ce bilan), les principales données sont les suivantes :

· le coût budgétaire du bouclier fiscal « version 2008 » s'élève à 458,34 millions d'euros,
· 13.998 contribuables en ont bénéficié,
· la moyenne des restitutions s'élève à 32.743 euros mais recèle d'importantes disparités.
· les 8.338 bénéficiaires du bouclier qui ne sont pas imposables à l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ont perçu en moyenne 580 euros,
· 834 bénéficiaires, disposant d'un patrimoine supérieur à 15,5 millions d'euros (ce qui correspond à la dernière tranche de l'ISF), ont perçu en moyenne 368.261 euros,
· entre ces deux extrêmes, la moyenne des remboursements croît au fur et à mesure que la valeur du patrimoine s'élève, ce qui montre clairement le lien structurel qui existe entre le bouclier et l'ISF.

Ces données « réelles » marquent une certaine inflexion par rapport à celles qui figurent dans la loi « tepa », laquelle s'appuyait sur des bénéficiaires « potentiels » préalablement identifiés par les données fiscales.

   * En volume, les contribuables non imposables à l'ISF (mis en avant par le gouvernement dans sa communication en faveur du bouclier) représentaient 86 % des bénéficiaires potentiels mais 59 % des bénéficiaires réels.

En effet, pour 2008, 235.000 bénéficiaires potentiels du bouclier fiscal étaient identifiés pour un coût budgétaire de 810 millions d'euros, tandis que 8.338 contribuables non imposables à l'ISF ont effectivement demandé une restitution.

   * Parmi eux, 32.000 contribuables à l'ISF pouvaient obtenir 678 millions d'euros, dont 1.000 pouvaient obtenir 272 millions d'euros.
   * Le remboursement potentiel moyen global était de 3.446 euros dans  la loi /« tepa »/ tandis que le remboursement moyen réel s'élève à 32.743 euros.
   * Parmi les 1.000 plus grands gagnants des bénéficiaires potentiels qui disposent d'un patrimoine de plus de 15,5 millions d'euros, 843 ont bénéficié d'un remboursement pour un montant supérieur à celui préalablement évalué (368.261 euros constatés contre 272.000 euros évalués).

A la lecture de la moyenne des remboursements effectifs, le profil type du gagnant du bouclier est le suivant :

plutôt parisien (la région parisienne, qui connaît à la fois une forte concentration des richesses et un haut niveau de la valeur du patrimoine immobilier, devrait représenter près de 60 % des montants remboursés), ce contribuable connaît une situation particulièrement aisée en termes de revenus et de patrimoine.

 Quels enjeux ?

Le débat sur le bouclier fiscal est vif. Il pose, par construction, la question de l'imposition du patrimoine et des revenus dans notre société. N'oublions pas que l'imposition du patrimoine a été très affaiblie par la loi /« tepa »/ (droits de succession et de donation, ISF) ce qui aura un impact certain sur la hausse des inégalités. Au-delà du bouclier fiscal, dont la légitimité est désormais profondément entamée et dont la question de l'existence est posée, c'est donc bien le nécessaire rééquilibrage du système fiscal dans le sens d'une meilleure redistribution, qui est en jeu .

Le « mérite » et la « réussite » si souvent invoqués n'entrent en rien dans ce débat, la principale caractéristique de la rente est la transmission de génération en génération, pas la réussite. Sauf à dire que si à 60 ans, on ne bénéficie pas du bouclier, on a raté sa vie...

Vincent Drezet
Syndicat national unifié des impôts

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    Voir mon précédent article:  Sarkozy: des milliards pour les riches, des miettes pour les pauvres ?

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 09:24
À l'issue de sa rencontre avec les syndicats, le Président Sarkozy n'a fourni aucune réponse aux attentes de la population.

Pire, il a choisi de poursuivre sa politique, en la mâtinant de quelques mesures destinées à en dissimuler les effets les plus graves.

- Il ne remet pas en cause les cadeaux fiscaux faits aux privilégiés.

- Il continue d'aider banques et entreprises sans aucune contrepartie en termes de choix d'investissement, de priorités, alors qu'il se gargarise de protection des plus faibles et de développement durable.

- Il saupoudre quelques aides pour les victimes du chômage partiel, mais sans envisager la moindre politique en faveur de l'emploi.

- Il invente la catégorie de la classe moyenne inférieure pour désigner la fraction de plus en plus importante du salariat payée au SMIC ou autour du SMIC, sans qu'il soit question d'augmenter celui-ci.

- Il entend parachever ses contre-réformes qui démantèlent les services publics, notamment de l'enseignement et de la recherche, en sacrifiant toujours davantage de postes de fonctionnaires, désignés comme improductifs et bloquant le dynamisme de l'économie. C'est la meilleure façon de faire oublier les vrais fautifs de la crise.
- Renouant avec les heures sombres du colonialisme, il laisse se dégrader une situation sociale dramatique en Guadeloupe et en Martinique, révélant ainsi un profond mépris à l'égard des populations les plus humbles.


Une politique en trompe-l'oeil!

L'association Attac dénonce cette politique en trompe-l'œil, au service d'un système capitaliste incapable de répondre aux besoins humains, et dont les responsables affichent avec une belle arrogance la volonté de ne rien changer, à l'instar du Medef.

Attac rappelle l'urgence à répartir les richesses de manière équitable, grâce à un revenu minimum décent pour tous, à un revenu maximum, à des services publics de qualité accessibles à tous, à une politique économique préparant un avenir non productiviste. La crise est majeure mais elle n'arrive pas par hasard. Elle résulte de la logique financière et de politiques menées depuis trois décennies auxquelles il faut mettre un terme, en France, en Europe et dans le monde.

Plus que jamais l'heure est à la mobilisation : ici le 19 mars, partout ailleurs le 28 mars lors du prochain G20, peut-être avant et sûrement après.

 

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 06:58
Face à la crise, l'intervention de Nicolas Sarkozy; Jeudi 5 février, sur plusieurs chaînes de T.V. a été de faire de vagues promesses "sociales", pour mieux envelopper le paquet - cadeau offert au Medef: la suppression de la taxe professionnelle à l'horizon 2010.
                              
Les promesses "sociales" sont simplement évoquées

Ce pourrait être une hausse des allocations familiales par exemple: mais sans chiffre, ou une suppression de la Iere tranche de l'impôt sur le revenu, .... 

Ces "mesures sociales" seraient financées par les seuls intérêts versés par les banques, en contrepartie des 25 milliards déjà prétés par l'Etat pour les aider. Ces prêts sont faits avec un taux de 8%. Ce qui rapporterait 1,4 milliards d'euros fin 2009, a dit le Président. Il a en fait oublié de dire que le total de l'argent prété aux banques se monte actuellement à 43 milliards ( 23 en prêts et 21 en apport de capital)

Mais il a oublié de dire que cet argent prété, l'Etat l'avait emprunté sur les marchés financiers ( à  3%). Bilan: les grandes mesures sociales connaitraient un bien petit financement: 700 millions d'euro ( à comparer aux 25 milliards d'aide aux banques)!

Et que dire du milliard versé au capital de la banque Dexia. Ce capital a fondu et a perdu les 2/3 de sa valeur: 770 millions de perdus.

"Le partage des profits" mais pas le partage de la Valeur Ajoutée!

N Sarkozy a abordé une autre sujet "essentiel", celui du partage des profits. "Le compte n'y est pas" a-t-il estimé. Il a dénoncé "le siphonnage des profits par les actionnaires"! Belle envolée contre la domination sans partage du pouvoir des actionnaires ( fonds de pensions, hedge founds et autres, ...)



Mais le vrai problème est celui du partage de toute la richesse, la Valeur Ajoutée, créee par les entreprises entre le travail er le capital, entre les salaires et les profits ( ceux ci se divisant après entre investissement/amortissement et dividendes des actionnaires). Une augmentation des salaires est possible et nécessaire, ce que n'a pas évoqué N Sarkozy!
Cela permettrait du même coup d'augmenter les recettes de la Sécurité Sociale et des cazisses de retrates et chômage ( cotisations en %). La piste prônée par le Président n'est pas la même: c'est celle de la "participation aux bénéfices"!


Taxe professionnelle : 29 milliards donnés au patronat

La suppression de cet impôt fragiliserait les collectivités territoriales au seul bénéfice des entreprises.
Nicolas Sarkozy a parlé de 8 milliards. Mais ces 8 milliards ne sont que la partie de la taxe professionnelle non payée par les entreprises, mais compensée par l'Etat. En réalité, la Taxe professionnelle totale se monte à  ... 29,132 milliards d'euros ! C'est le montant annuel de la taxe professionnelle payée par les entreprises aux collectivités locales, que Nicolas Sarkozy s'apprête à rendre aux patrons dès 2010. Pour « alléger les charges des entreprises », dit-il, afin de maintenir et développer l'emploi...

À écouter le chef de l'État, la taxe professionnelle serait « un poids »
pour la nation.

La supprimer n'est pourtant pas une idée neuve... sauf qu'elle ne représente que 3,5 % de la valeur ajoutée. Et seulement 1,5 % pour les banques et les assurances.

Et que dire de son poids sur les prix des produits
qui seraient incitatifs à la délocalisation: sur un véhicule automobile à 14 000 euros, la taxe professionnelle ne représente que ... 250 euros!


De plus, l'État accorde sur cette taxe des dégrèvements évalués à plus de 10 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent ceux sur les charges sociales pour un montant équivalent. Or cela ne règle en rien le problème de l'emploi : cette générosité de l'État n'a jamais empêché aucune délocalisation ni aucun plan de licenciements.

" La solution de remplacement comme l'écotaxe n'est pas crédible"

L'inquiétude des élus locaux est donc perceptible devant cette mesure « prise de façon unilatérale et sans aucune consultation préalable », déplore Daniel Delaveau, maire (PS) de Rennes et président de l'Assemblée des communautés de France, pour qui « la taxe professionnelle représente 94 % des recettes fiscales ».

Pour la Communauté d'Agglomération de La Rochelle, cela représente 34,2 millions d'euros, pour un budget de fonctionnement ( budget principal) de 67,6 millions d'euros en 2008, soit 50,59% du total des ressources de la Communauté !

Marie-France Beaufils, sénatrice et maire (PCF) de Saint-Pierre-des-Corps, confirme : « La solution de remplacement comme l'écotaxe n'est pas crédible. Tout se passe comme si le gouvernement, n'ayant pas pu imposer d'autorité la réduction des services publics des collectivités locales, cherchait désormais à l'imposer par la voie budgétaire. » Et cette taxe carbone ( l'écotaxe) serait payée pour l'essentiel par les consommateurs, les ménages et peu les entreprises.  Et que dire de cette écotaxe qui vise à encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre: cela signifie que le rapport de cette taxe est destiné à ... diminuer! Sa finalité est de disparaître

Non seulement les dotations de compensation de l'État vis-à-vis des collectivités sont aléatoires dans leur montant, mais le chef de l'État ne les a même pas évoquées concernant la taxe professionnelle. Ce qui laisse présager un affaiblissement important des budgets des collectivités.


Les seules variables d'ajustement resteraient donc la taxe d'habitation (impôt injuste car il ne tient pas compte des revenus) et la taxe foncière.

Pour Christian Favier, président communiste du conseil général du Val-de-Marne, il s'agit bien d'une mesure dangereuse : « Seront remis en cause, dit-il, des pans entiers d'action publique qui protègent les habitants, confortent la solidarité envers les plus fragiles et permettent d'investir... » Christian Favier rappelle en outre que les collectivités locales assurent les trois quarts de l'investissement public. Ainsi, comme le disent les élus, les entreprises ont bel et bien une responsabilité sociale et territoriale et doivent contribuer à l'aménagement et aux services locaux dont elles profitent.

Est-il injuste de faire participer les entreprises au développement du territoire,    à son aménagement?

Les personnels des entreprises, par exemple,  utilisent les moyens de transport collectifs pour venir travailler; cela a un coût pour la collectivité et donc pour les impôts locaux. Que dire des routes, des ports, des aménagements des aéroports, ..., que les entreprises utilisent. Sans compter les dépenses scolaires qui permettent de former leurs futurs salariés ou la santé publique qui les soigne et maintiet leur capacité de travail, ..., sans oublier l'aménagement des zones commerciales, artisanales et industrielles par les départements, communes et communautés.

Des "réformes" en cascade de la taxe professionnelle ... pour l'allèger!

Le calcul de ta Taxe Professionnelle se fait à partir d'une base d'imposition décidée par les services fiscaux X taux voté par les Collectivités ( les Communautés de Communes et d'Agglomération généralement, comme la CDA de la Rochelle ou celle de Royan, qui ont instauré une T.P.U. - Taxe Professionnelle Unique)

Cette base d'imposition prend pour "assiette" 2 éléments:la valeur locative des immeubles ( constructions et terrains) et les autres "immobilisations corporelles" de l'entreprise ( outils, moyens de transports, matériel de bureau, ...)

Mais déjà cette assiette a été allégée depuis une décision de 2000: elle ne prend plus en compte les salaires versés ( à raison de 18% de ces salaires) et cela depuis le 1/1/2003

 Et le montant total de la TP a été plafonné, depuis 2005,  à 3,5% de la Valeur Ajoutée ( V.A.) par l'entreprise ( sa production réelle, déduite des apports de matières premières, énergie et autres intrants). Elle est même moins élevée encore pour les banques et assurances: maximum de 1,5% de la V.A.

Rajoutons une décision annoncée par N sarkozy le 3/10/2008 d'exonérer de TP les nouveaux investissements, ce qui faisait suite à la loi de soutien à la consommation d'Août 2004 d'allèger la TP par des dégrévements de cotisations pour 2005/2006/2007.

La Taxe Professionnelle ne prend pas en compte les investissements ...financiers des entreprises!

En effet, les entreprises ( surtout les grandes) ont développés leurs placements financiers en Bourse, en achetant des titres ( actions, obligations, ...). Ce sont des "actifs financiers" qui représentent des sommes considérables: plus de 4 4OO milliards d'euros qui ne sont absolument pas imposés, car non intégrés dans l'assiette de la TP

Selon Marie-France Beaufils, une réforme  de la taxe professionnelle est  évidemment nécessaire : « Mais cette réforme doit au contraire viser à élargir son assiette aux actifs matériels et financiers à hauteur 0,5 %. »Ceux-ci, en effet, ne sont pas imposé! Cela rapporterait 22 milliards d'euros...

  Pour en savoir plus sur la Taxe Professionnelle: http://fr.wikipedia.org/wiki/taxe_professionnelle

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Published by henri Moulinier - dans Crise économique mondiale
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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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