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Éditorial de Dominique Versini
Défenseure des Enfants, dont le
poste vient d'être supprimé
Depuis ma nomination en juin 2006 comme Défenseure des enfants, je mesure chaque jour la force symbolique de cette fonction et de l’indépendance qui lui a été attribuée par le Parlement. Des courriers d’enfants et d’adolescents m’exposent en confiance leurs souffrances ou leurs interrogations à l’occasion de moments difficiles de leur vie : séparations des parents, placements en foyer ou en familles d’accueil, problèmes de santé, discriminations, violences … Des lettres de parents, de grands-parents, d’associations m’arrivent car toutes leurs démarches ont échoué … Recevoir une réclamation concernant un enfant entraîne l’intervention de mon équipe au plus près de la vie de la famille et des institutions qui ont pris des décisions le concernant… Notre fil rouge est la préservation de l’intérêt supérieur de l’enfant qu’il faut parfois négocier avec les différents intervenants. Notre méthode repose sur un principe de neutralité et d’impartialité, avec une double démarche de médiation interinstitutionnelle et de conseil ou d’orientation pour les enfants et leurs familles.
Volonté politique de supprimer un « gratte-poil » ou négligence,
tout aussi coupable ?
« Une volonté de se débarrasser d’un contrepoids nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie », ont répondu les participants à une conférence de presse à l’initiative du président du comité français de l’Unicef, Jacques Hintzy, en réaction à la suppression de la défenseure des enfants, prévue dans un projet de loi organique voté en Conseil des ministres.
Une décision qui va « à contre-courant de tout ce qui se fait dans le monde », a rappelé, à cette occasion, Claire Brisset, qui a précédé Dominique Versini au poste de défenseure des enfants et à celui de présidente du réseau européen des 35 défenseurs des enfants. « Même les États-Unis viennent d’envisager pour la première fois, par la voix de madame Clinton, de ratifier la convention internationale des droits de l’enfant », a-t-elle ainsi rappelé avant de souligner les avancées acquises grâce au travail de l’institution : âge du mariage relevé à 18 ans, augmentation des pénalités pour les clients de prostituées mineures, sans parler des 12 000 cas individuels examinés par le comité.
« Nous demandons au gouvernement de retirer son projet de loi et de mettre en place un groupe de travail sérieux »,
C'est ce qu'a réclamé madame Versini, qui n’a toujours pas été contactée par le chef de l’État, responsable de sa nomination, ni par le premier ministre ou la garde des Sceaux.
Seul Martin Hirsch « a été envoyé pour déminer le terrain », mais il n’est « pas ministre de la famille et de l’enfance ».
De son côté, le président de la section française de Défense des enfants international, Jean-Pierre Rosenczveig, a souhaité que la crise et la mobilisation puissent déboucher sur la préservation de l’institution, et son renforcement, en moyens et en autonomie. « Les politiques ne considèrent les enfants qu’à travers les dangers qu’ils pourraient représenter, à l’aune de la délinquance des mineurs », a-t-il également fait remarquer, en allusion à la réforme de la justice des mineurs qui doit intervenir prochainement.
Et, alors qu’à Calais, « les bulldozers sont, au moment même où nous parlons, en train de raser la jungle, il est du rôle de la défenseure de rappeler le sort des 220 mineurs étrangers isolés qui s’y trouvaient », a souligné Claire Brisset.
Anne Roy ( l'Humanité - 23/9/09)