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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 17:28

Un bon congrès du Parti de la Gauche européenne et une décision du Parti de Gauche français de suspendre son adhésion jusqu'après les élections municipales en France, à cause du choix majoritaire des communistes de Paris. Cela veut-il dire que le PG suspend aussi sa participation aux réunions du Front de gauche ? Je ne le pense pas et en tout cas ne le souhaite pas.

Le Front de gauche, les français en ont bien besoin pour ouvrir une alternative vraiment de gauche et faire front à la droite et l'extrême-droite. Ca me chauffe ces bisbilles !!!

Deux articles sur le sujet, issus de la revue "Regards". Je partage l'avis de Roger Martelli et Clémentine Autain. Un 3e d'Eric Coquerel, dirigeant du Parti de Gauche  qui explique la position du PG. 

Henri Moulinier

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Mélenchon parti de la Gauche Européenne

Par Guillaume Liégard| 16 décembre 2013       

Il y a des jours, franchement, où la moutarde vous monte au nez. Et bien c’est mon cas. Depuis mercredi 11 décembre, je suivais les travaux du congrès du Parti de la Gauche Européenne réuni à Madrid. Créé en 2004 à Rome, le PGE regroupe des partis communistes, socialistes ou Rouge et Vert d’une vingtaine de pays européens. Et dans l’ensemble je trouvais que cela se passait bien, très bien même.

D’abord parce que le congrès a décidé de choisir Alexis Tsipras comme candidat à la présidence de la Commission européenne. C’est un signal fort, celui de la résistance sans concessions aux politiques d’austérités. C’est aussi un encouragement à nos amis grecs qui peuvent demain porter au pouvoir, avec Syriza, un parti qui n’entend pas se plier aux diktats de la troïka.

Ensuite le dimanche 15 décembre, la motion [1] sur l’écosocialisme portée par cinq organisations [2] a été adoptée avec 48% de votes pour et 43% de votes contre. Au regard des traditions productivistes de bon nombre de partis communistes, ce résultat représente une petite surprise et c’est une belle victoire, notamment pour le PG qui a fait de l’écosocialisme, le cœur de son projet politique. Il faut souligner que les partis à l’initiative de ce texte ont la particularité d’être des formations relativement récentes et, à l’exception du PG, elles sont le regroupement de plusieurs forces politiques d’histoires différentes.

Evidemment, tout cela était trop simple et le congrès devait aussi élire le président du PGE. Dans son intervention à la tribune, Martine Billard co-présidente du PG a mis en avant « le refus d’une image brouillée » pour annoncer que la délégation du PG voterait contre la candidature de Pierre Laurent. Jusque là rien de bien nouveau sous le soleil, la divergence politique est connue, sa traduction par un vote de défiance était logique et attendue. Mais après la réélection de Pierre Laurent à la tête du PGE, le Parti de Gauche dans un communiqué a annoncé qu’il suspendait sa participation au PGE : « La clarté de notre campagne des européennes ne doit pas être mise en danger par la stratégie portée par Pierre Laurent de rejoindre la liste du PS aux municipales à Paris. Rien ne doit venir brouiller le sens politique du vote pour nos listes. Nous décidons donc de suspendre notre participation au PGE jusqu’aux élections municipales ». Bizarrerie de cette décision, le PG se prive d’un cadre avec les autres partis européens à cause de Pierre Laurent qu’il rencontre tous les lundi matins lors de la réunion hebdomadaire des différentes composantes du Front de Gauche : magie de la dialectique sans aucun doute.

Le choix d’Alexis Tsipras, l’engagement écosocialiste, ces deux décisions fortes du congrès aurait dû permettre de donner confiance, de remobiliser et d’offrir une perspective dans une situation politique délicate. Il n’en sera rien et tout cela est immédiatement passé à la trappe avec une seule nouvelle en boucle : le Parti de Gauche qui suspend sa participation et un nouvel avatar des bisbilles au sein du Front de Gauche. Non vraiment, du grand art.

Notes

[1] Le texte de la motion (en anglais pour l’instant) www.lepartidegauche.fr.

[2] Le Parti de Gauche, Syriza (Grèce), Die Linke (Allemagne), Le Bloco (Portugal) et L’Alliance Rouge et Verte (Danemark).

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Front de gauche : il est encore temps

Par Clémentine Autain, Roger Martelli| 16 décembre 2013                        

Après des années de dispersion amère à la gauche du Parti socialiste, la création du Front de gauche, à la fin de 2008, fut un salvateur ballon d’oxygène. L’espoir était de retour et la dynamique de l’élection présidentielle en a montré la fécondité. Il n’est pas question de revenir en arrière. Une gauche de gauche a toute sa place dans le paysage politique français, mais cette place ne peut être réellement occupée sans une condition, non suffisante mais cardinale : l’unité.

La décennie écoulée l’a amplement démontré. Chaque fois que la gauche de gauche est rassemblée, autour d’un objectif clair (par exemple le Non au Traité constitutionnel européen), elle change la donne. Chaque fois qu’elle est divisée (par exemple l’élection présidentielle de 2007), elle laisse à d’autres forces le devant de la scène. Pendant longtemps, la gauche de transformation sociale a trouvé son expression politique la plus forte dans un vote communiste élargi. Ce n’est plus le cas et ce ne sera plus le cas. Mais nul ne peut penser qu’il va occuper à lui seul l’espace politique ainsi libéré. Si le PCF actuel pensait qu’il n’a qu’à attendre patiemment le retour du balancier, il se risquerait aux désillusions cuisantes de 2002 et 2007. Mais si, en revanche, telle ou telle force, tel ou tel courant se laissaient aller à tourner le dos au Parti communiste, ils se voueraient à l’échec et, avec lui, à l’échec de toute la gauche transformatrice.

Les élections de 2014 ne peuvent pas se traduire par des scores du Front de gauche en-deçà de ceux de 2012. « Les » élections… Les municipales comme les européennes. Le choix du PCF dans plusieurs grandes villes complique la situation ? Sans nul doute. Mais il y a suffisamment de communes, grandes, moyennes ou petites, où le Front de gauche est en lice pour porter les couleurs d’une politique locale ambitieuse, à rebours des logiques d’austérité. Ces listes doivent recueillir en mars le score le plus élevé possible. Elles n’y parviendront pas dans un climat national de rancœur et de suspicion réciproque. Et, lors des européennes du printemps, le Front de gauche doit porter une espérance plus large encore, à l’échelle de tout le continent. Il ne le pourra pas si ses acteurs ne retrouvent pas l’enthousiasme militant unitaire de 2012.

Il n’est pas trop tard.

  Le Front de gauche s’est accordé sur une visée stratégique assurée : énoncer une critique radicale de l’option sociale-libérale pour déblayer la voie d’une gauche rassemblée autour de ses valeurs émancipatrices, sociales et écologiques. Critique et rassembleur, à toutes les échelles, de la commune à l’Europe : c’est notre marque de fabrique. Elle ne vivra, elle ne se verra que si nous sommes ensemble, résolument ensemble, quelles que soient les difficultés. La nécessaire clarté ne passe pas avant l’unité, tout simplement parce que, sur le fond stratégique, nous avons déjà bâti notre communauté essentielle.

Retrouvons donc sans tarder l’allant de notre unité. Nous réfléchirons ensuite à notre avenir. Sans doute nos tensions disent-elles aussi, malgré nous, une limite de ce que nous avons construit. Nous sommes un espace militant : c’est notre force. Mais nous n’avons pas réussi à fonctionner autrement que comme un cartel : c’est notre faiblesse. Ne plus être un cartel, inclure – et pas seulement pour coller les affiches – tous les militants et sympathisants qui, par dizaines de milliers, ont donné de la force à notre candidat en 2012 : ce défi est devant nous. Il faudra scrupuleusement respecter le désir de ceux qui veulent conserver leur autonomie organisationnelle. Mais le Front de gauche a le devoir d’ouvrir ses portes et ses fenêtres s’il veut être à la hauteur de la responsabilité qui est la sienne : être un outil au service du peuple pour construire une alternative politique.

Ce sera notre tâche après les échéances électorales. D’ici-là, un impératif unique : le souffle irrépressible de l’unité.

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Le point de vue d'Eric Coquerel, dirigeant national du Parti de Gauche

AU NOM DU FRONT DE GAUCHE

DR Crédit Michel Soudais. la force du Front de Gauche en mouvement le 1er décembre

 

                         Madrid où se tenait le congrès du PGE. J’ai d’autant plus envie d’écrire sur le bilan de ce congrès que j’en ai été privé en raison d’obligations professionnelles.

Commençons par ce que les médias ne retiendront pas ou peu : le contenu (on parie ?). Le Parti de Gauche s’est en effet énormément investi dans la préparation programmatique de ce congrès. Avec des résultats excellents puisque la résolution finale est dominée par la nécessité d’une franche rupture avec l’UE actuelle et les traités.

Deuxième, et énorme acquis, l’adoption surprise dimanche matin (48% de votes pour et 43% contre) d’une motion sur l’écosocialisme proposée par le PG et appuyée par Syriza (Grèce), Bloco (Portugal), Alliance rouge-verte (Danemark) et die Linke (Allemagne) unis pour dire que l’écosocialisme est l’avenir de la gauche. (communiqué : http://www.lepartidegauche.fr/actualites/actualite/coup-tonnerre-ecosoci...)

Pour autant la décision de suspendre de façon provisoire notre participation au PGE a été prise. Jusqu’aux municipales très exactement soit 4 mois. C’est en quelque sorte une suspension conservatoire. Je sais qu’elle fait débat même si elle ne constitue pas, à mon sens, la décision la plus importante de ce congrès. En tous cas, elle ne peut constituer une surprise. Le 18 octobre, j’avais fait, au nom du PG, une déclaration à la conférence des Présidents du PGE à Madrid pour dire notre désaccord avec la candidature de Pierre à la présidence du PGE. Devant l’intéressé, j’avais expliqué que dans une période historique qui réclame toujours plus de clarté face à une social-démocratie devenue la voiture-balai du néolibéralisme, il était impossible qu’à la veille d’une confrontation électorale avec elle à l’échelle de l’UE, le PGE se donne pour président un responsable politique défendant l’alliance derrière le PS français aux municipales et plus particulièrement dans la capitale où nul ne pouvait ramener se scrutin à un seul enjeu local. Or rien, depuis, n’est venu transformer la donne. Rien : ni au PGE, ni au niveau national dans le Front de Gauche.

Au PGE, nous avons pourtant tenté un compromis en proposant une coprésidence paritaire qui aurait eu l’avantage de répondre à une exigence exprimée par sa commission féministe depuis longtemps et de pouvoir élire à ce poste une candidate présentant un autre profil vis-à-vis de la social-démocratie. Je précise que cette proposition n’était pas faite pour y installer une co-présidente issue du PG. Cela permettait de sortir par le haut de la situation : on nous a refusé de proposer cet amendement au vote alors même qu’il aurait été vraisemblablement majoritaire au congrès ! Devant le refus qui nous a été opposé, l’issue ne peut–être une surprise pour personne. L’élection de Tsipras, leader de Syriza, un parti qui a justement fait de l’indépendance vis-à-vis de la social-démocratie les raisons de son succès, à la candidature à la présidence de la commission européenne face à Martin Schultz, est une grande et bonne chose. C’est cela la nouvelle importante de ce congrès avec les évolutions programmatiques déjà évoquées. Mais cette candidature qui s’oppose du coup clairement au social-libéralisme est du coup contradictoire avec la réélection de Pierre. Voilà pourquoi notre délégation a choisi de pointer cette contradiction en posant un acte fort même s’il est provisoire et symbolique.

Car au niveau du Front de Gauche non plus les choses n’ont, pour le moment, pas évolué. Là encore nous avons pourtant été clair. Egalement en octobre, j’ai soumis une adresse à nos partenaires au nom de mon parti. L’objectif : que par des actes, même symboliques, le Front de Gauche réaffirme une stratégie nationale pour les municipales. Cette stratégie réclame une concrétisation simple. Elle a d’ailleurs a été mise en pratique à toutes les élections depuis la création du Front de Gauche : c’est l’autonomie vis-à-vis du PS au premier tour pour permettre aux électeurs de trancher entre les deux lignes qui fracturent les forces de gauche. A cela, Pierre Laurent nous a répété ne pas comprendre puisqu’en juin nous lui avions expliqué que nous saurions gérer ensemble, autant que possible, les quelques villes où le PCF partirait derrière le PS. Il a raison : connaissant les contradictions internes à notre principale partenaire et ses statuts qui donnent une large part, y compris en terme de décision stratégique, à ses militants, et élus, locaux, nous savions que nous allions devoir faire avec des exceptions. Mais j’écris bien des exceptions. Cela n’a rien d’une nuance. Des exceptions du type de celles que nous avons su accepter lors des régionales de 2010 (où dans 5 régions sur 22 le PC était parti avec le PS au premier tour). Gérer des exceptions oui mais pas une stratégie différente ! Soit celle géométrie variable défendue depuis la rentrée de septembre par le secrétaire national du PCF lui-même pour le pays et plus particulièrement pour Paris où il a mis tout son poids dans la balance pour que ses camarades votent, de très peu pourtant, le ralliement au PS. Du coup, voilà donc le Front de Gauche seule force d’ampleur nationale à ne pas présenter une stratégie claire à cette première élection nationale depuis l’élection de François Hollande !

Est-ce que la politique du gouvernement aurait évolué positivement pour expliquer pareille remise en cause ? C’est l’inverse : que ce soit sur le budget, la hausse de la TVA, les retraites, sa gestion de la mobilisation des « bonnets rouges », la politique du bouc émissaire de Valls, ce gouvernement poursuit son inflexion à droite. Nos parlementaires s’apprêtent d’ailleurs à rentrer franchement dans l’opposition en votant contre le budget. Le PS aurait-il pris ses distances avec lui ? C’est l’inverse. Jamais il n’y a eu aussi peu de contestation interne à la politique du gouvernement en son sein comme le montrent les votes récents à l’assemblée nationale sur les retraites ou le budget. Et je comptabilise pourtant les abstentions comme signes de cette contestation. Enfin y aurait-il eu la moindre éclaircie dans la social-démocratie européenne ? C’est l’inverse. Certains espéraient une « rébellion » ce week-end des militants du SPD consultés sur l’accord avec la CDU. La réponse (75 % pour la coalition) fait de ceux qui veulent nous persuader de la capacité de changer de l’intérieur les partis sociaux-démocrates de dangereux illusionnistes. Le plus vieux et plus puissant des partis sociaux-démocrates, le SPD, a choisi de participer à une coalition dirigée par Angela Merkel. Désormais gagnée au néolibéralisme, les Partis socialistes choisissent donc l’alliance avec d’autre néolibéraux plutôt qu’avec la gauche. Voilà leur règle : de leur point de vue elle est logique mais les éloigne toujours plus de l’idée que nous nous faisons de la gauche. On comprendra du coup qu’il est plus que jamais nécessaire d’être indépendant et d’établir un rapport de force avec les partis sociaux-démocrates jusqu’à les dépasser.

Voilà pourquoi le débat en cours au sein du FDG, et plus particulièrement au sein du PCF en réalité, ne peut-être contourné en mettant entre parenthèses les Municipales comme on nous y invite. Tout d’abord parce qu’on ne peut disjoindre deux élections si proches sur le calendrier. C’est d’ailleurs ce que nous écrivions dans le texte stratégique du Front de Gauche de janvier 2013. Dans son discours conclusif au PGE, Pierre Laurent n’a d’ailleurs pas manqué de les lier. C’est enfin d’autant moins possible que l’an prochain reviendront, le même jour, d’autres scrutins qui reposeront de nouveaux ces questions : cantonales et régionales. Laisser penser que, désormais, la stratégie électorale pourrait être à géométrie variable est en réalité le moyen de mettre non pas les municipales entre parenthèse mais les Européennes. Tout cela renvoie sur le fond à notre positionnement vis-à-vis du gouvernement et le PS : toute alliance politique avec lui nous assimile, même de façon critique, à sa politique. Nous serons alors châtiés avec lui… Et nous laisserons à la seule droite et extrême droite l’apanage de l’alternative. Or l’objectif du Front de Gauche, sa raison d’être, est de l’empêcher en se mettant en capacité de rassembler une majorité alternative.

Voilà pourquoi je défends plus que jamais la pertinence du Front de Gauche. Je saisis là l’occasion de répondre à un article de Libération paru ce week-end laissant entendre que derrière la suspension provisoire de notre participation au PGE se cacherait en réalité une prise de distance vis à vis du FDG. Comment croire que le Parti cofondateur du Front de Gauche, c’est à dire le rassemblement le plus large possible de l’autre gauche pour renverser le rapport de force vis-à-vis de la social-démocratie, entend prendre ses distances avec lui ? Je suis, au contraire, toujours plus convaincu de cette stratégie comme de la nécessité et l’utilité de présenter des listes FDG aux Européennes pour répondre là aussi à cet article. Mais le Front de gauche est avant tout une stratégie et une ambition bien plus qu’un cartel. Et c’est bien pourquoi nous refusons de l’affaiblir en acceptant une stratégie à géométrie variable : parfois derrière le PS, parfois avec le Front de Gauche. Ce serait rendre illisible ce que nous avons mis cinq ans à construire et nous renvoyer à la marginalité. Dans les faits chacun constatera d’ailleurs que le Parti de Gauche continue à œuvrer au renforcement du FDG. Nous l’avons fait en proposant une marche le 1er décembre couronnée de succès. Nous le faisons en essayant de construire le maximum de listes répondant à sa stratégie, donc autonomes au premier tour des listes gouvernementales, y compris au détriment du nombre de nos têtes de liste. Enfin nous le faisons en mettant en oeuvre, partout où c’est possible, des preuves concrètes d’une majorité alternative. C’est le cas dans les dizaines de municipalités où nous ferons alliance, sur la base du refus de l’austérité, avec des groupes locaux et des militants EELV. C’est aussi ce que j’ai essayé pour ma part de tester lors d’une intervention à la convention nationale sur les Européennes du MRC en proposant d’ouvrir des discussions pour d’éventuelles listes communes pour sortir de l’Europe d’austérité. C’est enfin le même type de proposition que j’ai lancé lors du débat de l’émission Arrêt sur image aux représentants de Nouvelle Donne présents sur le plateau soit Pierre Larrouturou et Bruno Gaccio. (voir : http://www.arretsurimages.net/emissions/2013-12-13/Nouvelle-donne-il-est...) pour les placer devant leurs responsabilités. Avec toujours le même objectif : rassembler le plus largement possible tous ceux qui contestent l’hégémonie sociale-démocrate sur la gauche même si, parfois, on ne croit pas trop à la volonté de nos potentiels partenaires de faire le pas nécessaire. Qu’importe, je maintiens la nécessité d’être unitaire pour deux vu la gravité de la situation.

On n’aura donc compris qu’il n’est pas là question d’un différend personnel avec Pierre Laurent et encore moins d’un clivage avec l’ensemble du PCF où je suis persuadé que de la base au sommet les questions abordées dans cette note se posent. C’est en réalité un débat d’importance sur la stratégie à mettre en œuvre à l’échelle européenne comme nationale, donc un débat noble. Voilà pourquoi nous n’acceptons pas de tourner la page municipale ce qui serait accepter de fait la stratégie à géométrie variable. C’est par la politique que nous sortirons de cette difficulté. Nos partenaires connaissent nos propositions. Elles consistent à réaffirmer l’autonomie comme le cap du FDG pour les élections à venir. Pour les municipales cela consiste, par exemple, à réserver le logo et l’appellation FDG aux listes autonomes, à mettre en place une coordination nationale de campagne des listes conduites par une tête de liste Front de Gauche, à des initiatives centrales de ces listes. Autant de propositions que nous avions faites dans notre adresse. En définitive nous voulons un FDG en cohérence avec la décision de présenter Alexis Tsipras face à Martin Schutz. Je suis convaincu que seule cette cohérence nous permettra d’être compris par tous ceux qui contestent la politique de François Hollande. Cela vaut bien quelques débats et désaccords entre nous car c’est la raison d’être du FDG qui est en jeu. Je suis convaincu que nous avons les moyens de les dépasser.

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Jean-Luc Mélenchon, sur son blog, extraits

Au congrès du PGE notre motion écosocialiste devient majoritaire

Le congrès du PGE (Parti de la Gauche Européenne) vient de se tenir à Madrid. C’est un parti qui regroupe une série de nouveaux partis comme le PG français ou le Syriza grec, le Die Linke allemand ou le Bloco portugais, l’alliance Rouge Vert du Danemark et une série (mais pas tous) d’anciens Partis Communistes d’Europe de l’Ouest ou de l’Est. Accolé à une fondation, il dispose d’importants moyens. Le PGE fonctionnait jusque-là au consensus. Ce congrès a interrompu cette habitude, qui aboutissait à l’étouffement des débats et des initiatives, dans une routine fade qui condamnait le parti à une certaine illisibilité dans des moments cruciaux, comme au moment de l’adoption du traité budgétaire. Depuis son adhésion, notre parti a pris au sérieux sa participation aux travaux et à l’action quand il y en a eu. L’inclusion de la thèse de la Révolution citoyenne dans les thèses du PGE est le résultat de ce travail de dialogue approfondi. Je le mentionne parce que la thèse de la Révolution citoyenne n’est pas la reprise, sous vocable euphémisé, de l’ancienne thèse sur la révolution socialiste. Mais cela ne suffisait pas au renouveau doctrinal, selon nous.

La « Révolution citoyenne » est une stratégie. Il faut dire au service de quel projet. Ici, il est question de la rupture avec le productivisme et de la reformulation du projet collectiviste dans le sens d’un projet d’intérêt général humain. Ce travail, nous l’avons conduit sans désemparer pendant deux ans, essentiellement sous la houlette de Corinne Morel-Darleux. Les thèses sur l’écosocialisme, adoptées à Paris en 2012, ont été présentées dans une dizaine de pays et traduit en une quinzaine de langues. Comment l’idée pouvait-elle cheminer dans le congrès du PGE ? Nous avons décidé de nous mobiliser au plus haut niveau. En amont du congrès, deux séances du secrétariat national de notre parti en plénière ont permis un débat sur le fond et la méthode qui serait employée au congrès. La délégation, conduite par Martine Billard co-présidente de notre parti, intégrait tous les responsables du parti qui avait été en charge d’une partie du dossier Europe ou Ecosocialisme. Deux exceptions : Eric Coquerel et moi dont il avait été décidé que nous n’irions pas au congrès. Un système de contact et de compte rendu permanent a permis à tout notre bureau national de suivre l’évolution du travail. Une téléconférence fut même organisée le premier soir. Tout cela pour signaler combien nous avons pris au sérieux ce congrès. Sur place, réunie à intervalle régulier, notre délégation s’est attelée a un intense travail de dialogue. La répartition des langues parlées par les membres de notre délégation permettait un accès direct aux plus importantes délégations. Quand il fut devenu évident que la thèse écosocialiste, pourtant soutenue depuis des mois dans les commissions de travail ad hoc sombrerait dans les sables mouvant, conformément à son mandat, notre délégation a voulu porter le débat devant le congrès. Très rapidement les nouveaux partis tombèrent d’accord avec nous. Le texte de l’amendement fut rédigé en commun et soumis au vote. C'est ainsi que le PG, avec l'alliance rouge-verte du Danemark, le Bloco du Portugal, die Linke en Allemagne et Syriza pour la Grèce, ont proposé une motion faisant de l’écosocialisme l’axe de l’orientation idéologique proposé au Parti de la Gauche européenne. Un texte présenté en amendement, en cohérence avec le texte politique général. Celui-ci avait été déjà sérieusement retravaillé en amont par nos délégués pour réaffirmer sans ambiguïté un rejet complet de la ligne libérale de la social-démocratie, la nécessité d'une alternative au capitalisme et la stratégie de la Révolution citoyenne. « Avec l'écosocialisme comme projet et la Révolution citoyenne comme stratégie de réappropriation de la politique par chacun, la gauche européenne peut se donner les outils pour mener de front lutte institutionnelle, bataille culturelle et résistances de terrain » a expliqué à la tribune du congrès Corinne Morel Darleux. Après débat, l’amendement a été nettement adopté : 47,6 % pour, 42,9% contre, 9,5% abstention. Nous n’avons pas compris pourquoi la délégation du PCF a voté contre. Nous pensions que le rapprochement idéologique était déjà accompli sur ce point. Une abstention aurait été comprise, compte tenu du débat des communistes français sur le nucléaire.

Quoi qu’il en soit, Martine Billard avait tracé notre ligne d’action dés le début du congrés : « la responsabilité de nos partis, du Parti de la Gauche européenne est de tracer une alternative politique qui redonne espoir à nos peuples. C’est le sens que veut donner le document politique qui nous est proposé. Il affirme clairement la nécessité d’une rupture avec les traités européens et les politiques menées en Europe et dont la responsabilité est partagée entre la droite et la social-démocratie. Dans ce contexte, il est absolument nécessaire pour reconquérir la confiance de nos peuples et renforcer le PGE de construire une cohérence entre nos textes et nos pratiques. Aussi, nous saluons la proposition de présenter Alexis Tsipras à a présidence de la Commission européenne comme symbole de la lutte des peuples contre les politiques d’austérité. Nous sommes aussi convaincus que cette stratégie d’autonomie de nos partis du PGE doit s’exprimer dans nos élections nationales. Comme elle doit s’incarner au plus haut niveau de représentation du PGE. En France, nous aurons des élections municipales deux mois avant l’élection européenne. Ces élections sont à deux tours. Le Parti de Gauche défend l’existence de listes autonomes du Front de Gauche dès le premier tour de ces élections.  Malheureusement, à Paris, Pierre Laurent, le secrétaire national du Parti communiste, a décidé que le PCF partirait avec le PS dès le 1er tour. Cela pose un problème pour l’image de la présidence du PGE. Nous considérons que le fait que le président du PGE, appelle à aller sur la même liste que les socio-démocrates deux mois à peine avant l’élection européenne brouille le message d’autonomie du PGE, et ce, pas seulement en France. Aussi, au nom du Parti de Gauche, j’ai le regret, comme nous l’avions annoncé il y a deux mois, de vous dire que nous voterons contre la reconduction du mandat de Pierre Laurent. Ce n’est ni une remise en cause de la personne, ni du travail fait. C’est une divergence politique. C’est le refus d’une image brouillée pour le PGE. »

Que cela soit clair : nous ne demandions rien pour nous même. Même lorsque nous avons proposé la création d’une co-présidence pour instaurer la parité. Idée acceptée et reportée au prochain congrès pour une raison inexpliquée. De même, il ne s’agissait pas de mettre en difficulté le PCF dans le PGE. Un autre membre du PCF, non engagé dans une liste avec les socialistes, aurait reçu notre aval, quel qu’il soit. Mais Pierre Laurent a semblé ne rien vouloir entendre ni comprendre, alors même que tout le monde cherchait un consensus, que la reconduction d’un président du PGE est un fait nouveau par rapport à la tradition de rotation, et que le cumul de mandats aurait dû conduire a rechercher un soulagement de son activité. En vain. Il fallut donc partir de cette intransigeance pour réfléchir. Etrange. Il est regrettable que Pierre Laurent ait cru utile de fustiger « les donneurs de leçons » dans son intervention de clôture, sur un ton et un état d’esprit qui n’était pas celui du congrès. Et, pour finir, il fut bien incongru de le voir défendre, en clôture de congrès du PGE, la liste municipale de Paris…

Pour autant, l’important pour nous était l’axe idéologique. Devenu idéologiquement majoritaire sur sa proposition stratégique, tout en restant ferme sur son exigence de clarté en tous points, le PG a joué le jeu et il a tenu tous ses engagements vis-à-vis du PGE. Il n’a pas présenté de candidat à la présidence. Son but n’était pas de provoquer une bataille de personnes. Au demeurant, le rôle est apparu extrêmement limité dans une organisation qui fonctionne encore pour l’essentiel au consensus en ce qui concerne le quotidien, fait de réunions dans tous les coins d’Europe. Dans une tribune parue en espagnol, François Delapierre avait nettement tracé la ligne rouge à ne pas franchir : « nous n’avons pas fait tout ce chemin pour nous replacer si peu que ce soit dans les wagons de la social-démocratie ». La participation du PG au PGE est donc suspendue jusqu’à la fin des municipales.

 

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Published by henri Moulinier - dans Front de gauche: à élargir
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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 08:31

Voici un long article de Bora Yilmaz  (Gauche Unitaire) , publié par Mediapart, qui mérité lecture, réflexion, discussion de toutes celles et tous ceux qui sont attachées au développement du Front de gauche ET de la création des conditions d'un vrai changement à gauche. Personnellement, je partage assez cette analyse, y compris sur les municipales prochaines, qui sont des élections importantes.  

Henri Moulinier

 

Voir sur ce blog:

Municipales La Rochelle: une liste Front de Gauche élargi au Ier tour ?

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Quelques réflexions sur « la gauche » et le Front de gauche

 

Pour ma génération - je n’avais pas deux ans le 10 mai 1981 - l’union de la gauche n’est même pas un lointain souvenir, c’est de l’histoire contemporaine. La question de savoir s’il faut en finir avec cette stratégie passée paraît relativement surannée[1]. Malgré tout, les réponses à cette question sont intéressantes et utiles dans la situation à laquelle nous sommes confrontés. Utiles car poser la question des alliances, c’est réfléchir à la nature des organisations qui forment la gauche, à commencer par la principale d’entre elles. C’est aussi poser celle des responsabilités du Front de gauche, premier chantier d’une nécessaire reconstruction de la gauche.

 

 

Quelle est la nature du Parti Socialiste ? 

 

Une des questions clés pour définir une orientation et une stratégie est de cerner la nature du parti qui domine la gauche depuis 40 ans et gouverne aujourd’hui. Elle n’est pas simple, mais incontournable pour qui veut construire un rassemblement majoritaire porteur d’une alternative.

 

On peut résoudre le problème en réduisant le PS à la nature de la politique gouvernementale. « Le gouvernement mène une politique de droite, le PS qui le soutient n’est donc plus de gauche, et la gauche c’est nous ! » : le syllogisme tient la route et sonne juste à l’oreille des convaincus, mais il ne résout rien de la complexité de la situation réelle. Pire, il risque de réduire notre espace politique aux marges de la gauche et notre activité à une propagande généraliste dont on espère très fort que les masses vont s’en emparer. La question de la nature du PS mérite d’être posé dans toute sa dimension contradictoire. 

 

Pour tout ce qui touche au centre de la bataille politique - l’affrontement entre le capital et le travail - le gouvernement cède systématiquement aux exigences patronales, quand il ne les devance pas. Les exemples sont nombreux - en à peine plus d’un an ! - mais la transposition en loi de l’Accord National Interprofessionnel (ANI), le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE), ou encore la réforme annoncée du système de retraites sont particulièrement emblématiques de ce point de vue. Le gouvernement tourne ainsi le dos aux intérêts du salariat et fragilise les combats menés par ses secteurs mobilisés. Il contribue en outre à diviser la gauche et le mouvement syndical. Pour mieux régner certes, mais surtout pour mieux tenir à distance les conditions d’une possible alternative aux politiques menées depuis trente ans. À cela, il faut bien sur ajouter l'agitation du Ministre de l’intérieur qui rappelle avec effroi celle de son prédécesseur au même poste entre 2002 et 2007. 

 

Le « mariage pour tous », des éléments de la Loi Duflot sur le logement, les quelques timides expérimentations annoncées sur l’accès au logement des étudiants ou l’extension du RSA pour les jeunes de moins de 25 ans fondent une différence avec la droite, mais ne contrebalancent pas la dimension fondamentalement bourgeoise de la politique menée. 

 

Le Parti Socialiste, bien verrouillé par sa direction - un aspect que l’on a peut-être tendance à sous-estimer - soutient l’action du gouvernement, tout comme Europe Écologie les Verts. Les principaux ministres et le Président sont issus de ses rangs et viennent pour la plupart de groupes sociaux dominants plutôt que dominés[2]. Cela suffit-il à faire du PS un parti authentiquement bourgeois ? Ou un parti bourgeois comme les autres ? Ou encore un parti de droite comme certains, à gauche, le suggèrent aujourd’hui ?

 

Les liens du PS avec le salariat et ses secteurs organisés n’ont jamais été ceux du PCF, ils ne sont plus ceux de la SFIO ou du PS des années 70-80, même s’ils existent. Sa composition sociale est dominée par les couches intermédiaires et supérieures du salariat, plutôt âgées et majoritairement issues du secteur public (administrations ou grandes entreprises).

 

Mais quelle organisation politique de gauche aujourd’hui peut revendiquer un ancrage réel dans toutes les couches du salariat, susceptible d’entraîner son intervention consciente dans la lutte des classes ? Il reste bien quelques bastions, notamment au PCF, mais dans les secteurs les moins frontalement déstabilisés par les offensives néolibérales. Nous connaissons tous les difficultés de l’intervention politique dans les couches populaires les plus précarisées : cités, populations issues de l’immigration, entreprises recourant massivement à l’emploi atypique.

 

Comment pourrait-il en être autrement ? Dans le capitalisme mondialisé, le salariat est mis en concurrence, objectivement fragmenté, voire atomisé, et en mal de conscience de classe. Trente années d’offensives néolibérales des classes dominantes sont passées par là. La nature sociale du PS, comme de toute la gauche, est l’expression politique des rapports sociaux de production et de domination aujourd’hui. La bourgeoisie elle, très consciente de ses intérêts, a ses propres organisations. Et même si elle n’a vraiment pas à se plaindre de la présidence Hollande, le PS n’en fait pas parti. 

 

À ce propos, peut-on dire que la social-démocratie a changé de nature ? Je soutiens que c’est autant l’évolution des conditions matérielles d’existence des salariés, des nouvelles formes de la domination et des rapports de production qui tend à transformer la représentation politique du salariat, donc, en partie, la social-démocratie, que l'inverse, c'est-à-dire un PS qui aurait changé de nature pour contribuer à la transformation de ces rapports de production. Il y a un danger dans nos analyses à ne prendre en compte que la dimension subjective des organisations, à les essentialiser en les extrayant des conditions historiques qui les produisent. 

 

Parti ouvrier ? Parti bourgeois ? Ouvrier à direction bourgeoise ? Semi-bourgeois ? Autant débattre du genre des anges ! La réflexion sur la nature de classe du PS ne peut pas être menée comme au XX° siècle, à des périodes où le salariat était constitué en classe consciente de ses intérêts et engagé dans une confrontation permanente avec la bourgeoisie (en classe « pour soi », et pas seulement « en soi », pour reprendre la terminologie de Marx). Si on ne comprend pas que c’est la gauche dans sa globalité et sa diversité, toutes les organisations issues du mouvement ouvrier, du PS à l’extrême-gauche, en passant, bien sur, par le mouvement syndical, qui est en crise profonde (de projet politique comme d’enracinement social) en raison des transformations objectives du mode de production, on passe à côté de l’essentiel : tout, ou presque, est à reconstruire. Et on agit comme si la question essentielle était celle du leadership au sein d’un mouvement ouvrier puissant et organisé[3]. C’est dans ce type de période, au cœur des années 70, que s’est construite l’union de la gauche. Nous en sommes très éloignés.

 

Bien évidemment, le PS a une grande part de responsabilité dans l’érosion de la conscience de classe. Sans oublier que c’est bien le gouvernement de Jacques Chirac qui a mené la politique la plus brutale dans la période de basculement des années 80, c’est bien un gouvernement socialiste qui a engagé le tournant de la rigueur en 1983/84, cédant ainsi aux pressions d’un capital en pleine restructuration de son régime d’accumulation, version Thatcher et Reagan. Accompagnant ainsi la fragmentation du monde du travail et son affaiblissement comme classe consciente de ses intérêts et de sa force, il a renoncé au statut de parti porteur d’un projet émancipateur au profit d’une organisation structurée par des ancrages locaux, liés à l’empilage d’institutions territoriales.

 

Le PS s’est parfaitement accommodé, ces dix dernières années en particulier, d’un mouvement de décentralisation qui a affaibli les capacités de résistance au nouvel ordre d’ « un pur capitalisme »[4]. Pas toujours bien acceptée par les militants socialistes, c’est l’actuel n° 2 du parti qui décrit le mieux cette réalité : « Nous sommes une social-démocratie d’élus et nous n’avons jamais voulu l’assumer, ce qui est un tort. Organiquement, notre lien avec la population, ce sont nos élus. On n’a jamais voulu le théoriser d’autant que certains aiment se faire applaudir dans les réunions publiques en entonnant le refrain ”anti-élus”.»[5] Le poids des élus a largement supplanté le rôle de bases militantes enracinées dans le corps social. C’est à travers des réseaux - souvent des clientèles - que le PS construit ses liens avec la société, dépolitisant la politique au profit de discours locaux sans substance. Cet ancrage est très éloigné de notre conception[6] de ce que devrait être un parti de gauche et de notre « faire de la politique autrement », mais il n’en fonde pas moins un lien réel de ce parti avec la société.

 

Le PS a une longue histoire. Faite de renoncements, de trahisons et d’infidélités, elle est aussi intimement liée à celle du mouvement ouvrier et démocratique. Il est, dans l’imaginaire collectif, si tant est que celui-ci soit homogène, associé aux grandes conquêtes sociales et démocratiques, à ce qui reste des grands marqueurs de la gauche, plus qu’à ses capitulations. C’est peut-être ce que veut dire Edwy Plenel quand il affirme qu’Hollande a réussi « cette prouesse de décevoir même ceux qui, avertis des limites du PS, ne se faisaient aucune illusion »[7]. Car si le vote du 6 mai 2012 est un rejet du sarkozisme, il est aussi l’expression d’une aspiration populaire au changement. Miserions-nous sur cette dynamique pour voir progresser nos propositions si le PS était un parti authentiquement bourgeois, ou de droite ?

 

C'est difficile à accepter compte tenu de la politique menée par le gouvernement (on pourrait aussi revenir sur la gauche plurielle de 1997-2002, Guy Mollet qui envoie le contingent en Algérie, la SFIO pendant le Front populaire... Et remonter le fil jusqu'au vote des crédits de guerre en octobre 1914), mais nous sommes de la même famille politique (au sens large) que le Parti Socialiste : la gauche, apparentée à une même matrice, « une force de mouvement, qui veut bousculer l’ordre existant et s’identifier à ceux qui le subissent : les dominés »[8]. C'est historique. Parce qu'en France plus que partout ailleurs, la gauche se confond[9] avec le mouvement ouvrier et démocratique. Comment comprendre sinon la déception, la colère, la dénonciation, l'invocation de la traîtrise, mais surtout la grande résignation, que suscite la politique du PS au pouvoir ? Et surtout, comment y répondre ?

 

Quelles sont les responsabilités du Front de gauche ?

 

Il faut dissiper un malentendu et écarter les faux procès. Il n’y a pas de divergence majeure sur l’appréciation de la politique menée depuis l’élection de François Hollande. Il n’y a pas d’un côté ceux qui ont pris la mesure des forfaitures « solfériniennes » et de l’autre ceux qui se font des illusions. S’il y a divergence, c’est sur la réponse que le Front de gauche doit apporter à cette politique. Et le Front de gauche doit apporter des réponses, au moment où le gouvernement poursuit sa fuite en avant avec une réforme des retraites prolongeant celles de 2003 et 2010, et renonçant à protéger une conquête historique de la gauche et du mouvement ouvrier.

 

Mais on prend des risques à faire comme si le PS ne faisait plus parti de la gauche. La politique du gouvernement s’inscrit fondamentalement dans la continuité de celle de la droite, mais c’est la majorité de notre camp social qui l’a porté au pouvoir, attendant de lui une amélioration de ses conditions d’existence. Il nous faut affronter cette contradiction, parce qu’elle est une clé du dénouement de la dimension politique de la crise du capitalisme. Cette clé, c’est celle de l’organisation et de l’orientation qui sera celle des opprimés pour se libérer de leurs chaines au XXI° siècle. Nous ne construirons pas le rapport de force nécessaire pour faire face aux plans du patronat en jouant la carte de ce qu’il reste d’une gauche contre ce qu’il reste d’une autre, en appelant abstraitement au rassemblement populaire. Nous devons être capable à la fois de dénoncer comme il se doit la politique du gouvernement et de proposer à toute la gauche l’unité sur des mesures concrètes contre l’austérité, œuvrer à des alliances avec tous ceux qui, tels qu’ils sont (y compris du PS, d’EELV…), s’opposent à l’austérité, ou au moins la dénoncent. Les camarades qui ont eu le courage de rompre avec le PS ou les Verts, rendant ainsi possible l’émergence du Front de gauche comme premier jalon d’une nécessaire reconstruction de la gauche, doivent accepter le fait qu’ils ont laissé des troupes derrière eux.

 

Le rejet a priori, au motif que le PS serait devenu un parti de droite, de la plus large unité à gauche pour combattre l’austérité, en y appelant concrètement le PS et EELV, à commencer par les secteurs qui critiquent la politique gouvernementale au sein de ces formations[10], est une double erreur. 

 

D’une part, il fait l’impasse sur une aspiration forte au sein de la population, du « peuple de gauche » en particulier, à voir toute la gauche se rassembler autours de mesures de progrès social. Contrarier cette aspiration, c’est encourager une résignation dont on sait qu’elle sera profitable au retour d’une droite forte et au renforcement de l’extrême-droite. Quand Delphine Batho, remerciée par le gouvernement, évoque un « tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom et qui prépare l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite dans notre pays », il nous faut prendre la mesure de la sortie. Sans illusion particulière sur la personne, elle illustre bien le malaise qui règne au sein de la sphère d’influence socialiste, mais aussi l’existence de forces disponibles pour une large alliance contre l’austérité qui dépasse l’arc de force déjà positionné sur ce terrain.

 

D’autre part, il laisse à penser que le Front de Gauche pourrait mécaniquement se renforcer et s'enrichir du discrédit qui touche le PS, et qui n'en finira pas de le frapper si cette politique se poursuit. Si c’était le cas, la seule dénonciation suffirait à nous renforcer. Or il nous faut constater qu’elle nous réduit à l'incantation si nous ne sommes pas en mesure de faire progresser la perspective crédible d'une autre politique, d'un autre gouvernement. Et la question est de savoir si le FDG seul et tel qu'il est peut porter cette perspective. Deux exemples.

 

Dans la rue, la marche du 5 mai 2013 pour une VI° République a incontestablement été une grande réussite en terme de mobilisation. Mais qu’a-t-elle bouleversé dans la situation ? En quoi est-elle apparue utile à une très large échelle ? Il nous faut accepter qu’au-delà de la démonstration de notre capacité à mobiliser « nos » troupes, elle n’a pas permis d’enclencher une dynamique susceptible de changer la donne. L’auto-affirmation ne saurait être une fin en soi. Si le FDG doit s’affirmer, c'est pour être utile à toute la gauche, pour de nouvelles conquêtes face au capitalisme en crise.

 

Dans les urnes, les législatives partielles de l’année écoulée sont riches d'enseignements : le PS est sanctionné, l'abstention est massive, la droite radicalisée et l'extrême-droite dédiabolisée en profitent. Et le Front de Gauche stagne ou recule. Comme leurs traductions électorales, aussi déformées soient-elles, les mouvements dans la société qui affectent le PS nous affectent aussi, car la gauche est un ensemble. Complexe et traversé par des orientations contradictoires, mais un ensemble quand même.

 

La gauche est un continuum de positionnements parfois flous et mal définis, guidées par une intuition, celle d’un monde qui marche sur la tête et qu’il faut changer. Son point de gravité est difficile à définir tant il est mouvant. Toute stratégie visant à la découper théoriquement en cases, à chercher à remplir son vase en en vidant d’autres est vouée à l’échec. Le danger est en fait de penser pouvoir combattre l’hégémonie du PS en tant que parti sur le terrain purement idéologique. Car cette hégémonie est structurelle, liée à plus de trente ans de reculs sociaux et démocratiques, et d’affaiblissement du mouvement ouvrier. Les résignés, les méfiants et autres déçus de la politique ne nous rejoindront par dans un combat politique théâtralisé, dans une arène qu’ils ont désertée. Plus que de faire feu sur un parti, il nous faut trouver les moyens concrets de mettre en échec la politique concrète que ses dirigeants ont portée au plus haut sommet de l’État, en rendant possibles de nouvelles conquêtes, même partielles, seule condition pour battre l’idée que la politique menée actuellement est la seule possible. 

 

La formule, très en vogue dans la gauche de la gauche, de « l’autonomie » vis-à-vis du PS peut apparaître comme une position de principe sectaire pour qui n'est pas - encore - gagné aux propositions alternatives du FDG. Elle n’est pas très opérante pour peser sur les contradictions qui traversent la gauche. Plus qu’une formule, c’est notre capacité à donner corps à une alternative crédible et immédiate à la politique gouvernementale qui compte. L’autonomie se joue à ce niveau, dans la perspective que l’on trace, plus que dans des barrières de principe que l’on dresse au sein de la gauche. 

 

De ce point de vue, je le dis avec tout mon respect pour les camarades du Parti de Gauche, la voix que fait entendre Jean-Luc Mélenchon est contre-productive, sauf à ne vouloir mobiliser que celles et ceux qui sont déjà convaincus. L’offre de service au poste de Premier Ministre propage l’illusion que tout ceci est une histoire de poste, de personne, que notre bonne volonté politique seule (« Nous on peut ! ») pourrait changer la donne, minimisant le rôle des mobilisations sociales, de l’irruption du plus grand nombre sur la scène sociale et politique[11]. La bataille idéologique est importante et nécessaire, mais elle ne saurait progresser sans inversion du rapport de force réel, sans victoires du mouvement social. Il ne s’agit pas seulement de gagner « organiquement » un à un au FDG par la force des convictions les citoyens et militants déçus par le PS ou les Verts, nous risquons d’attendre d’être majoritaires comme on attend le messie. Il s’agit surtout d’impulser une dynamique dans laquelle ils se retrouvent tels qu’ils sont, parce qu’il y a urgence. Sur la forme, le problème n’est pas d’exprimer une grande sévérité à l’égard de la politique gouvernementale ou de quelque dirigeant de la rue de Solférino. Cela en devient un quand la forme retenue éclipse l’affirmation positive d’une alternative. Pour prendre un exemple, est-ce raisonnable d’affirmer que Manuel Valls est « contaminé par l’extrême-droite »[12] quand on sait d’avance que cette seule expression restera - à une échelle de masse - d’une longue interview ou de plusieurs dizaines de minutes d’un discours argumenté et convaincant. On ne peut pas se proclamer « bien commun du Front de gauche »[13] et prendre la responsabilité d’imposer[14] une ligne qui ne fasse pas l’équilibre du rassemblement. De l’autre côté de l’arc FDG, les appels au « changement de cap » ne sont pas plus efficaces. Qui peut penser sérieusement que François Hollande et Jean-Marc Ayraut pourraient s’engager demain sur une autre voie ? Nous ne sommes pas là pour convoyer des illusions. 

 

Les élections municipales.

 

Force est de constater ces derniers mois que le Front de Gauche est très divisé, et donc paralysé, par la question des prochaines élections municipales, qui cristallisent les débats traversant la gauche.

 

Quand on y pense sérieusement, ces élections ne sont pas grand chose à côté de la gravité de la situation générale et quand on sait les faibles marges de manœuvre des collectivités territoriales dans la crise. Néanmoins, elles représentent une échéance importante. Parce qu’elles posent la question des politiques d’austérité. Parce qu’il en va de l’implantation du FDG et de la capacité de ses élus à faire avancer les choses sur des questions proches des préoccupations quotidiennes. Et parce qu’elles seront l’expression du rapport de force politique réel, près de deux ans - sans élections - après la séquence de 2012. Sans nier l’importance des enjeux locaux, qui font également l’objet d’orientations divergentes au sein de la gauche, la campagne et les résultats seront marqués par la situation générale autant qu'ils la marqueront. Si la droite radicalisée et l’extrême-droite sortent renforcées des élections de mars 2014, cela sera bien sur un signe supplémentaire de la faillite de la politique gouvernementale, mais cela contribuera surtout à une dégradation du rapport de force social et politique, encourageant ainsi de nouvelles offensives du capital, et de nouvelles défaites.

 

L’union de toute la gauche est-elle souhaitable aux municipales ? À la sauce Harlem Désir, sans parler du contenu de ce que pourrait et devrait être une politique municipale de gauche dans la crise, certainement pas. Mais pourquoi ne pas affirmer que nous sommes favorable au rassemblement de toute la gauche autour d’une plate-forme politique pour gagner des municipalités qui protègent les populations de la crise, qui se confrontent aux politiques d’austérité qui amputent les collectivités de leurs maigres capacités d'action ? Le Front de gauche doit aborder l’échéance avec un profil offensif sur cette question, au risque de passer pour une force qui se replie sur son petit espace politique, avec pour seule préoccupation la gestion de son capital politique.

 

L’union de la gauche est-elle possible aux municipales ? Dans la mesure où les ténors socialistes jouent leurs cartes dans un dispositif dont on a vu qu’il reposait en grande partie sur des ancrages locaux, il paraît compliqué d’obtenir de quelque responsable local du PS qu’il mène avec nous une campagne assumant la confrontation avec la politique gouvernementale. Il ne faut pas se mentir sur ce point. Donc si l’union est sans doute possible dans des configurations locales particulières, elle semble compromise si on cherche à la construire sur des contenus, tant les responsables socialistes vont chercher à dépolitiser les enjeux locaux et rendre très discret leur soutien au gouvernement. La très forte dimension nationale va justement les pousser à surjouer les enjeux locaux, en particulier dans les grandes villes, quand la métropolisation est mise à l’ordre du jour par l’Acte III de la décentralisation. Mais si les alliances de 1er tour semblent compliquées sur des contenus, encore faut-il en faire la démonstration à une échelle de masse, là où les aspirations au rassemblement sont fortes. Il serait catastrophique pour le FDG de porter la responsabilité de la division de la gauche, comme les dirigeants du PS cherchent précisément à l’y pousser.

 

Alors que faire ? Là encore, la réponse n’a rien d’évidente. L’affirmation a priori de listes autonomes comme une position de principe n’est pas très opérante pour enclencher des dynamiques qui nous dépassent et nous surpassent. Pas plus que la position inverse qui appelle au rassemblement de toute la gauche sans parler des contenus. Partout, le Front de gauche doit se donner les moyens de susciter discussions et débats avec l’ensemble des forces de gauche, avec les forces du mouvement social, avec les citoyens. Nous devons apparaître comme des farouches partisans du rassemblement de la gauche et du mouvement social, tout en étant exigeants sur les contenus. Aller discuter avec le PS ou EELV à froid, sans provoquer de débats publics sur les contenus, jouera en notre défaveur, nous discréditera. Et si la seule question du nombre d’élu à conserver ou à gagner nous préoccupe, nous n’aurons dans ces conditions que les miettes que le PS consentira à laisser tomber de la table. Là où ces discussions et ces débats ne débouchent pas sur la constitution de listes de rassemblement de toute la gauche, ce qui est probable dans les grandes villes, le FDG doit engager sur ce profil la constitution de listes au premier tour, et s’engager au rassemblement de toute la gauche au deuxième, pour battre la droite et l’extrême-droite. Cette voie permet à la fois de conquérir des élus dans les conseils municipaux et communautaires, un objectif qui ne saurait être négligé, et de faire progresser les batailles sur les contenus politiques.

 

Organiser le sursaut à gauche !

 

D’ici là, gardons en tête - froide - que la lutte des classes n’est pas suspendue aux élections municipales de mars 2014 et que la responsabilité du Front de gauche est grande à un moment ou le gouvernement s’apprête de nouveau à céder aux injonctions du patronat sur la question des retraites, fragilisant ainsi tous les combats de celles et ceux qui résistent à l’austérité. Nous avons des tâches ici et maintenant.

 

Dans la rue comme dans les urnes, il nous faut trouver les mots pour formuler et affirmer une orientation politique pour l’ensemble de la gauche, une orientation susceptible de donner des perspectives aux mobilisations sociales, qui donne à la fois confiance aux militants déjà mobilisés et l’envie de se mobiliser aux secteurs résignés de la société. Voilà la responsabilité du Front de gauche, à l’heure où s’annonce une confrontation difficile sur la question des retraites. Cela n’a rien d’évident quand les conditions d’existence du plus grand nombre se dégradent au quotidien, quand on connaît les difficultés objectives que rencontrent les équipes syndicales pour mobiliser leurs collègues de travail. Mais il faut essayer de s’en donner les moyens. L’unité du FDG est en ce sens un ingrédient indispensable.

 

Bora Yilmaz

 

Gauche Unitaire

 

Nancy, le 6 septembre 2013

 

  Publié par Mediapart 

 

 

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[1] Je fais référence au débat initié par la revue Regards cet été.

 

[2] Sur la sociologie du PS, lire Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki qui notent à ce propos : « Ainsi le profil social des élites politico-administratives socialistes les prédisposait-elles à accepter d’autant plus facilement la réorientation des politiques économiques et sociales entreprises à partir de 1983 qu’elles étaient a priori, compte tenu de leur socialisation initiale, moins directement sensibles aux aspirations ou aux difficultés propres aux classes populaires.», La société des socialistes, Éditions du Croquant, Collection savoir / agir, 2006, p. 98. On pourra reprocher aux auteurs de ce livre passionant la nostalgie d’un PS passé et idéalisé.

 

[3] On peut s’intéresser utilement à la manière dont l’Internationale communiste a traité cette question dans l’Allemagne du début des années 30.

 

[4] Sur les évolutions contemporaines du capitalisme: Michel Husson, Un pur capitalisme, Éditions Page deux, 2008

 

[5] Jean-Christophe Cambadélis, Communes de France, n° 430, 2003.

 

[6] Il ne s’agit évidemment pas de nier l’importance capitale d’avoir des élus dans les institutions, mais c’est un autre sujet.

 

[7] Edwy Plenel, “L’abîme ou le réveil”, Mediapart, 25 février 2013.

 

[8] Francis Sitel, “Gauche(s) et mouvement ouvrier”, Contre Temps, n° 18, 2ème trimestre 2013, p. 48.

 

[9] Certes, « en une tumultueuse histoire, avec ses moments forts et ses prises de distances, ses rapprochements et ses déchirements », ibid., p. 51.

 

[10] La rencontre du 16 juin dernier à Montreuil appelle en ce sens un prolongement urgente.

 

[11] Je dois avouer que les concepts de “révolution citoyenne” ou d’insurrection civique me paraissent très abstraits.

 

[12] Au passage, il faut être prudent avec ça. La seule boussole qui guide le Ministre de l’Intérieur est son ambition personnel, Valls est l’archétype du dirigeant socialiste opportuniste de nouvelle génération, guidé par la “démocratie d’opinion”. Soyons certains que si demain, CSA ou IPSOS révèle qu’un panel de 800 personnes est majoritairement favorable à la régularisation des sans-papiers, il donnera de la voie dans ce sens.

 

[13] Expression utilisée par Jean-Luc Mélenchon il y a un an en cloture des Estivales 2012.

 

[14] Par les moyens de la personalisation politique, qui sont ceux de la V° République.

 

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Published by henri Moulinier - dans Front de gauche: à élargir
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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 08:01

 

ACCORD départemental Front De Gauche en vue des

ELECTIONS CANTONALES 2011 ENTRE le PARTI

COMMUNISTE FRANÇAIS (17) et LE PARTI de GAUCHE (17)

 

Depuis des mois les militant(e)s de nos organisationss ont engagé(e)sa, ux côtés de millionsde salariés, de chômeurs, de retraités, d'étudiants et de lycéens dans un formidable mouvement de contestation sociale qui ne se limite pas à la défense des  retraites.

 

Ce n'est pas la première fois que nous nous retrouvons dans les luttes. De la campagne du

NON de gauche au projet de Traité de Constitution Européenne à la votation citoyenne pour la défense du service public de la Poste et les élections européennes, nous avons déjà su oeuvrer ensemble, et nous sommes pareillement engagés dans de nombreux combats sociaux et citoyens. Nous avons des differences et des divergences, mais ce qui nous rapproche est une volonté commune de combattre le capitalisme et le libéralisme qui, en France comme dans toute I'Europe, remet en cause les acquis sociaux et les services publics. Nous sommes également des laïcs convaincus et nous plaçons les intérêts humains au coeur des politiques publiques.

 

Les élections cantonales des 20 et 27 mars prochains se dérouleront sur fond de criseaggravée du système capitaliste, crise sociale, économique, morale, politique et enfin crise de la démocratie. Elles constituent à la fois le dernier scrutin populaire d'ampleur nationale avant 2012 et le premier à suivre le mouvement populaire contre la réforme des retraites. Il est de notre responsabilité de porter un projet de société qui rassemble la gauche de transformation pour  changer la vie de nos concitoyens.

Cette élection va déterminer la politique d'une collectivité territoriale en première ligne face à a crise. Le département doit contribuer à une plus juste répartition des richesses, être un lieu de progrès social, les Conseils Généraux sont les piliers de l'action sociale en France avec le RSA, I'APA, le logement social, la protection maternelle infantile, etc. La campagne

électorale  Va permettre  de prolonger le débat sur les choix de société,l a démocratie,     l'égalité, les services publics, débats qui ont tous traversé les grandes luttes contre la réforme desretraites.

 

Cette élection sera en prise directe avec la situation politique et sociale actuelle. Elle peut

permettre de poursuivre dans les urnes les cornbats menés contre les attaques de la droite au pouvoir et de porter des propositions fortes pour mettre en place des politiques publiques répondant aux besoins des populations.

 Nous nous engageons à mener une campagne de combat contre la politique de la droite et ses contre-réformes, notamment celle des collectivités territoriales  qui doit s'appliquer dès 2014. Nous exigeons son retrait car elle va considérablement modifier l'organisation

territoriale en démantelant la démocratie locale alors que les départements sont des leviers indispensables pour combattre les inégalités et mettre en place des politiques en adéquation avec les besoins des habitant-e-s.

Le Conseil Général est au service de la population. Il doit veiller à assurer à chacun l'égalité d 'accès  aux droits sociaux,à l'enseignement, àla connaissanceà, la culture,aux transports,au  travail et aux loisirs.

 Nous avons  l'ambition de présenter  des candidat-e-s  dans  tous les cantons,  faire   progresser partout nos idées et participer à la reconquête du département par la gauche.

 

7 grands axes départementaux

 Nos partis respectifs s'engagent à mener cette campagne dans une cohérence

départementale avec la mise en place d'une coordination des travaux programatiques en  vue  d'approfondir et de compléter les sept grands axes de base suivants :

l) Un nouvel élan démocratique de la vie sociale,

2) Une réforme des finances publiques avec une fiscalité solidaire au service du

développement humain et des territoires,

3) Une gestion des fonds publics au service de l'intérêt général avec création d'un

système de contrôle citoyen,

4) Le développement des services publics départementaux en lien avec les

compétences du conseil général et en cohérence avec les autres intervenants

publics,

5) Une politique de protection et de préservation des ressources naturelles et de

I'environnement favorisant notamment le retour en service public, là où ce n'est

pas le cas, de la distribution de I'eau, bien commun universel,

6) Un développement écologique et solidaire de I'ensemble des territoires charentais

maritimes,

7) La protection des populations contre les risques et les nuisances industrielles,

chimiques, sonores, olfactives, etc. liées aux differentes activités industrielles,

portuaires, agricoles insuffisamment contrôlées, ce qui ne s'oppose aucunement et

participe même au développement économique du département.

 

Notre objectif

 Notre objectif est de porter avec force, des propositions capables de répondre à la situation d'aujourd'hui et aux difficultés dans lesquelless et trouve notre département, sa  population,ses territoires, face à la crise et au désengagement  del'État.

 Les lois de décentralisation successives chargent les Conseils Généraux  d'organiser et de  co ntrôler sur le département la mise en place des politiques de solidarité nationale dans de nombreux domaines. L'organisation de la solidarité est donc au coeur des compétences étendues aux départements sur les questions liées à l'enfance, la jeunesse, I'insertion, les collèges, les transports scolaires, le handicap, les personnes âgées.                

 Aujourd'hui, ces transferts de compétence sans les moyens financiers correspondants à la réforme territoriale ne  permettent pas de répondre efficacement aux besoins sociaux de plus en plus importants en  temps de crise. Notre politique de défense, de maintien, et de développement de ces  solidarités sur le département sera prioritaire dans nos choix budgétaires.

 

Le 2e tour

 Pour ce qui concerne le 2ème tour, chaque parti signataire et les candidat(e)s q u'il soutient g ardent la liberté de rédaction de leur propre consigne de vote tout en s'engageant à appeler, sans ambiguité, au rassemblement de toutes les forces de gauche autour du ou de la candidat-e(PS, PRG et EE- Les Verts) que le suffrage universel aura placé-e en tête de la gauche. Nous  demanderons à ces partis le même engagement réciproque.

 Nos candidates et candidats s'engagent, s'ils sont élus et si la gauche l'emporte, à voter

pour le ou la candidate le ou la mieux placé(e) à gauche pour l'élection à la Présidence du

Conseil Général et à siéger dans la majorité départementale. Chacun des partis signataires garde sa liberté de décision quant à une participation éventuelle à I'exécutif

 

 Sur les cantons renouvelables 2 titulaires et 2 suppléants  sont attribués au Parti de Gauche:

- Un titulaire dans le canton de Burie,

- Un titulaire dans le Sud Saintongeà définir,

- Une suppléance  sur  le canton de Burie,

- Une suppléanc(et femme)dans le canton3 (Mireuil) de La Rochelle

Les affiches, bulletins de votes et professions de foi seront conçus etlou approuvés

conjointement par les partis signataires et feront appanître nos candidats avec le nom de leur parti respectif et la mention : soutenu par le < Front de Gauche > puis les autres partis (ex :candidat-e PCF soutenu-e par le < Front de gauche >, le Parti de Gauche ) . . . , ou candidat-ePG soutenu-e par le < Front de Gauche> , le PCF, ...).

Les partis s'engagent à payer les dépenses de campagne des candidat(e)s et suppléant(e)s qu'ils présenteront sur leur quota et ce à égalité entre les candidat(e)s

et les suppléant(e)s.

Les autres organisations politiques qui souhaitent être partenaires du  Front de Gauche , le

feront à la condition de respecter le présent protocole.

 

Les partis signataires s'engagent à rencontrer dans les meilleurs délais les organisations qui souhaitent officiellement être partenairesd u <F ront de Gauche> .

L'élargissement du < Front de Gauche >>, se fera exclusivement avec I'accord des forces qui composent< le Front de Gauche> >à, savoir en ce qui concerne la Charente Maritime: le Parti de Gauche et le P.C.F.

 

Pour Le P.C.F 17

Brahim JLALJI

S ecrétaire départ emental

Pour Le P.G 17

Jean Yves Boiffier

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La cellule fait front

La cellule Raymond-Bouquet soutient la stratégie du Front de gauche .


    

La douzaine de militants communistes composant, à ce jour, la cellule Raymond-Bouquet (du PCF de Saintes) ne laisseront pas dire que celle-ci n'existe pas, comme l'a affirmé, hier dans « Sud Ouest », Patrick Maurice, secrétaire de la section de Saintes du Parti communiste français (PCF). « Cette cellule a été constituée l'été dernier par des militants souhaitant réfléchir ensemble. Chaque cellule contribue à la vie du parti », indique Jean-Claude Chevallier, secrétaire de la cellule Bouquet.

La commission des conflits du PCF a été saisie de la création de cette cellule par la section de Saintes : « Cette commission n'a émis qu'un avis ; la cellule a fait appel », précise M. Chevallier.

Portant le nom d'un ancien cheminot saintais, militant communiste et résistant, la cellule Raymond-Bouquet est composée de militants communistes soutenant la stratégie du Front de gauche. À cet égard, Jean-Claude Chevallier se réjouit de l'accord départemental passé entre le PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon pour les cantonales.

Il assure que la dynamique menant à cet accord est partie de Saintonge et du collectif Front de gauche Saintonge, présent sur le réseau social Facebook depuis avril 2010. Au delà des militants des seuls Parti communiste et Parti de gauche, ce collectif s'est élargi à la Gauche  alternative, au Nouveau Parti anticapitaliste, à République et socialisme et à la Fédération  pour une alternative sociale et écologique.

Ce collectif soutenait la candidature de Bernard Petit, l'élu communiste de Thénac sur le canton de Saintes Ouest - « il faisait l'unanimité », indique Jean-Claude Chevallier - mais il avait avancé le nom de Claire Sartre-Loubignac, présidente de Eaux Secours Services publics 17, comme suppléante. Selon Jean-Claude Chevallier, la section de Saintes du PCF s'est opposée « farouchement » à cette proposition.

On connaît la suite. Bernard Petit a retiré sa candidature aux cantonales. La section de Saintes du PCF demande désormais à ses militants d'entériner la candidature de Michèle Carmouse, adjointe au maire de Saintes, avec Christian Maleplatte pour suppléant.

 

Commentaire perso:

 Navrant, mais logique avec le contenu de l'appel départemental PCF-PG 17 qui, sur insistance des dirigeants du PCF,  "cadre" l' accord et  interdit toute ouverture au-delà des 2 partis concernés: Pcf et Pg ( lire le texte de l'accord ci-dessus).

Cela démontre le caractère pour le moins contradictoire, étroite,  de la position des dirigeants de la Fédération du PCF de Charente-Maritime qui manoueuvrent en recul, opposés qu'ils demeurent à la stratégie national de Front de gauche,  soucieux de ne pas faire d'ombre au Parti Socialiste auquel ils sont, comme le disent  certains, "adossés au parti socialiste".
 

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 21:04

 

Pour une dynamique populaire du Front de gauche :

engageons nos énergies citoyennes

 

Il faut chasser la droite du pouvoir en 2012.

Massivement présente dans les mobilisationscontre la réforme des retraites, cette exigence lance à la gauche un défi auquel elle ne peut se dérober : elle doit se rassembler pour lutter contre les effets de la crise dans laquelle nousplonge un capitalisme dépassé par sa propre cupidité et son aveuglement, et ouvrir une

véritable alternative politique.

 

Ce ne sera pas facile. La désespérance et la colère ont creusé un fossé profond entre les

couches populaires et la gauche, nourrissant l’abstention et la protestation sans perspectives

politiques. Impossible de surmonter cet obstacle sans s’engager sur des mesures qui

s’attaquent énergiquement à l’accumulation des richesses et des pouvoirs entre les mains de

quelques uns et restaurent concrètement les valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité et de

justice sociale.

 

La création du Front de gauche a fait naître un espoir qui s’est manifesté aux élections

européennes et régionales. Que cet espoir grandisse et il marquera le paysage politique. Il

remettra les attentes populaires au centre d’une véritable alternative de gauche dont la

 construction dépasse sa forme actuelle pour mobiliser des millions de femmes et d’hommes dans la perspective d’un véritable Front citoyen et populaire.

 

C’est pourquoi, membres ou non de partis ou d’autres organisations démocratiques, nous

souhaitons aller au-delà d’un soutien au Front de gauche pour en devenir pleinement parties prenantes. Nous avons des idées, de l’énergie, des liens avec des milliers de femmes et

d’hommes dans notre pays. Rassemblons nos forces avec pour projet de construire et de

gagner ensemble. En nous engageant personnellement, nous pouvons donner naissance à une

véritable dynamique politique et citoyenne.

 

Les responsabilités des partis constitutifs du Front de gauche sont essentielles. L’une d’elles, à

notre sens, est de faire en sorte que soit créé le cadre qui nous permettra de nous lancer dans

la bataille. Un cadre auquel il sera possible d’adhérer directement sans autre condition que de

partager les objectifs fondamentaux du Front de gauche. Un cadre dans lequel nous pourrons

faire valoir nos idées et démultiplier sur tout le territoire des milliers d’initiatives citoyennes

de rassemblement pour faire vivre un nouvel espoir à gauche et l’enraciner.

 

Gérard Alezard (syndicaliste), Nils Anderson (militant associatif), Ariane Ascaride

 

(comédienne), François Asensi (député-maire de Tremblay-en-France), Gérard Aschiéri

  

(syndicaliste), Jacques Blin (militant associatif), Bernard Bloch (comédien, metteur en

 

scène), Gérard Boulanger (Avocat), Magyd Cherfi (artiste), Patrice Cohen-Séat

 

(présidentd’Espaces-Marx), Pierre Concialdi (économiste), Jacques Cossart (économiste),

 

ClaudeDebons (syndicaliste), Bernard Defaix (militant pour les services publics),

 

Sophie de LaRochefoucauld (comédienne), Valérie de Saint Do (journaliste),

 

Christian Digne(journaliste), Jean-Michel Drevon (syndicaliste), Jean-Michel Ducomte (avocat), HelèneFranco  (magistrate), Robert Guédiguian (cinéaste), Jeannette Habel (Universitaire),

Alain Hayot (sociologue, conseiller régional PACA), André Jaeglé (scientifique)),

MadeleineJaeglé (cadre de soins), Gisèle Jean (syndicaliste), François Labroille  

(conseiller régionalIdF), Richard Lagache (éditeur), Frédéric Lebaron (sociologue),

Didier Le Reste(Syndicaliste), Philippe Maingault (militant associatif), Roger Martelli (historien),  

Anne Mesliand (syndicaliste universitaire, conseillère régionale PACA), Claude Michel(syndicaliste),

Gérard Mordillat (écrivain), Dominique Noguères (militante associative), 

Jacques Lerichomme (syndicaliste, Conseiller régional PACA),  

Claude Mazauric(historien, professeur émérite), Simone Mazauric (philosophe et historienne des sciences,professeure émérite), Alain Obadia (membre du Conseil économique, social et

environnemental), Laurence Paché (Conseillère régionale du Limousin), Michel Pinçon  

(sociologue), Monique Pinçon-Charlot (sociologue), Sophie Ponthieux (économiste),  

Jacques Ralite (sénateur), Jacques Rigaudiat (économiste), Michel Rousseau

(militantassociatif), Jean-Louis Sagot-Duvauroux (philosophe, homme de théâtre), Marie-Jean  

Sauret (psychanaliste), Georges Séguy (syndicaliste), Jean-Christophe Sellin (Conseiller  

municipal de Toulouse), Evelyne Sire-Marin (magistrat, militante associative),  

Francis Sitel(responsable de revue), Juliette Triicot (juriste), Marcel Trillat (journaliste, réalisateur),
Louis Viannet (syndicaliste), Marie-Christine Vergiat (députée européenne),

 Marie-PierreVieu (éditrice), Louis Weber (syndicaliste), Serge Wolikow (historien),

 Francis Wurtz(député européen honoraire), Malika Zédiri (militante associative)

 

Pour signer cet appel:

            Un site:   www.dynamique-frontdegauche.fr

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 06:27

Personnellement, je le pense!

° Son blog personnel:

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2010/10/de-la-rue-au-clavier-la-lutte-continue/

° Autre article sur ce blog:

Pourquoi la candidature de Mélenchon ne doit-elle pas être écartée au front de gauche ?

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Jean-Luc Mélenchon se démarque au sein de la gauche en s'imposant comme un leader charismatique  

Thierry Dupont / L'EXPRESS.fr

(Extraits)

  

Pour vous, la retraite à 60 ans, c'est un dogme? Un tabou? Le seul combat qui vaille aujourd'hui?

Dogme, tabou... Ces termes sont destinés à discréditer la lutte. Je les laisse à Dominique Strauss-Kahn. Ce sont les mots de la bonne société pour se moquer des travailleurs. Mais je suis persuadé que c'est une bataille essentielle. Elle concentre l'idée que l'on se fait de ce que peut devenir la vie en société. Le pari progressiste consiste à penser que la vie en commun va nous permettre de nous entraider, de mieux répartir les efforts et la richesse.  

Ainsi, chacun pourrait prendre sa part de bonheur dans l'existence. Autrefois, la retraite était un luxe de riches : eux seuls pouvaient jouir de l'oisiveté. Les autres arrêtaient parce qu'ils étaient malades, ou trop fatigués. Mon arrière-grand-père nettoyait des tonneaux. Quand il a eu 75 ans, on lui a dit qu'il pouvait rester à la maison et qu'on lui donnerait un petit quelque chose. A 76 ans, il était mort. C'était ça, la vie des gens simples, il ne faut pas l'oublier ! La question des retraites ne sera jamais une question simplement comptable.  

 

C'est-à-dire ?

Le système français a deux caractéristiques : c'est un système par répartition, ceux qui sont en activité financent ceux qui ne s'y trouvent pas ; et c'est un salaire différé, il représente donc des masses considérables d'argent - l'équivalent de la moitié du budget de l'Etat.  

Cet argent est l'objet de convoitises et de luttes de classes. Je nie que dans cette affaire la droite se préoccupe de l'équilibre des comptes. Ce n'est pas vrai. Car, en toute hypothèse, un compte ne s'équilibre pas seulement par la gestion des dépenses, il s'équilibre aussi par la gestion des recettes. Et le manque à gagner des régimes de retraite est extrêmement faible : jusqu'à 2008, soit il y a juste deux ans, il atteignait à peine 5 milliards ! Cette somme, on la trouve en taxant les stock-options et les revenus de l'intéressement.  

 

Il y a quand même une question mathématique : à partir du moment où on vit plus longtemps, si on ne travaille pas plus longtemps, on n'atteint pas l'équilibre.

Nous sommes d'accord. Donc, ce qu'il faut considérer, c'est ce que produisent ceux qui travaillent. Aujourd'hui, deux personnes produisent autant que trois personnes il y a dix ou quinze ans. Autrement dit, la masse de richesses produites s'est accrue bien au-delà du nombre des personnes entre lesquelles les répartir. Une réforme qui taxe le travail à 85 % et le capital à 15 % ne fonctionnera pas.  

Quant à cette affaire de pénibilité, c'est une espèce de rideau de fumée pour afficher des bons sentiments. Elle laisse entendre que tous les autres peuvent trimer davantage car, à eux, il n'en coûterait rien physiquement.  

 

Quand vous entendez Ségolène Royal annoncer solennellement que si la gauche revient au pouvoir elle ramènera l'âge légal du départ à la retraite à 60 ans, la croyez-vous ?

Nous avons décidé de faire semblant d'y croire. Sinon, on ouvre une brèche à gauche ! Je ne sais pas si les socialistes reviendront à la retraite à 60 ans. Mais si c'est avec quarante-deux années de cotisations cela ne veut plus rien dire. Nos gosses sortiront des études à 24 ou 25 ans, vous y rajoutez 42 ans, cela fait 66 ans. Avez-vous vraiment envie que vos enfants enseignent ou pilotent des avions jusqu'à 66 ans ?  

Allez voir aux Etats-Unis. Vous allez être servis dans un restaurant par des gens qui pourraient être vos grands-parents ! Les socialistes feront ça ? Nous, nous ferons autrement : au cours des vingt-cinq dernières années, 10 points de la richesse nationale qui sont passés des poches du travail dans celles du capital. Je ramènerai le curseur là où il était il y a vingt ans. Total : 195 milliards par an.  

 

Si, pendant ce temps-là, la Chine, l'Inde augmentent les salaires, que la délocalisation n'est plus possible, vous avez raison. Sinon ?

J'ai d'autres parades, les circuits courts, la taxation écologique et sociale. Tout dépend du positionnement de la France par rapport à ses partenaires. Je préfère un million de fois des relations bilatérales avec les Chinois et les Indiens, plutôt que le système européen, au service d'un tout petit groupe d'intérêts financiers, qui a déjà failli mettre la planète par terre et qui impose au monde une folle liberté des échanges.  

Personne ne peut faire la démonstration que le libre-échange favorise une production saine et l'innovation. Et la menace du mur de l'argent ? La peur doit changer de camp. Il n'y a pas que celui qui prête de l'argent qui a la force, celui qui emprunte dispose d'une force au moins aussi grande : c'est la possibilité de dire "on ne paie plus". Argument extrême ! Mais les méthodes qu'utilise le capital transnational sont également extrêmes.  

Je préviens, en homme politique responsable : pas touche à la France ! Ici, ce n'est pas la Grèce. On ne se laissera pas tondre. Nous sommes des gens sérieux, responsables, on est prêt à discuter, il faut que tout le monde gagne sa vie, c'est une affaire entendue. Mais pas à n'importe quel prix.  

 

Si DSK était le candidat du PS à l'élection présidentielle, ce discours serait-il encore plus fort à porter ?

Non, le désastre moral serait immense. Combien de souffrances pour constater que la ligne qu'il défend est aberrante et ne nous mène nulle part ? Mon intention est d'avoir un débat rationnel, argumenté. Je lui demande de faire la preuve que sa stratégie fonctionne. Je lui demande de me donner un exemple, dans le monde, de la réussite de sa recette bestiale. A l'inverse, je pourrai lui citer beaucoup d'endroits où c'est en résistant aux injections du FMI que les pays se sont relevés. Voyez l'Argentine !  

 

Vous préféreriez donc un candidat ou une candidate socialiste avec qui le rapport de force puisse être plus constructif ?

Je ne veux pas tourner autour du pot. Mon intention est de battre les socialistes. Je pense qu'ils ne sont pas bons et qu'ils ne savent pas ce qu'il faut faire. 

 

Vous pensez à Martine Aubry à la tête du PS ?

Ce n'est pas le sujet. Martine Aubry est comme un bouchon à la surface de flots contraires. On va me dire que ce n'est pas raisonnable de vouloir les battre quand, dans le meilleur des cas, je suis à 6 % dans les sondages. Mais à quoi sert de faire de la politique si ce n'est pas pour affirmer que l'on veut passer en tête et avancer ses propres solutions ?  

 

On dit souvent que vous cherchez à donner ses lettres de noblesse à une forme de populisme de gauche.

Je n'ai plus du tout envie de me défendre de l'accusation de populisme. C'est le dégoût des élites - méritent-elles mieux ? Qu'ils s'en aillent tous ! J'en appelle à l'énergie du plus grand nombre contre la suffisance des privilégiés. Populiste, moi ? J'assume ! 

 

Parlons de votre doctrine...

Vous me permettez de la résumer ? Cela me prendra moins d'une minute et demie !  

Je me réclame d'un intérêt général, un mot au moins aussi disputé à gauche qu'à droite. Pour la droite, c'est une construction idéologique qui mène au totalitarisme, la somme d'intérêts particuliers d'où viendrait l'harmonie. Pour certains à gauche, l'intérêt général serait le masque sous lequel les dominants font passer leur intérêt individuel pour celui de l'ensemble.  

Pour moi, cette querelle est tranchée par l'écologie politique : un intérêt général humain est prouvé, celui de la conservation de son écosystème mis en cause par le capitalisme productiviste. J'enchaîne. S'il existe un intérêt général humain, il faut en débattre : c'est la fonction de la démocratie. Ensuite, il faut qu'il soit pensé en fonction de l'intérêt de tous : c'est la république. Ce n'est possible que si nous sommes à égalité : c'est le socialisme. Ecologie, république, socialisme. Pour y parvenir, la fin et le moyen se confondent, c'est ce que j'appelle la révolution citoyenne !  

(...).

 

Voilà pour le socialisme. En ce qui concerne le sarkozysme, vous écrivez sur votre blog que c'est "avoir un terrain vague dans la tête". Qu'est-ce à dire ?

C'est une expression qu'a utilisée Brice Hortefeux. Elle vient de Maurras ! Je crois qu'ils sont totalement perdus. Ils ne savent plus où ils vont. Nicolas Sarkozy a gâché sa victoire. Son programme libéral est mort avec la faillite de Lehman Brothers. Il est épuisé. Ceux qui exercent le pouvoir ont intérêt à avoir bien rempli l'éponge car, dans le temps où ils sont en exercice, elle se vide ! Il a perdu la capacité de se renouveler au contact du quotidien. Il s'est vite essoré.  

 

A quel moment avez-vous envisagé clairement une candidature à l'élection présidentielle ? Dès la création du Parti de gauche ? Plus tard ?

Jamais. Au départ, mon intention était juste de sauver notre gauche en créant un nouveau grand parti et en croyant que nous pourrions fusionner avec le PC, comme en Allemagne. Très vite, il est apparu que les communistes français ne le souhaitaient pas. Nous avons alors lancé le Front de gauche, fédérateur malgré les tensions.  

La présidentialisation est une atrophie de l'esprit : ce truc rend fou les gens qui se sentent habités, il suffit de voir dans quel état sont ceux qui se disent candidats ! Illuminés de l'intérieur, toujours attentifs à correspondre à une image. Moi, je ne suis pas du tout là-dedans : je remplis la fonction de tribun du peuple.  (...)

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A propos de Jean Luc Mélanchon

Roger Martelli

 

Un de nos objectifs politiques majeurs est l’émergence d’une force nouvelle, capable de peser dans l’espace politique, en tissant ce lien entre la créativité sociale et les institutions qui fait tant défaut aujourd’hui. Dans cette construction, nous rencontrons des obstacles (tout le monde ne veut pas de cette force nouvelle) et nous avons des partenaires potentiels. Jean-Luc Mélenchon est de ceux-là. Puisque le débat à son sujet est vif, j’essaie de formuler ici mon opinion.

 

1. Je ne suis pas membre du Parti de Gauche pour des raisons sérieuses. J’ai eu l’occasion, dans Regards, de dire ce que je pensais des idées de l’ami Méluche. Tout en saluant la cohérence stimulante de sa pensée, je lui faisais, en gros, trois séries de critiques.

  • Son regard sur la social-démocratie ne va pas jusqu’au bout. Il mène une charge flamboyante contre le social-libéralisme et l’attraction démocrate du socialisme européen. Mais on constate de sa part une certaine indulgence pour la gestion d’un Lionel Jospin.
  •  Or son échec est significatif de deux choses fondamentales : des limites d’une social-démocratie qui ne s’est pas posé la question de savoir comment contredire concrètement la logique destructrice d’un capitalisme mondialisé ; des impasses d’une démarche qui ne s’est pas dégagée de la voie étatiste traditionnelle. Si le parti pris de transformation sociale n’ouvre pas une nouvelle ère de la forme publique et de l’appropriation sociale, s’il pense qu’il lui suffit de retourner à l’étatisme pour échapper au libéralisme, il court par avance à l’échec. Ni le vieux keynésianisme, ni le vieux soviétisme ne sont des réponses adéquates au vieux libéralisme. Si l’on ne part pas de ce postulat, difficile d’espérer dégager les voies modernes de la mise en commun.
  • Il pratique une référence non critique à la tradition républicaine. JLM fait de la République l’axe organisateur d’un projet post-libéral. Il oublie un peu trop que la République est historiquement contradictoire, bourgeoise et plébéienne, porteuse d’émancipation et d’ordre contraignant, ouverte et éradicatrice tout-à-la-fois. Parler de République en général ne dit rien, ni des logiques économico-sociales qui la fondent, ni des dynamiques politiques qui la nourrissent, ni des horizons culturels qui la stimulent. Ajouter le qualificatif de « sociale » ne suffit plus aujourd’hui. Pour que la République vive, elle doit rompre avec des pans entiers de la « tradition républicaine » et s’ouvrir aux formes modernes qui permettent à des personnes irréductiblement différentes de faire société. Ainsi, ce n’est pas en confondant l’égalité et la ressemblance, le « tous égaux » et le « tous pareils » que l’on contredira la pente du repli communautaire.
  •  
  • Ajoutons : du point de vue institutionnel, ce n’est pas en « revenant » à la juste représentation de la « bonne » République parlementaire, que l’on dépassera la crise de la démocratie. En ce domaine, pas plus que dans un autre, ce n’est pas un « retour à » qui devient nécessaire, mais une créativité démocratique.
  • Il sous-estime enfin la nécessité d’un renouveau radical des formes politiques. On n’a sans doute pas trouvé encore une forme politique qui assume, en mieux, les fonctions de politisation populaire qui furent autrefois celles du parti politique. Mais il faut au moins partir du constat fondateur que les formes actuelles (notamment la forme partisane calquée sur le fonctionnement hiérarchique et vertical de l’État) ne permettent ni de créer de la politisation de masse, ni de rendre plus poreuses les frontières du social et du politique, ni de stimuler de façon moderne la tension inévitable de l’autonomie de la personne et de l’effort collectif.
  • En bref, disais-je dans Regards, je trouve que Mélenchon est tellement obsédé par le refus du reniement, tellement hanté par tant de reculades accomplies au nom de la modernité, qu’il en finit par oublier l’exigence du renouvellement transformateur. Il ne suffit pas qu’ « ils » s’en aillent ; encore faut-il que « nous » sachions faire autrement. Pas seulement autrement qu’ « eux » ; autrement aussi que tous ceux qui, avant nous, ont voulu changer l’ordre des choses et ont vu leurs armes mêmes se retourner contre eux. À ne pas se mettre en posture de chercher ce renouveau, on court le risque de laisser le monopole de la modernité, soit à des modernités frelatées (l’acceptation de la société de marché), soit à des modernités anémiées par leur défaut de radicalité transformatrice (Europe Écologie ?). Depuis plus de vingt ans, je suis « communiste » et « refondateur » : parce que je ne vois vraiment pas comment séparer l’affirmation d’une tradition et l’exigence de sa radicale transformation.
  •  
  • À ces points évoqués dans Regards, j’ajoute ici un autre. Jean-Luc Mélenchon, à mes yeux, n’est pas un populiste – j’y reviendrai plus loin ; mais j’estime qu’il a tort de ne pas récuser ouvertement cette notion. Le mot d’ordre « Qu’ils s’en aillent tous ! » est né en Amérique du Sud. Sa portée subversive y a été immense. Je doute pourtant de l’utilité de son exportation littérale en terre française. Je suis d’une culture (la communiste) qui n’aime pas tout ce qui, peu ou prou, cultive le ressentiment et non la combativité. Au slogan de « Sortez les sortants ! » cette culture politique a toujours préféré celui de « Prenez vos affaires en main ! ». Le communisme à la française a exalté la fierté ouvrière, davantage qu’il n’a enfermé la classe dans sa souffrance et sa rancœur. Par instinct, je me méfie donc de tout ce qui, fût-ce avec les meilleures raisons du monde, peut nourrir le ressentiment.
  •  

2. Voilà quelques plages de désaccord. Elles sont assez conséquentes pour que, communiste impénitent, je ne sois pas en état d’être membre du parti « de » Jean-Luc Mélenchon. Mais de solides raisons me poussent à dire en même temps que, en communiste, j’envisage parfaitement d’être dans une formation politique « avec » Jean-Luc Mélenchon, comme avec bien d’autres, dont je ne retiens pas toutes les idées mais dont je partage les valeurs essentielles.

 Bien plus : je souhaite que ce moment advienne.

  • Il est tout d’abord un des rares politiques, à la gauche du PS, à affirmer haut et fort qu’il faut inscrire chaque échéance, électorale ou non, dans un horizon qui est celui de l’émergence d’une force politique d’alternative et donc à la gauche du PS.
  •  Le temps qui passe, depuis 2005 au moins, ne cesse de nous dire avec force les désastres qui résultent de cette absence. Faute de force commune, plurielle par fondation mais disposant de l’atout de cohérence qui fut naguère le privilège des partis politiques, le terrain politique reste dominé par les logiques de « l’utilité » (le PS) ou celle d’un renouveau contournant l’exigence des ruptures fondamentales (Europe Écologie).
  •  Or Mélenchon plaide avec constance pour une telle force, dont il explique qu’elle doit être : à gauche et exclusivement à gauche ; capable de regrouper le peuple ; apte à reconquérir l’hégémonie culturelle laissée à gauche au PS ; unitaire.
  • Pour l’essentiel, et sous réserve d’inventaire plus approfondi, je ne vois pas comment je pourrais faire la fine bouche devant ce cahier des charges, qui identifierait positivement la force nouvelle dans le paysage de la gauche française.
  • * Le NPA tire volontiers sur tout ce qui bouge à la gauche du PS, au nom de la rigueur de « l’anticapitalisme ».
  • * Le PCF ne veut pas d’une nouvelle force et, peu ou prou, continue de penser des formules de rassemblement construites autour de lui-même, dans un tête-à-tête exclusif avec le PS.
  • * Mélenchon dit qu’il faut une nouvelle force et avance sur l’orientation qui doit être la sienne. Dont acte…
  • Quand il parle de la force nouvelle à construire, Mélenchon ajoute que la gauche de gauche doit avoir vocation à gouverner, et pas nécessairement à la seule condition qu’elle soit majoritaire à gauche. Mais il précise qu’il est dangereux, aujourd’hui, de laisser entendre que le PS est, à court terme, capable : de faire un inventaire critique de ses expériences gestionnaires passées ; d’élaborer un projet de transformation conséquente, dans sa globalité comme dans ses détails ; d’enclencher une dynamique citoyenne qui mettrait l’alternative franche au cœur des retrouvailles du mouvement social et de la politique institutionnelle. Les ambiguïtés du PS sur la question des retraites montrent que les socialistes ont beaucoup de chemin à parcourir avant de se mettre à ce niveau d’exigence. Il ne sert donc à rien de laisser entendre qu’ils y parviendront d’ici 2012.
  •  
  • Mieux vaut alors ne pas laisser accroire que, sans que l’équilibre des forces soit révolutionné du tout au tout, il est possible à ce jour d’envisager avec eux une participation aux responsabilités exécutives de l’État. C’est mettre la charrue avant les bœufs ; c’est semer les graines de nouvelles illusions ; c’est laisser le champ libre à une radicalité courte de contestation sans alternative. Le NPA critique le PS, mais il le fait dans une posture qui laisse pratiquement la main à la force hégémonique de la gauche française. Pour des raisons qui tiennent à son affaiblissement et à son enfermement interne, le PCF pratique le louvoiement et le flou artistique intégral, se préparant peut-être à retourner au plus vite au gouvernement. Mélenchon affirme que, si la perspective du gouvernement est un horizon nécessaire (comment changer les choses sans majorité pour le faire ?), il vaut mieux ne pas faire comme si cette perspective était immédiatement pensable, avec le PS tel qu’il est, avec les rapports des forces tels qu’ils sont. Cette posture est la bonne.
  •  
  • Enfin, Mélenchon dit avec passion qu’aucune construction populaire ne peut contourner le constat d’un discrédit de la politique institutionnelle qui tourne à une colère jouxtant désormais au ressentiment populaire.
  •  Rien n’est possible si l’on n’entend pas cette colère. Mélenchon le fait à sa façon. Elle n’est pas la mienne. Mais a-t-il tort sur le fond ?

J’entends dire, çà ou là, que le temps est revenu « des » populismes, formule que l’on complète tout aussitôt par « de droite comme de gauche ». Je lisais récemment un article éditorial du Monde expliquant que le populisme « des deux rives » était aujourd’hui le risque principal « des gouvernants ».

Mais ne se rend-on pas compte de l’énormité de cette formule, qui considère qu’il y a donc « des gouvernants », de droite et de gauche, indifféremment de droite ou de gauche ? Cette idée est mortifère. Elle est au cœur des théories de la « bonne gouvernance » : droite et gauche sont confrontées aux mêmes « contraintes » et doivent avant tout mobiliser les « compétences » autour de politiques qui ne diffèrent qu’à la marge, l’essentiel étant fixé par la logique des marchés financiers.

Or, si des compétences doivent être sollicitées, ce n’est pas dans l’esprit de la gouvernance mais dans celui de la démocratie citoyenne, autour de l’idée que le réservoir principal de l’innovation est dans la créativité populaire et pas dans sa négation. Ce dont souffre la technicité aujourd’hui est d’être écartée de ce réservoir-là ; dès lors, on lui demande à la fois énormément… et pas assez. Ce n’est pas mépriser les compétences vraies que de rappeler qu’elles s’étouffent elles-mêmes, quand on en use et abuse pour se substituer au peuple souverain.

 

Ne voit-on pas que c’est précisément là qu’est la source de tous nos déboires démocratiques ? Depuis trente ans, des équipes réputées expertes se succèdent dans une alternance de pouvoir sans rupture sensible : libéralisme hard ou libéralisme soft, capitalisme primaire ou capitalisme subtil.

 Mais que devient l’hypothèse postcapitaliste ? Que devient la conviction, longtemps répandue à gauche, que seul est vertueux le mariage de l’efficacité et de l’égalité, de la responsabilité et du pouvoir partagé ? Que devient l’idée ancienne de la priorité de l’objectif (extension des capacités humaines ou accumulations des marchandises et des profits ?) sur les méthodes (les structures et les techniques gestionnaires) ?

 

« Méluche » est une grande gueule. Il irrite ? Peut-être. Mais s’il est quelque chose de proprement insupportable, ce n’est pas son excès : c’est la réalité contre laquelle il s’insurge.

Du haut en bas des rouages du pouvoir, qu’il soit public ou privé, des cohortes de « compétents » partagent le même style, sont issus des mêmes cursus et gouvernent, décidant du sort de millions d’individus. Sans que se confondent pleinement la droite et la gauche, ils contribuent à rendre floues leurs frontières, nourrissant ainsi le sentiment que toutes les équipes font en gros la même chose et que, au final, la politique relève du « tous pareils ! ». Or tous ceux-là ne font jamais leur autocritique : on licencie des caissières pour avoir emprunté quelques centimes, mais les patrons mis à l’écart cumulent les parachutes dorés et les gouvernants d’hier pantouflent tranquillement dans le privé. Équipes de droite et équipes de gauche ont failli ; mais, inlassablement, on prend les mêmes et on recommence… Je crois être un homme plutôt poli ; mais je trouve que l’impolitesse la plus grave est celle du mépris, à l’égard de ceux dont on affirme défendre les droits et que l’on enfonce, de gouvernement en gouvernement, d’élection en élection, dans le mal-vivre et la dépossession.

 

En un mot, je tiens que l’indignation doit se porter contre ceux qui nourrissent la crise de la politique et non pas contre ceux qui les dénoncent. Et j’affirme, une fois de plus, quoi qu’il en dise lui-même, que Jean-Luc Mélenchon n’est pas un populiste, pas plus que le communisme d’hier ne fut un populisme. Il ne vitupère ni les intellectuels, ni la solidarité de l’impôt, ni « les Parisiens », ni les sauvageons, ni les immigrés. À généraliser le vocable de populisme, on court le risque de le banaliser dangereusement ; à la limite, de le valoriser, dans un contexte de crise des repères politiques.

 

Je termine par ceci. Jean-Luc Mélenchon fait partie des figures marquantes et identifiées de la gauche de gauche. Le fait qu’il soit un ancien socialiste ne lui donne pas de qualité particulière ; elle est toutefois un atout pour affirmer que le parti pris d’une gauche bien à gauche n’est pas celui d’une « petite gauche » et qu’elle peut, à terme, avoir vocation à redevenir majoritaire à gauche, comme elle l’a été naguère (au temps de la grande influence du PCF) et comme elle le fut en 2005, au moment du référendum sur le Traité constitutionnel européen.

Il n’y a pas de sauveur suprême, pas d’homme providentiel. Ce n’est pas une raison pour tirer à vue quand une tête (ou une grande gueule) sort du lot.

Il vaut mieux ne pas nous cacher derrière notre petit doigt. Alors que l’alternative est plus urgente que jamais, la gauche de gauche va mal. Nous n’avons pas réussi à dégager ensemble des perspectives claires. Bien loin de nous rassembler politiquement, nous nous sommes déchirés.

Résultat : la dynamique est du côté du PS et d’Europe Écologie. La gauche de gauche n’a jamais eu de résultat aussi piètre que depuis 2007. Le risque, désormais, est qu’elle se marginalise durablement. Nous avons toujours dit que notre diversité est notre richesse. Mais mettons-nous en pratique cette affirmation ? Si, chaque fois qu’une personnalité émerge, nous voyons avant tout ce qui la distingue de telle ou telle de nos « familles » ou sensibilités, où allons-nous ?

À ce jeu, on risque hélas une seule chose : que le terrain médiatico-politique et, in fine, le terrain électoral, ne soit occupé que par une gauche hégémonique et « responsable » d’un côté et, de l’autre côté, par une mosaïque contestataire vouée au seul rôle de porteur d’eau ou d’aiguillon minoritaire d’une social-démocratie toujours aux commandes et recentrée.

 

Roger Martelli

 

 

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 11:42

Je publie un point de vue de Jean Claude Chevalier, un de ces militants du PCF de Charente-Maritime qui se bat, avec d'autres, dont les militants du PG, pour développer cette stratégie de Front de gauche. Je partage cette démarche nationale.

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 Une réunion nationale du Front de gauche demandée par le PCF

Un véritable encouragement pour les communistes de la Charente-Maritime. Dans une lettre adressée aux « partenaires » du Front de Gauche, Marie-George Buffet et Pierre Laurent proposent l’organisation d’une réunion nationale du Front de Gauche. Ils justifient cette réunion par l’amplification de la crise et les « décisions extrêmement inquiétantes arrêtées par le gouvernement français et les dirigeants européens... »

Afin de préparer cette réunion nationale, Marie George Buffet et Pierre Laurent avancent quatre directions de travail :

1) Prendre des initiatives importantes de riposte face à la nouvelle offensive des dirigeants capitalistes en Europe et pour faire payer la crise aux peuples européens.
2) Ouvrir de nouveaux espaces de développement du Front de Gauche.
3) Construire un projet politique capable d’ouvrir une perspective alternative en vue des échéances de 2012.
4) Les élections cantonales de mars 2011.

Ce courrier de la direction nationale du PCF, les propositions et les réflexions qu’il contient représente un véritable encouragement pour ce que nous avons commencé d’entreprendre dans notre département de la Charente-Maritime, malgré l’attitude irresponsable de la direction fédérale du PCF - sans parler de l’absence total de débat démocratique - qui fait tout pour tenter de faire échouer cette dynamique unitaire qui a de l’avenir dans notre département.

JC Chevalier -  PCF Saintes.

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Lire la réponse du Parti de gauche du 24 Mai 2010

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 Front de gauche: position et propositions sur la réforme des  retraites

 

 

 

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 05:41


 Déclaration commune du Parti Communiste Français, du Parti de Gauche  et de la Gauche Unitaire

 Réunis le 23 septembre, les formations constitutives du Front de  Gauche ont tenu à réaffirmer leur volonté de poursuivre, élargir, et  enraciner le Front de Gauche dans la durée, dans les luttes et dans  les urnes.

  ° Ils souhaitent tout d'abord contribuer aux mobilisations nécessaires  contre la politique de Nicolas Sarkozy, politique de casse de l'emploi  et des services publics, de régression du pouvoir d'achat, de chasse  aux migrants, de remise en cause des droits démocratiques et  d'alignement sur les politiques libérales et sociales libérales qui  dans le monde, tournent le dos aux besoins humains et aux équilibres  écologiques.


  ° Ils ambitionnent de proposer un autre choix résolument à gauche. Le  résultat du Front de Gauche aux Élections européennes confirme qu'il y  a une attente dans notre peuple pour cela et que c'est possible. Rien  ne peut détourner de la nécessaire construction, la plus rapide  possible, d'une alternative réelle aux politiques libérales et  capitalistes, d'une véritable proposition de gauche ayant vocation à  construire des majorités d'alternative à la droite dans notre pays.


 ° Ils condamnent les tentatives de recomposition au centre autour  d'alliances avec le MODEM qui sont vouées à l'échec, fondées sur la  seule idée d'un front anti Sarkozy, incapables de proposer un  programme alternatif à la politique de la droite et faisant, de fait,  disparaître la gauche.


 °
Ils condamnent tout autant l'organisation de primaires en vue des  élections présidentielles qui nient la richesse de la diversité à  gauche, enferme celle-ci dans une concurrence des égos bien loin des
 préoccupations de la majorité de la population en bute aux  conséquences de la crise économique, en particulier des licenciements.


  ° Ces constructions politiques délétères ont pour issue la victoire  durable, électorale et idéologique, de la droite comme le prouve  amplement la situation en Italie. Elles sont l'aboutissement logique  du glissement progressif des politiques libérales et  sociales-libérales suivies toutes ces dernières années en Europe et en  France.


 Il y a urgence à construire de véritables réponses  à la hauteur de la  situation !


 Les organisations du Front de Gauche, le PCF, le PG et la GU sont  déterminées à mettre toutes leurs forces dans la construction des  mobilisations sociales face à Nicolas Sarkozy et au MEDEF, à prendre toutes les initiatives pour construire une véritable alternative de  rupture avec le capitalisme libéral.


Elles décident déjà, en conséquence :


 • la création d'un « Comité de Liaison Permanent » du Front de  Gauche permettant une coordination suivie de son activité au service  d'un travail consistant à ancrer sa démarche dans les luttes et dans  les urnes, pour poursuivre ce qui a été engagé au moment des élections  européennes


  • de contribuer activement à la votation citoyenne du 3 octobre sur  l'avenir de la Poste


 • d'organiser de grandes campagnes publiques sur les urgences  sociales et écologiques de l'heure, à partir des trois propositions de  lois des parlementaires du PCF et du PG et de l'affirmation d'une réponse écologique et sociale conséquente lors du sommet de Copenhague  sur le changement climatique


  • d'ouvrir immédiatement un chantier pour élaborer une plate forme  partagée du Front de Gauche, contenant les grands axes de  l'alternative de rupture nécessaire face à la droite et des  propositions d'urgence permettant de répondre aux exigences populaire,  aux dégâts de la crise capitaliste et du productivisme.


  Les trois partis conviennent d'une première réunion de ce Comité de liaison dès la semaine prochaine afin de détailler, préciser et  mettre concrètement en place ces premières décisions. Bien sur, ils  devront prendre au cours des réunions à venir du comité de liaison toutes autres initiatives nécessaires aux objectifs du Front de Gauche; en particulier sur les moyens de porter leur plate forme partagée  dans les luttes et les débats publics.

 Paris, le Vendredi 25 septembre 2009

 

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Régionales : l’impossible unité Front de gauche - Npa?

 Extrait du texte de G Suze ( membre du Npa) sur son blog

Nous voici donc revenu à notre point de départ. La « motion d’étape » votée à la majorité par le « parlement » (CPN) du NPA les 19 et 20 septembre est sans ambiguïté : « nous entendons poursuivre publiquement les discussions avec les forces antilibérales et anticapitalistes en vue d'un accord unitaire dans le cadre suivant : […] Un accord national [dès le 1er tour] impliquant le refus de toute majorité de gestion et par conséquent de participation à tout exécutif de région avec [le PS et les Verts]. » Autrement dit, toute formation qui ne s’engagera pas clairement dès le 1er tour sur cette clause, ne pourra entrer dans le cadre de l’accord national prévu par le NPA. Ce qui exclut non seulement le PC mais aussi le PG qui ne renonce pas, sur la base d’un accord programmatique, de travailler avec le PS et les Verts.
 

En juillet, la déclaration commune du PG et du NPA avait laissé entrouvert la possibilité d’un accord. Ainsi on pouvait lire dans cette déclaration : « Pour le NPA, les élus refuseront de contracter des accords de gestion avec les dirigeants du PS et d'Europe Ecologie. » Cela pouvait être interprété ainsi : le NPA refuse de participer aux exécutifs avec le PS et les Verts. Mais cela ne concerne que le NPA. La phrase était en effet ambiguë, et c’est pourquoi elle avait soulevé de vives protestations de la part des « gauchistes » du NPA. Depuis ce weekend, l’incident est clos. La « majorité » est revenue à la position qu’elle avait déjà défendue au moment des européennes. Il est à craindre que les conséquences seront identiques. Le NPA ira seul car il parait peu vraisemblable que la Fédération et les Alternatifs choisissent le NPA contre le PG. C’est du moins la position qu’ils avaient prise aux européennes.

 

Comment sortir de l’impasse ?

(lire la suite sur le blog de G Suze:  http://ilyaura.20minutes-blogs.fr/


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  NB:

Quant à moi (HM),  il me semble clair 
que cette position intransigante du Npa est anti-unitaire et qu'elle doit évoluer, au rique de faire le jeu de ceux que le Npa prétend critiquer: la droite, et aussi le PS.

J'espère que les militants du Npa lors de leur Conférence nationale réouvriront la porte de l'unité de la gauche de gauche, pour les régionales. 

 

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  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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