Dans mon dernier post, je vous invitais à aller voir comment la Commission européenne et son commissaire chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Egalité des chances, Vladimir Spidla, un social-démocrate, concevaient l'Europe sociale : des salariés en cage (représentés par des lions) domptés par des patrons qui, pour les encourager au travail, leur accordaient une cage plus grande et une gamelle à leur nom.
Ce clip vidéo qui a été conçu dans le cadre d'une « campagne destinée à présenter les résultats bénéfiques des politiques de l'Union européenne en matière d'emploi » (sic) illustre, de façon crue certes, mais réaliste la façon dont la Commission aborde les questions économiques et les rapports sociaux. Il résume en 1'18 ce qu'elle s'applique à rendre obscur dans les textes qu'elle conçoit.
Une sorte de lapsus dont le Fakir, périodique picard dirigé par François Ruffin désormais vendu partout en France, a été le premier à parler. Engagée en faveur du non lors du référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE), l'équipe du journal a cassé sa tirelire pour aller enquêter sur cette Europe qui réglemente notre vie, du prix des SMS à la fabrication du vin rosé en passant par nos services publics (EDF-GDF, la Poste, les transports, l'école, etc.) qu'elle livre à la concurrence et démantèle avec obstination, en œuvrant à dose homéopathique. Le résultat vaut le détour.
Une plaque apposée au pied d'un arbre à l'entrée du Parlement européen
Je ne retiendrais qu'un second lapsus rapporté dans le dossier qui illustre les rapports entre le Parlement européen et les lobbies industriels et commerciaux. Celui-ci prend la forme d'une plaque apposée au pied d'un arbre à l'entrée de l'Assemblée. On y lit ( voir photo ci-dessus):
« C'est par le discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dévouement. »
Rien à dire jusque là mais examinons ce qui suit : « Inaugurée le 6 décembre 2001, par Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen » avec le nom du donateur « EAP, Society of european affairs professionals. Incorporating Felpa, fédération européenne du lobbying et public affairs. »
« Derrière ce sigle se cache le lobby des lobbies monté par McDonald's, Unilever, Carrefour and Co », décrypte François Ruffin :
« Vous imaginez la même chose à Paris, ou à Rome, ou à Madrid ? Une inscription devant l'Elysée qui unit le Medef et Sarkozy ? Ou les lobbies du nucléaire qui remercient le Sénat dans les jardins du Luxembourg ? »
Ne voulant pas s'en tenir aux apparences, l'auteur a enquêté, recueilli des témoignages qui confirment ce qui est montré dès l'entrée. Alain Hutchinson, eurodéputé belge, socialiste, partisans du oui au TCE, le reconnait : « Les lobbies sont ici chez eux : ils passent dans les bureaux, déposent des dossiers, des stylos, vous invitent au restaurant. »
Certains pourraient en conclure : à quoi bon aller voter ?
J'y trouve au contraire une raison nouvelle de se mobiliser le 7 juin. Car plus les citoyens se désintéressent de l'Europe et s'en détournent, plus les marchands du temple peuvent l'investir librement. Alors qu'il serait salutaire de les en chasser.