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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 07:22

Le Pape Benoit XVI est à la tête d'une communauté de plus d'un milliard de personnes, dont il peut difficilement ignorer les émois.

Or une partie de cette communauté - notamment en Europe, et particulièrement en France et en Allemagne - est aujourd'hui troublée par la main qu'il tend à des catholiques schismatiques, jugés infréquentables autant pour leur rejet des acquis du concile Vatican II sur la liberté religieuse et le dialogue avec les autres confessions, que pour leur positionnement idéologique nourri d'une extrême droite confite dans son antisémitisme historique.

Personnellement, je suis profondément choqué par les déclaration du Pape

Je ne suis pas catholique, plutôt agnostique, très attaché à la laïcité ( séparation des Eglises et de l’Etat et liberté d’expression religieuse et philosophique). Mais sur le plan philosophique et citoyen, par delà les idées religieuses des évêques réintégrés par le Pape, ce sont leurs idées politiques, négationnistes, racistes qui me choquent et la caution que le Pape Benoit XVI leur donne.

Ce sont bien des « questions de principes » comme l’a affirmé Angela Merkel. C’est bien le cas lorsqu’une décision de Vatican « donne l’impression qu’il est tolérable de nier l’Holocauste, et de mettre en question les fondements même du dialogue avec la communauté juive » précise t-elle.

Quelles sont les motivations du Pape Benoit XVI ?

Tenaillés entre une foi qui les porte à la confiance envers leur Eglise et leurs convictions chrétiennes qu'ils jugent incompatibles avec les postures intégristes, nombre de catholiques s' interrogent sur les motivations du pape.

Difficile en effet de comprendre les raisons pour lesquelles Benoît XVI prend le risque de ternir l'image d'une Eglise déjà mal en point en Europe, d'endommager des relations difficilement tissées depuis quarante ans avec les juifs et de faire fuir des fidèles lassés de se voir assimilés à un catholicisme rétrograde. Même si Benoît XVI considère que "l'Eglise est une barque qui prend l'eau de toutes parts", les dommages collatéraux paraissent immenses comparés au bénéfice supposé de la réintégration de quelque 150 000 ouailles et de centaines de prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

° Parmi toutes les raisons avancées, certains voient dans la décision du pape la volonté quasi obsessionnelle de ce dernier de demeurer dans l'histoire et aux yeux de son Créateur comme celui qui sera parvenu à résorber un schisme. Benoît XVI, comme tout pape, voit l'Eglise comme un "corps mystique". L'enjeu premier est d'en reconstituer le tissu ecclésial. Dans cette optique intemporelle, l'unité des catholiques, aussi formelle soit-elle, n'aurait pas de prix. Le cardinal Ratzinger avait tenté dès 1988, l'année du schisme lefebvriste, d'éviter cette "blessure", convaincu que plus un schisme dure, plus la réconciliation  est difficile.

° Si Benoît XVI a toujours affirmé voir dans le concile Vatican II "une continuité" plus qu'une "rupture" avec la tradition de l'Eglise, sans doute peut-on lire aussi dans son désir de réhabiliter les intégristes une manière de souligner les limites du concile, et notamment l'un de ses buts affichés : la réconciliation entre l'Eglise et la modernité démocratique. Car derrière l’Holocauste, il y a eu un système politique raciste, fasciste, négateur de toute démocratie. J’attend du Pape qu’il s’explique lui-même sur son analyse de ce régime hitlérien, dont il fut, semble-t-il  un acteur, enrôlé chez les nazis dans sa jeunesse.

La peur qu'inspire à Benoît XVI la société moderne, son rejet de la "noirceur" du monde, sa proximité assumée avec le courant montant des catholiques identitaires et traditionalistes sur la sacralité des rites ou la primauté de la loi naturelle font de ce pape du XXIe siècle "un intransigeant
tempéré"
, selon l'expression du sociologue des religions
Philippe Portier. Tempéré ???

Est-ce une « bourde » ?

Nombre de catholiques, pour ne pas parler de l'opinion publique dans son ensemble, analysent cette attitude du Pape comme une attitude de repli et d'enfermement sur soi. La libéralisation de la messe en latin, en 2007, fut déjà interprétée en ce sens, de même que le retour ostensible à des vêtements liturgiques d'un autre âge ou la nomination d'évêques "identitaires", à travers le monde.

Sur la forme, on a pu s'étonner de la "bourde" qu'aurait constituée cette annonce en termes de communication. Il paraît pourtant difficile de penser, comme certains veulent le faire croire, que le pape ne connaissait pas le fond culturel et idéologique sulfureux d'une partie des intégristes qu'il se dit prêt à accueillir, que son isolement au Vatican et son grand âge (82 ans en avril) l'empêcheraient de mesurer l'impact de ses décisions, que la curie qui l'environne et le conseille serait plus réactionnaire que lui-même...

Et si, en termes d'image, cette levée des excommunications peut être qualifiée de "Ratisbonne II" - allusion à la polémique soulevée par les propos de Benoît XVI lorsque, en septembre 2006, il avait assimilé l'islam à la violence -, sur le fond elle est sans doute plus grave pour l'Eglise catholique par ce qu'elle dit de son évolution actuelle et, semble-t-il, inéluctable.


Le Pape a fini par "répondre" à ses critiques: est-ce satisfaisant ?


Mgr Williamson, le prélat intégriste dont l'excommunication a été levée, ne pourra prétendre revenir dans l'Église, indique le pape, s'il ne renie pas ses propos sur la Shoah.

Est-ce la fin d'un feuilleton qui a provoqué un tollé dans le monde, et pas seulement chez les catholiques et les juifs? Le pape a fait savoir que l'évêque intégriste Mgr Richard Williamson devrait « prendre, sans équivoque et publiquement ses distances » avec ses déclarations sur la Shoah. Mgr Williamson est l'un des quatre évêques de la Fraternité intégriste saint-Pie-X, dont le pape avait levé l'excommunication. Mais, assure le Vatican, les positions négationnistes de cet évêque n'étaient « pas connues » de Benoît XVI.

L'affaire Williamson, on le sait, a provoqué beaucoup d'émoi dans le monde. Dans la mesure, notamment, où la pape allemand a tardé à lui demander de se rétracter, se contentant de rappeler sa « solidarité » avec les juifs et semblant se satisfaire des « excuses » de Mgr Fellay, le supérieur de la Fraternité intégriste.


Reconnaître Vatican II

Aujourd'hui, Benoît XVI semble remettre les pendules à l'heure, même si la question de son mode d'exercice du pouvoir est plus que jamais, posée. Les catholiques vont-ils pousser un « ouf » de soulagement? Surtout en Allemagne, où l'affaire prenait de l'ampleur après l'intervention d'Angela Merkel demandant au pape « une ferme clarification ».

 Dans la foulée de cette demande expresse de rétractation adressée à l'évêque négationniste, le Vatican pose des conditions aux intégristes pour qu'ils puissent prétendre revenir dans le giron de l'Église catholique. Il leur est demandé « une pleine reconnaissance du concile Vatican II et des papes » qui ont suivi.

La levée de l'excommunication, sous-entend le Vatican, ouvre une porte. Mais il reste à montrer patte blanche. Autrement dit, reconnaître pleinement les acquis d'un concile qui a instauré la liberté religieuse, développé l'oecuménisme, ouvert l'Église sur le monde... Et reconnu le nécessaire dialogue avec les juifs.

Personnellement, je reste sur ma faim, sur le fonds des positions idéologiques du Pape lui-même, de ses motivations profondes.

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Published by henri Moulinier - dans Laïcité
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  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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