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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 09:15

Par Dan Israel - Mediapart

Les économistes néoclassiques ne vivent pas dans le monde réel, mais dans un univers parallèle, basé sur des hypothèses hasardeuses et non démontrables, qui empêchent une vraie réflexion sur l'état de nos sociétés. Telles sont les conclusions ravageuses de "L'Imposture économique", un livre iconoclaste de l’économiste australien Steve Keen, qui retourne contre la pensée dominante les armes de l'analyse économique la plus traditionnelle.

Le programme est énoncé sans fard et sans crainte des superlatifs dès les premières pages du livre. Il s’agit de « provoquer une révolution scientifique, attendue de longue date en économie ». Pas moins. L’auteur de cette profession de foi s’appelle Steve Keen. Cet économiste australien est aujourd’hui directeur du département Économie, Histoire et Politique de l’université de Kingston à Londres.

Son livre, L'Imposture économique, qui paraît en France le 9 octobre aux éditions de l’Atelier, est paru dès 2001 pour sa première édition dans le monde anglo-saxon, sous le titre Debunking economics, « Démystifier l’économie ». Il s’y emploie à dynamiter méthodiquement les bases de la théorie néoclassique, la pensée économique qui sous-tend toute l’idéologie néolibérale contemporaine. Un par un, Steve Keen examine les axiomes de la micro-économie, censés décrire le fonctionnement des consommateurs et des entreprises. Il ne le fait pas à coup de méthodes extravagantes ou en faisant appel à des théories farfelues. Au contraire, il les expose à la lumière de certains des auteurs classiques de la discipline et les analyse avec les armes mêmes de la pensée économique la plus traditionnelle. Après avoir été passées à ce crible, ces théories, parfois aussi centrales que les « lois » de l’offre et de la demande, ne tiennent plus guère debout.

« La prétendue science économique est un agrégat de mythes qui fait passer l’ancienne conception géocentrique du système solaire de Ptolémée pour un modèle puissamment sophistiqué », balance, cruel, l’auteur. « L’une des nombreuses raisons qui ont permis aux économistes de réussir à prendre le contrôle des politiques sociales, c’est l’affirmation d’une certaine légitimité intellectuelle face à quiconque s’oppose à leurs recommandations, rappelle-t-il. L’objet de ce livre est de montrer que cette affirmation est fallacieuse. »

Le livre sort avec une certaine pompe dans l’Hexagone, l’auteur étant sur le territoire ces jours-ci pour participer à plusieurs réunions publiques. Il est appuyé par Gaël Giraud, un économiste français hétérodoxe qui s’est imposé dans le débat politique français en publiant, fin 2012, une note extrêmement sévère sur le projet de loi de séparation des activités bancaires, qu’il jugeait tout à fait insuffisant. Auteur de la préface, Giraud a supervisé la traduction française du livre de Keen. Il juge, dans une passionnante interview à Mediapart, qu’« il s’agit d’un texte majeur qui fera date ». « Ce livre est une interpellation. Celle d’un universitaire économiste qui apostrophe sa communauté et, par-delà celle-ci, notre société tout entière », écrit-il.

Car il faut prendre la mesure du monde dans lequel vivent et raisonnent les économistes. Un monde parallèle, qui ne reflète la réalité que de très loin. Et à rebours de toute démarche scientifique réelle. « Plutôt que démarrer par un phénomène qui nécessite une explication, comme le ferait une science, les économistes commencent avec une opinion sur la façon dont devrait être la réalité. Par exemple, avec leur abstraction favorite, le marché où devrait régner une “concurrence pure et parfaite”. Aucun marché sur la planète n’a jamais approché cette abstraction, mais ils tentent de modéliser l’économie entière “comme si” elle était principalement constituée de ces phénomènes non existants », rappelle Steve Keen à Mediapart. Les économistes travaillent donc, rappelle Giraud dans sa préface, dans « un univers sans monnaie et sans secteur bancaire, où le capital s’accumule tout seul sans être produit par personne (…). Une galaxie imaginaire peuplée de gentlemen dotés d’une puissance de calcul infinie, capables d’anticiper le niveau de tous les prix (…) jusqu’à la fin des temps ». Un univers que Keen s’emploie à mettre à bas. Les lois de l'offre et de la demande ne tiennent pas la route.

Le livre est écrit d’une plume alerte, un brin moqueuse, mais soucieuse de pédagogie. Le langage plutôt accessible (qui nous enjoint par exemple de « calculer le schmilblick ») ne masque pas la rigueur théorique à l’œuvre. À tel point que certains passages de déconstruction économique sont à réserver aux lecteurs avertis, entrepreneurs, économistes ou étudiants désireux de s’informer à d’autres sources que les programmes universitaires classiques.

Car Steve Keen parle le langage commun à tous les économistes qui se respectent, fait de modélisation et de formules mathématiques (même s’il épargne à ses lecteurs la moindre équation dans ses quelque 500 pages de démonstration passionnée). « Les économistes néoclassiques utilisent des équations et des modèles qui paraissent compliqués à quiconque n’est pas spécialisé en physique ou en mathématiques, et ils semblent donc posséder un savoir plus grand que le simple mortel, explique l’auteur à Mediapart. Il faut une profonde connaissance des maths et de la science pour comprendre qu’il s’agit d’une pseudo-science. »

*Parmi les cibles de Keen, on trouve la fameuse « loi » de la demande, selon laquelle « chaque consommateur s’efforce d’obtenir le plus haut niveau possible de satisfaction en fonction de son revenu ». Or, explique le livre, « cette théorie n’est pas solide ». Si les économistes apportent une analyse cohérente du comportement d’un seul individu, ils ne parviennent en revanche pas à faire passer la modélisation au degré supérieur, en analysant le comportement de tous les individus formant ensemble une société. Pour le faire, ils sont contraints de postuler qu’il n’existe soit qu’un seul individu, soit qu’une seule marchandise dans toute la société ! « Les conditions qui sont nécessaires pour “assurer” la validité de la loi de la demande au niveau du marché constituent en fait la preuve par l’absurde que cette loi ne peut s’appliquer », estime Keen.

*Il en va de même avec la non moins célèbre courbe de l’offre, base de l’analyse économique de la production des entreprises, qui, selon l’économiste australien, « n’existe pas ».

*Quant à la courbe croissante du coût marginal, qui explique que, à « court terme », la productivité d’une entreprise chute à mesure que la production augmente, de telle sorte que de plus hauts niveaux de production conduisent à des prix plus élevés, elle serait sans aucun fondement dans la plupart des cas : « Seules les marchandises qui ne peuvent être produites dans des usines (comme le pétrole) sont susceptibles d’avoir des coûts de production qui se comportent selon les attentes des économistes » !

Attaques à droite, mais aussi à gauche

Mais si ces règles de base sont en fait invalides, pourquoi n’ont-elles pas été dénoncées depuis des années ? En fait, elles l’ont régulièrement été, et souvent par des penseurs reconnus des écoles classiques et néoclassiques.

Mais leurs analyses ont été soit noyées (peut-être volontairement) dans des chiffres et des formules mathématiques alambiquées, soit ignorées par le monde universitaire. Et puis, explique l’auteur à Mediapart, « le principal facteur qui avantage la théorie néoclassique est que, pour faire marcher une économie, on n’a pas besoin de la théorie économique au sens où on a besoin d’une science de l’ingénierie pour construire un pont : si l’économie était aussi nécessaire que l’ingénierie, ses défauts auraient été identifiés et corrigés il y a bien longtemps, parce que les économies de tous les pays se seraient effondrées comme des ponts mal construits ».

Au fil des pages, les théories les plus basiques sur le comportement des producteurs, des salariés ou des consommateurs tombent à l'eau. Keen montre aussi comment la pensée néoclassique néglige le rôle de l'incertitude et des anticipations de gain dans les comportements économiques.

Pire encore, la plupart des modèles oublient de conceptualiser le rôle du crédit et de la monnaie, en omettant de faire apparaître les banquiers dans leurs calculs ! L’auteur, qui se définit comme « post-keynésien », utilise ses constats et ses découvertes pour déplorer la mainmise de la pensée néoclassique dans le débat universitaire, mais aussi et surtout politique depuis le début des années 1980. Depuis la sortie de la première édition de son livre en 2001, il échange d’ailleurs des argumentaires musclés avec les tenants de cette pensée, qui tentent de mettre à mal ses analyses.

Pour se faire une idée de l’argumentaire critiquant son livre, on peut se reporter à cet article hébergé sur le site du magazine Forbes, qui reconnaît que Keen pointe de réelles erreurs de calcul et de modèle, mais qui plaide qu’elles sont sans conséquence pour la description de l’économie réelle.

Bien plus surprenant, Keen a aussi maille à partir avec des économistes de l'aile gauche, et notamment avec l’un des plus célèbres d’entre eux, le Prix Nobel Paul Krugman. Sur son blog, Krugman l’attaque par exemple ici ou ici, et Keen fait de même là ou là. On trouve un résumé de leur débat sur le rôle de la monnaie et des banques par ici. Pourquoi ces querelles régulières, de la part de deux hommes qui partagent des critiques similaires sur le système capitaliste actuel ? Parce que leur évaluation des théories classiques est presque contraire, comme Gaël Giraud l’explique à merveille dans l’entretien accordé à Mediapart.

Steve Keen complète : « Nous pouvons être dans le même camp pour un débat sur les politiques économiques à mener (et nous le sommes souvent), même si nous avons des opinions totalement différentes sur la façon dont l’économie fonctionne réellement. »

La « nature mensongère » des manuels d’économie

Au fil de son ouvrage, l’économiste australien déplore que la formation des économistes les empêche presque totalement de déceler les erreurs qui parsèment la théorie qui leur est inculquée, puis que le système même fasse triompher cette « pédagogie paresseuse ». Pour un universitaire, il est en effet extrêmement risqué en terme de carrière de critiquer l’école néoclassique dominante.

Keen pointe aussi « la nature mensongère des manuels d’économie » les plus connus, pour leur propension à masquer les faiblesses théoriques des thèses qu’ils défendent : « Les économistes sont si engagés en faveur de leur méthodologie de prédilection qu’ils ignorent ou banalisent les points où leur analyse dévoile ses plus grandes faiblesses.

Pour que l’économie mérite vraiment la noble appellation de “science sociale”, ces échecs devraient la conduire à abandonner cette méthodologie et à en rechercher une autre, plus solide. » Steve Keen cache à peine son ambition de bouleverser le monde de l’analyse économique avec la même amplitude que l’a fait Keynes dans les années 1930. Pour l’instant, on en est loin. Malgré ses échanges musclés avec certains économistes, son travail a été, au moins dans un premier temps, largement ignoré par les spécialistes de la discipline.

Mais depuis la crise financière démarrée en 2008, son statut évolue, et pour cause. « Dans la première édition, je faisais remarquer à plusieurs reprises qu’une telle crise était probable dans un futur proche, et le facteur que je citais comme la cause – l’éclatement d’une bulle spéculative financée par la dette – est effectivement ce qui l’a provoquée, raconte-t-il. Mes idées ont aujourd’hui plus de valeur parce que l’événement que je pronostiquais est arrivé »

Les dernières pages de son livre sont consacrées à la présentation de diverses écoles de pensée alternatives, toutes critiques de la théorie dominante. Aujourd’hui, force est de constater qu’elles ne s’imposent pas dans les discours, académiques ou politiques. « Elles auront plus de succès quand une seconde crise adviendra dans les pays anglo-saxons ou lorsqu’une première crise éclatera en Chine », rétorque Keen, qui prévoit une nouvelle crise majeure dans les cinq à dix ans, « parce que le niveau de la dette est toujours trop haut, et que le renouveau de ces économies fait une fois de plus grimper le niveau de la dette privée. »

L’économiste se veut optimiste : « Il n’y a pas de messie en économie, mais il y a de nombreuses autres écoles de pensée à partir desquelles une théorie économique décente pourrait être bâtie, et je pense que leur heure arrivera dans la prochaine décennie. »

A lire et à faire lire...

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Published by henri Moulinier - dans Economie - libéralisme
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 12:23

Monsanto s’apprête à célébrer son plus grand tour de passe passe mais nous avons jusqu’à ce week-end pour renverser ses projets.

Le partenariat transpacifique (PTP, ou TPP en anglais) est un immense accord ultrasecret passé entre douze grands pays, qui s’apprêtent à donner aux entreprises un pouvoir inouï: celui de faire appel à de nouveaux tribunaux internationaux pour attaquer en justice les gouvernements qui adoptent des lois qui nous protègent mais réduisent leurs bénéfices! Et cela peut avoir des répercussions dans tous les domaines, de l’étiquetage des aliments contenant des OGM à la liberté sur Internet. WikiLeaks a fait fuiter les documents de travail et une vague d’opposition est en train de se soulever très rapidement, mais les pays signataires se dépêchent afin de signer d’ici 48 heures.

C’est insensé et pourtant nous avons une chance de tout arrêter. Trois pays hésitent, et s’ils se retirent immédiatement, tout pourrait s’effondrer. Inondons les dirigeants chiliens, néo-zélandais et australiens de nos appels à la résistance, et nous pourrons bloquer ce coup d’État orchestré par les grandes firmes avant que Monsanto ne débouche le champagne. Signez la pétition maintenant et envoyez-la à tous vos proches:


http://www.avaaz.org/fr/no_champagne_for_monsanto_loc/?bjmJtab&v=32177

Quand on examine les documents de travail qui ont fuité, on croit lire une immense liste au Père Noël rédigée par les grandes multinationales. L’accord prévoit que les entreprises puissent imposer leurs volontés sur nos institutions démocratiques par le biais d’un système judiciaire opaque. Ces tribunaux pourraient limiter l’accès aux médicaments génériques, moins chers, pour favoriser les médicaments de marque, et même autoriser les cigarettiers à attaquer les pays qui imposent des mesures antitabac et qui, selon eux, réduisent leurs bénéfices. C’est presque trop fou pour être vrai.  

Mais presque personne n’a entendu parler du PTP. Les négociations sont si secrètes que même nos élus ne savent pas ce qu’elles recèlent – seuls les négociateurs et 600 lobbyistes les connaissent. Les textes qui ont fuité ont choqué les responsables politiques et les citoyens du Chili, de Nouvelle-Zélande et d’Australie. Et ils tentent de lutter contre les intimidations des multinationales et contre les États-Unis, qui restent déterminés à faire adopter l’accord avant d’attirer l'attention des citoyens.  


Le PTP nous touche tous
: il bafoue nos droits et torpille nos démocraties pour protéger les profits des entreprises. Et nous n’avons que quelques jours pour l’arrêter. Ajoutez votre voix à notre appel et parlez-en tout autour de vous: 


http://www.avaaz.org/fr/no_champagne_for_monsanto_loc/?bjmJtab&v=32177

On peut facilement se sentir minuscule devant les grandes multinationales qui mènent nos pays à la baguette. Mais ce n’est pas l’argent qui détient le pouvoir, ce sont les citoyens. Notre mouvement a prouvé à de nombreuses reprises que quand nous nous rassemblons pour protéger nos droits contre la cupidité des entreprises, nous pouvons gagner. Arrêtons maintenant cette menace sans précédent contre nos institutions démocratiques.  

Avec espoir,

Alice, David, Jooyea, Alex, Aldine, Julien, Ricken et toute l’équipe d’Avaaz

PS: Nombreuses sont les campagnes Avaaz lancées par les membres! Démarrez la vôtre maintenant et remportez une victoire sur un sujet qui vous tient à coeur, qu'il soit local, national ou mondial: http://www.avaaz.org/fr/petition/start_a_petition/?cl=3655448710&v=32177

POUR EN SAVOIR PLUS : 

Quand WikiLeaks menace un traité économique (Les Echos)

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/tech-medias/actu/0203144680631-quand-wikileaks-menace-un-traite-economique-631946.php

Mondialisation : le grand dessein d'Obama (Le Point)
http://www.lepoint.fr/editos-du-point/nicolas-baverez/mondialisation-le-grand-dessein-d-obama-05-12-2013-1764988_73.php

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens (Le Monde diplomatique)
http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803  


Le Partenariat transpacifique, nouvel outil de l’hégémonie de Washington (Mémoire des luttes)
http://www.medelu.org/Le-Partenariat-transpacifique  

L’entente commerciale la plus préjudiciable de toute l’histoire en matière d’accès aux médicaments (MSF.ca)
http://www.msf.ca/fr/campaigns/partenariat-transpacifique/  

The Trans-Pacific Partnership treaty is the complete opposite of 'free trade' (en anglais) (The Guardian)
http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/nov/19/trans-pacific-partnership-corporate-usurp-congress 

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Published by henri Moulinier - dans Economie - libéralisme
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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 10:09

 

 "Scandale", "fraude", "mafia", l'affaire de la viande de cheval roumain dans les plats Findus, voire d'autres"fabricants" de surgelés, n'est-il qu'un cas isolé? N'est-ce pas au contraire révélateur des stratégies commerciales et financières des firmes capitalistes, utilisant le monde comme fournisseur de "matières premières", comme l'écrit ci-dessous un journaliste de Sud-Ouest, au prix les plus bas possibles, pour réaliser le profit le plus grand possible ?

Findus n’est ni une erreur, ni un cas isolé

Multiples intermédiaires, jusqu’à Chypre, traders (spéculateurs) qui font leurs marges par simple jeu des vente-achat par téléphone ou internet, grand groupe de l’agro-alimentaire tel que Findus, tous les ingrédients son réunis pour traquer …jusqu’en Roumanie la « matière première » ! Cette carte éditée par « Idée », publiée le 10-12 par Sud-Ouest, est révélatrice !

 

 Findus-NEW.jpg

C’est toute une conception de l’économie, néolibérale   

Une économie à la recherche du profit immédiat, au prix de déplacements multiples à travers le monde (donc de consommation de carburant et de production de gaz à effet de serre), qui est en cause. C'est cette stratégie des grandes firmes qui pousse aux délocalisations, aux suppressions d'emplois chez nous, à la mise en concurrence des travailleurs des différents pays. C'est cette conception qui fonde l'actuelle construction européenne, celle où se déroule ce genre de "commerce", précisemment !    

 

 Faire toute la clarté

Dans le cas présent, juges et politiques doivent contribuer à faire toute la clarté sur cette « filière », comme le montre l’article ci-dessous de Bernard Broustet dans Sud-Ouest du 11-2-2013

Henri Moulinier


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"Lasagnes Findus : le soupçon pèse sur la filière, du Pays basque à la Roumanie

Suites judiciaires en perspective dans l'affaire des plats cuisinés au cheval, qui jette une lumière crue sur le fonctionnement du marché de la viande.

L'affaire des lasagnes ne cesse d'enfler. La présence de viande de cheval dans des produits surgelés censés ne contenir que du bœuf prend une dimension judiciaire et politique. La marque Findus, qui n'est peut-être pas la seule à écouler les produits incriminés, va porter plainte contre son fournisseur Comigel. Celui-ci, affirmant avoir été berné, va à son tour demander réparation à ceux qui lui ont vendu cette viande. Spanghero, filiale du groupe basque Lur Berri, et l'abattoir roumain dont Spanghero n'a pas, pour l'heure, dévoilé le nom, se retrouvent au cœur de la tourmente. Les tenants et les aboutissants de l'affaire peuvent se résumer ainsi. 

1. Bucarest - Castelnaudary 

Mise en cause, l'industrie roumaine se défend. « J'ai du mal à croire qu'un abattoir roumain ait pu livrer du cheval sous l'étiquette de bœuf », a ainsi déclaré à l'AFP le président de l'industrie agroalimentaire, Dragos Frumosu, évoquant les contrôles qui ont lieu dans les abattoirs de son pays. Et, d'après lui, l'importateur était obligé de vérifier la qualité de la viande lors de la réception, d'autant plus qu'il s'agissait d'une grosse quantité. 

Pour Barthélémy Aguerre, président de Spanghero, un tel travail n'est pas possible. « Le "minerai" [NDLR : la viande désossée] arrive dans des pains congelés de 10 kilos, tassés les uns contre les autres et regroupés en palettes de 800 kilos. Comme c'est du congelé, on ne peut pas vérifier sans ouvrir les emballages - et casser la chaîne du froid. » Dans ces conditions, Spanghero s'en tient, selon Barthélémy Aguerre, aux certificats accompagnant la viande, qui sont visés par les autorités douanières lors de l'entrée sur le territoire. Émis par l'abattoir, ces certificats apposés sur les emballages et sur des bordereaux d'accompagnement indiquent le lieu d'abattage et la nature de la viande (par exemple « jeune bovin »). D'après le président de Spanghero, l'entreprise ne peut faire autre chose que de s'y fier.

2. La viande, matière première 

Tel qu'évoqué par Barthélémy Aguerre, le processus d'échange de cette matière première pour lasagnes ou hachis parmentier évoque un peu celui du pétrole ou des céréales. « Spanghero, dit-il, se consacre surtout aux plats cuisinés, mais, comme nous avons d'importantes capacités frigorifiques, nous avons aussi une activité de négoce et de stockage. C'est pourquoi les transformateurs nous sollicitent. »

C'est dans ces conditions que Spanghero - ou plus exactement sa société cousine Poujol - a répondu à l'appel d'offres de Comigel, qui avait besoin de quantités apparemment importantes de minerai. Le prix proposé par Spanghero a permis à celui-ci de remporter tout ou partie du marché. La marchandise est arrivée de Roumanie au gré du planning des transporteurs. Et Spanghero l'a ensuite livrée à Comigel lorsque celui-ci en avait besoin.

Pour cette viande qui ne se situe pas dans le haut de la fourchette des goûts et des prix, pas question d'aller voir sur place élevages et abattoirs. L'affaire est passée par deux traders. Cette dernière profession joue un rôle énorme dans le grand marché de la viande, où les échanges internationaux sont considérables. Et, pour Lur Berri, les choses vont dans les deux sens. « Nous nous servons d'eux par exemple pour exporter de jeunes veaux vers la Grèce ou Chypre, dit Barthélémy Aguerre. Il y a des traders partout, et même au Pays basque. » 

3. Lur Berri sur le gril 

Comme beaucoup de coopératives, le groupe basque Lur Berri, qui compte de nombreux éleveurs parmi ses quelque 5 000 adhérents, a voulu se développer vers l'aval (abattage, transformation, etc.) pour peser plus lourd face aux distributeurs. Elle est le principal actionnaire du groupe Arcadie Sud - Ouest. Celui-ci, qui rassemble quatre autres coopératives, contrôle sept abattoirs, et il a racheté l'an dernier la société aveyronnaise Poujol, spécialisée dans le steak haché. 

En revanche, le rachat de Spanghero a été opéré non pas par Arcadie, mais par Lur Berri tout seul. À l'époque, apparemment, les actionnaires d'Arcadie n'étaient pas tous disposés à participer à cette opération. Lur Berri y est allé car, selon Barthélémy Aguerre, la société de Castelnaudary représentait un débouché pour la partie avant des carcasses (les morceaux les moins nobles et qui sont pour partie transformés en plats cuisinés). « Nous avons acheté la société en 2009 pour zéro, car la société était en mauvais état, souligne son actuel président, par ailleurs vice-président de Lur Berri. Nous l'avons restructurée, et elle est redevenue bénéficiaire en 2012. Mais, avec ce qui se passe aujourd'hui, je ne sais pas si elle le sera en 2013. » La question mérite en effet d'être posée".


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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 18:01

 

Séparer activités de crédit et spéculation, c’était l’ambition affichée par le candidat Hollande. Le projet de loi du gouvernement en est loin.

Mon véritable adversaire (...), c'est le monde de la finance ! 

«Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, et pourtant il gouverne (…), c’est le monde de la finance », avait lâché le candidat Hollande à son meeting du Bourget,en janvier 2012. Un candidat qui promettait alors de le « maîtriser » au travers d’une loi obligeant les banques « à séparer leurs activités de crédit par rapport aux opérations spéculatives ». Les contribuables ne seraient plus obligés de prendre dans leurs poches pour sauver des banques. 

Aujourd'hui, l’ambition n’est plus là.

Les banquiers français ont fait du lobbying pour faire avorter cette ambition. Le projet de loi gouvernemental est bien en dessous des réformes votées aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

*Seules certaines activités «dont on considère qu’elles ne sont pas utiles à l’économie», c’est-à-dire les activités dites pour compte propre, développées par les banques pour leur seul profit, seront cantonnées dans une filiale à part.

*Certaines pratiques spéculatives seront toutefois purement et simplement interdites, comme le trading haute fréquence (HFT), activité qui consiste à programmer des ordinateurs pour qu’ils tirent parti de minuscules écarts de prix entre places de cotation, ou encore les produits dérivés de matières premières agricoles.

*Mais l’essentiel des activités de marché sera bel et bien épargné par cette séparation. Cela ne changera que très peu de choses, puisque l’ensemble des activités interdites ou cantonnées ne représentent que 5 % de l’activité d’une banque comme la Société générale ou BNP Paribas.

Une autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR)

En revanche, la réforme renforce l’autorité du contrôle prudentiel (ACP), transformée en autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Celle-ci se verra officiellement confier « une fonction d’autorité de résolution ». Dans cet objectif, chaque banque déclarée par décret « systémique » devra présenter au superviseur un plan de résolution à mettre en œuvre en cas de crise, de défaillance, afin de protéger les contribuables.

  En cas de risque de faillite, l’ACPR pourra dès lors modifier l’organisation des établissements, nommer un administrateur provisoire, révoquer des dirigeants ou encore contraindre la banque à des cessions d’activité. Par ailleurs, l’Autorité des marchés financiers pourra désormais solliciter certains documents en amont d’une procédure de contrôle et mener des enquêtes à l’intérieur des établissements. Reste à voir comment ces nouveaux pouvoirs seront utilisés.

Pour les usagers des banques 

Pour éviter les abus, il est envisagé de plafonner les commissions d’intervention des banques pour les clients les plus fragiles, avec un maximum de 130 à 220 euros par mois.

Une procédure sera également mise en place afin d’éviter l’exclusion bancaire. En cas de refus d’ouverture d’un compte, la Banque de France pourra être saisie par la caisse d’allocations familiales ou le centre intercommunal d’action sociale.

Enfin, la loi entend éradiquer toutes différences tarifaires en assurances entre les femmes et les hommes. 

           Le dossier de presse du Ministère de l'Economie et des finances             

                            Projet de loi - économiques . gouv

.          www économiques . gouv . fr / fichiers / project - loi - reforme - bancaire . pdf

Comment le lobbying a agi.

*«7 h 48, le lendemain (du discours du Bourget), le téléphone de Karine Berger, économiste proche du candidat, identifiée comme partisane d’une ligne dure concernant la finance, se met à sonner. Au bout du fil, un représentant de la Fédération bancaire française (FBF), qui désire la rencontrer».

C’est ainsi que débute l’enquête publiée le 5 décembre dans l’Expansion. Tout au long de son investigation, le journaliste montre comment les banquiers ont pratiqué leur lobbying intense en infiltrant, notamment, les appareils politiques, Bercy, le Trésor, afin d'édulcorer le projet de loi bancaire.

« Chaque établissement dispose de “relais” plus ou moins officiels, 
qui ont généralement accompli un parcours au sein de l’appareil d’État – beaucoup sont inspecteurs des finances, souvent passés par la direction du Trésor. La plus belle prise est Xavier Musca, ex-directeur du Trésor et secrétaire général de l’Élysée, recruté l’été dernier par 
le Crédit agricole en tant que directeur général délégué », note le journaliste de L'Expansion..

*Sans compter ses plus proches collaborateurs tel Emmanuel  Macron, Secrétaire Général adjoint de son Cabinet et encore récemment haut dirigeant de la Banque Rothschild. Lire:

     Emmanuel Macron, petit génie de la banque Rotschild, numéro 2 de l'Elysée.

Une très grande déception 

* C'est l'avis de Dominique Plihon, Président du Conseil scientifique d'Attac. Pour lui, "cette réforme est un renoncement qui se traduit par un glissement sématique, où il ne s'agit plus de séparer les activités de crédit et de marché (Nb: spéculatif) mais celles qui sont définies utiles au financement de l'économie, des autres. Les autres seraient cantonnées dans une filiale mais qui reste dans le périmètre de la banque. Au final, il n'y aura que 5 % de leurs activités qui seront affectées par la loi. 

* Mais tout n'est pas à jeter. Les banques ne pourront plus avoir de participations dans les fonds spéculatifs (hedge funds) et le trading à haute fréquence ou encore les produits dérivés sur les matières premières agricoles seront interdites." 

Pour un pôle financier public 

Attac propose une nouvelle loi bancaire pour "introduire dans les organes de direction des actionnaires, les salariés, les usagers et les représentants de la société civile (...)", pour que les banques "prennent des décisions plus conformes à l'intérêt général". 

Mais il faut aussi changer les statuts de la Banque Centrale Européenne, pour qu'elle puisse jouer un autre rôle, d'orientation du crédit bancaire au service de l'économie réelle, mais aussi financer directement les Etats, pour qu'ils n'aient plus à emprunter aux "marchés financiers", les banques privées et les assurances pour l'eesentiel. 

C'est donc une action de dimension européenne qu'il faut aussi livrer, pour en finir avec cette Europe financière et la dictature des marchés.

C'est aussi ce que propose le Front de gauche

 *Voir le programme du Front de gauche "L'humain d"abord": 

                L'humain d'abord - Front de Gauche

                www.placeaupeuple2012.fr/.../humain_dabord.pdf -
    Voir en particulier le point 2.
           "Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers" (page 14)

 * Et le blog de Jean-Luc Mélenchon

           °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Christian Chevagneux 

Rédacteur en chef adjoint d'Alternatives économiques

Blog "Pour l'économie politique"

 

Le ministre des Finances a présenté ce matin 19 décembre son projet de réforme du système bancaire. Bad news : une séparation des activités spéculatives à minima, une fausse interdiction des produits toxiques et pas de sortie des banques des paradis fiscaux. Good news : un vrai renforcement du pouvoir des régulateurs et un ministre ouvert à des amendements parlementaires.

 

En attendant un long papier de 4 pages dans Alternatives Economiques de janvier qui sort en fin de semaine, voici quelques éléments pour décrypter le contenu du projet de loi de réforme bancaire présenté le 19 décembre par le ministre des Finances.

 

Le candidat François Hollande avait fait 3 promesses au Bourget : « Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit de leurs opérations spéculatives. Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux. Les produits financiers toxiques, c’est-à-dire sans lien avec les nécessités de l’économie réelle seront purement et simplement interdits ».

Paradis fiscaux : il faut attendre 

Sur la présence des banques françaises dans les paradis fiscaux, mauvaise nouvelle, le projet de loi n’a pas une seule ligne. Mais, bonne nouvelle, Pierre Moscovici a indiqué qu’il était prêt à étudier toute proposition parlementaire en ce sens lors du débat qui aura lieu en février prochain. Un de ses conseillers confirmait que le cabinet travaille à des mesures allant dans ce sens.

Des interdictions de produits toxiques qui n’en sont pas

Il y a bien deux activités interdites : les paris risqués liés à la spéculation sur les prix alimentaires et le trading haute fréquence. Dans le premier cas, les banques françaises ne sont tout simplement pratiquement pas présentes sur ce marché ! Dans l’autre, le texte de loi précise que l’interdiction porte sur le « négoce à haute fréquence taxable » c’est-à-dire selon un expert uniquement 20 % du trading haute fréquence ! Bref, des interdictions qui n’en sont pas. 

Une séparation à minima 

Le principe de la séparation est clair : les investisseurs savent très bien que le gouvernement ne laissera jamais tomber les grosses banques françaises, car elles jouent un rôle trop important dans l’économie. Cette garantie de sauvetage implicite permet aux banques d’emprunter à pas cher lorsqu’elles veulent spéculer. En séparant les activités risquées des autres, c’est-à-dire en leur imposant plus de contraintes en capital (ce qui rend les activités moins rentables) on espère que les banques en feront moins. De plus, les activités filialisées en pourront faire l’objet d’un sauvetage public. Les activités séparées deviennent donc moins rentables et plus dangereuses. 

Or, le projet de loi considère que les seules activités risquées sont celles qui concernent les prêts « non garantis » aux fonds spéculatifs et le trading pour compte propre, c’est-à-dire quand une banque prend des positions spéculatives avec son propre capital. Mais quand les banques prêtent aux fonds spéculatifs, elles demandent toujours des garanties ! Et la loi oublie les activités de teneur de marché (acheter des produits financiers pour un client) derrière lesquelles se cachent d’importantes prises de position spéculatives des banques… mais qui ne seront pas filialisées. 

Bref une filialisation à minima qui va laisser les banques françaises aussi grosses et risquées qu’avant. 

Des régulateurs renforcés

La bonne surprise du projet de loi, c’est le renforcement des pouvoirs du régulateur, l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP). Pour aller vite : elle va forcer chaque établissement à préparer un    « testament » afin d’expliciter aux yeux du régulateur l’enchevêtrement de toutes ses filiales, les risques que chacune prend, celles que la banque serait prête à vendre en cas de problème, etc. En cas de crise, l’ACP pourra remercier les dirigeants, vendre certains actifs de la banque, en nationaliser d’autres, etc. Si l’on en arrive là, l’ACP pourra également forcer les actionnaires à éponger les pertes, puis une partie des créanciers si nécessaire, et utiliser les 10 milliards du      « fonds de résolution » que devront financer les banques d’ici à 2020, avant de mettre le moindre euro d’argent public, pour sauver uniquement la partie de la banque jugée vitale au financement de l’économie. A minima donc pour l’argent public.

La question politique est alors la suivante : le gouverneur de la Banque de France, qui décidera in fine ce qu’il faut faire, osera-t-il utiliser ses pouvoirs ? 

Enfin, le gouvernement souhaite transformer l’actuel Conseil de régulation financière et du risque systémique, créé par le précédent gouvernement en 2010, en un Conseil de stabilité financière. Son rôle sera de définir la politique de contrôle des risques liés au secteur bancaire dans son ensemble – ce que les spécialistes appellent dans leur jargon la politique macroprudentielle – « dans le but de préserver la stabilité du système financier et d’assurer une contribution soutenable du secteur financier à la croissance économique ». Bref, une sorte de vigie censée surveiller les développements à grande échelle de notre secteur bancaire et financier, afin de prévenir la montée des risques et les possibilités de dérapages. Problème, en plus des régulateurs, le conseil a 3 personnalités qualifiées qui sont actuellement un administrateur de BNP Paribas, un conseiller de l’ancien président de BNP Paribas et une dirigeante de la Banque postale ! Il faudrait donc élargir le conseil pour y faire entrer des experts indépendants du milieu bancaire. Pierre Moscovici s’est dit ouvert sur le sujet.

En l’état, le projet de réforme bancaire comporte des avancées indéniables mais reste loin du      « changement en profondeur du secteur » promis par Pierre Moscovici, le ministre des Finances, le 19 décembre dernier.

Mais tout espoir n’est peut être pas perdu, si le débat parlementaire joue vraiment son rôle. Rendez-vous donc en février au Sénat et à l’Assemblée dont les rapporteurs Richard Yung et Karine Berger vont jouer un rôle clé.

 

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 14:34

 

Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? 

Le départ en exil fiscal d’Obélix-Gérard Depardieu suscite une légitime levée de boucliers. Mais la polémique entretenue par les déclarations du Premier ministre et du ministre du Travail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclaircissements attendus concernant l’affaire du compte suisse du ministre du budget, Jérôme Cahuzac, révélée par Médiapart ? En tout cas la polémique ne saurait dédouaner les autorités françaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fiscale. Attac propose cinq mesures clés qui permettraient à la France de rétablir sa crédibilité dans ce domaine. 

Les soupçons pèsent sur Jérôme Cahuzac

Après l’affaire Woerth-Bettencourt, les soupçons qui pèsent sur le ministre du Budget Jérôme Cahuzac concernant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nouveau la crédibilité de l’administration fiscale à son plus haut niveau.

L'urgence de réelles mesures contre les paradis fiscaux

Pour montrer sa réelle détermination dans ce domaine, la France doit sans délai : 

- établir une liste crédible des paradis fiscaux, en lien avec les associations spécialisées 

- exiger la communication de l'identité de tous les ressortissants français détenteurs de comptes dans les paradis fiscaux, à commencer par la Suisse : l'administration des États-Unis l'a imposé à UBS en 2010, démontrant qu'il suffit d'une volonté politique. 

- donner 12 mois aux banques opérant en France pour fermer leurs filiales dans ces territoires, sous menace de retrait de la licence bancaire. Selon l'étude de référence du CCFD-Terre Solidaire, les banques françaises ont 527 filiales dans les paradis fiscaux dont 360 pour la seule BNP Paribas ! 

- embaucher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fiscal pour renforcer les 5000 vérificateurs actuellement en poste: chacun d'entre eux rapporte 2,3 millions d'euros par an à l'Etat grâce aux redressements fiscaux opérés, soit 40 fois le montant de son traitement ! 

- s'engager fortement auprès des organisations internationales (OCDE, G20...) en faveur du "reporting par pays"[1] pour les multinationales, seul outil efficace pour lutter contre l'évasion fiscale qui permet à Total ou Google de ne payer quasiment aucun impôt sur les bénéfices. 

Attac France, 

Paris, le 17 décembre 2012

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[1] Le reporting par pays oblige les multinationales à rendre transparents le volume d’activité économique réelle, les profits et les impôts qu’elles payent dans chacun des pays où elles sont implantées. Il limite fortement les possibilités d’évasion fiscale. 

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Articles sur ce blog faisant référence à la problématique des paradis fiscaux

et de l'exode fiscale

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*Paradis fiscaux: la vraie liste!

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Société

Gérard Depardieu devient citoyen russe
Alors qu'il a entamé les démarches pour devenir Belge, Gérard Depardieu se voit offrir ce jeudi la citoyenneté russe par le président Vladimir Poutine. Tous les détails avec Planet.fr.

> Lire l'article

Après Gérard Depardieu, Jean-Michel Jarre souhaite lui aussi quitter la France.La décision du Conseil constitutionnel sur la taxe à 75% "ne change rien" pour DepardieuCe que l’affaire Depardieu nous a appris sur les absurdités du financement du cinéma français



 

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 22:08

Savez-vous où sont fabriqués les vêtements que nous achetions (car nous n'irons plus) à H&M, Intersport, GO sport, Cora, Auchan, Ikéa (tissus d'ameublement), C&A, Carrefour, Pimky, Casino ? (entre autres!)

Ils sont fabriqués au Bangladesh. Pour 30 euros par mois, des jeunes filles, certaines ayant 11 ans, travaillent toute la journée pour coudre pantalons, vestes et autres tissus. En période faste, quand les commandes urgentes s'accumulent, les ateliers sont bouclés à double tour pour les empêcher de rentrer chez elles. Lorsqu'un incendie se déclenche, ces pauvres filles restent prisonnières des flammes.

Le 24 novembre dernier, 112 de ces filles ont péri dans le brasier qui à réduit leur atelier en cendre.

La solution existe: le boycott ! 

Ne soyons plus complice de ces enseignes qui imposent des conditions de travail inacceptables à l'autre bout de la terre en notre nom !

N'allez plus dans ces magasins, expliquez aux gérants de ceux-ci pourquoi vous refusez leurs produits et faites circuler l'information.

Perdre sa vie pour 17 euros par mois.

Il y a six ans Daniel Mermet et Giv Anquetil étaient au Bangladesh pour raconter ce pays, arrière-cour des vêtements que l’on se met sur le dos, chantier à ciel ouvert qui démantèle nos bateaux. 

C’était en 2006 et en l’espace de quelques minutes, l’embrasement d’une chaudière enflammait dans son entier l’usine textile KTS, dans la province du Chittagong. Un millier d’employées travaillaient lors de l’incendie. Quatre-vingt ont été hospitalisées et près de cent ont portées disparues.

 110 ouvrières sont décédées, prises au piège

Ce week-end le scénario s’est reproduit dans l’usine Tazreen Fashion. Mais cette fois, au moins 110 ouvrières sont décédées prises au piège des flammes.

Perdre sa vie à la gagner. Pour le compte de Walmart, H&M ou encore C&A... Un slogan chez nous qui a déplacé 5 000 ouvriers du textile dans les rues de Dacca, la capitale du Bangladesh. 

Les 3,5 millions d’employés de ce secteur ne rêvent pas de l’impossible, ils demandent juste l’amélioration de leurs conditions de travail et des hausses salariales.

Hier mardi, plus éviter un autre embrasement, social celui-là, un comité d’urgence sur les salaires - constitué de fonctionnaires du gouvernement, d’industriels et de syndicalistes - a déclaré que le minimum salarial mensuel allait passer de 1 662 taka (23 dollars) à 3 000 taka (43 dollars) à partir du 1er décembre...  

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Autour du thème :

L’association Peuples solidaires lancent une pétition contre les conditions de travail des ouvrières du textile au Bangladesh :

http://www.peuples-solidaires.org/appel-urgent-354_bangladesh-gap/


 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 21:48

12 novembre 2012

« Le capitalisme entre dans sa phase sénile »

Samir AMIN

Extrait

« La pensée économique néoclassique est une malédiction pour le monde actuel. » Samir Amin, 81 ans, n’est pas tendre pour plusieurs de ses collègues économistes. Et encore moins pour la politique des gouvernements. « Economiser pour réduire la dette ? Des mensonges délibérés » ; « Régulation du secteur financier ? Des phrases creuses. » Il nous livre son analyse au scalpel de la crise économique. (revue Solidaire)

Oubliez Nouriel Roubini, alias Dr Doom, l’économiste américain devenu célèbre pour avoir prédit en 2005 le tsunami du système financier. Voici Samir Amin, qui avait déjà annoncé la crise au début des années 1970. « A l’époque, des économistes comme Frank, Arrighi, Wallerstein, Magdoff, Sweezy et moi-même avions dit que la nouvelle grande crise avait commencé. La grande. Pas une petite avec des oscillations comme il y en avait eu des masses auparavant, rappelle Samir Amin, professeur honoraire, directeur du Forum du Tiers Monde à Dakar et auteur de très nombreux livres traduits dans le monde entier. On nous a pris pour des fous. Ou pour des communistes qui prenaient leur désir pour des réalités. Tout allait bien, madame la marquise… Mais la grande crise a bien commencé à cette époque, et sa première phase a duré de 1972-73 à 1980. »

Parlons d’abord de la crise des cinq dernières années. Ou plutôt des crises : celle des subprimes, celle des crédits, des dettes, de la finance, de l’euro… Qu’en est-il maintenant ?

Samir Amin. Quand tout a explosé en 2007 avec les crise des subprimes, tout le monde est resté aveugle. Les Européens pensaient : « Cette crise vient des Etats-Unis, nous allons l’absorber rapidement ». Mais, si la crise n’était pas venue de là, elle aurait débuté ailleurs. Le naufrage de ce système était écrit, et dès les années 1970. Les conditions objectives d’une crise de système existaient partout. Les crises sont inhérentes au capitalisme, qui les produit de manière récurrente, à chaque fois plus profonde. Il ne faut pas appréhender chaque crise séparément, mais de manière globale.

Prenez la crise financière. Si on se limite à celle-ci, on ne trouvera que des causes purement financières, comme la dérégulation des marchés. En outre, les banques et institutions financières semblent être les bénéficiaires majeurs de cette expansion de capital, ce qui rend plus facile de les pointer comme uniques responsables. Mais il faut rappeler que ce ne sont pas seulement les géants financiers, mais aussi les multinationales en général qui ont bénéficié de l’expansion des marchés monétaires. 40 % de leurs profits proviennent de leurs opérations financières.

Quelles ont été les raisons objectives au déclenchement de la crise ?

Samir Amin. Les conditions objectives existaient partout. C’est la domination de « oligopoles ou monopoles généralisés » qui a mis l’économie dans une crise d’accumulation, qui est à la fois une crise de sous-consommation et une crise de la profitabilité. Seuls les secteurs des monopoles dominants ont pu rétablir leur taux de profit élevé, mais en détruisant la profitabilité et la rentabilité des investissements productifs, des investissements dans l’économie réelle.

« Le capitalisme des oligopoles ou monopoles généralisés » est le nom que vous donnez à ce qui est, selon vous, une nouvelle phase de développement du capitalisme. En quoi ces monopoles sont-ils différents de ceux d’il y a un siècle ?

Samir Amin. La nouveauté est dans le terme « généralisé ». Depuis le début du 20e siècle, il y a eu des acteurs dominants dans le secteur financier et le secteur industriel comme la sidérurgie, la chimie, l’automobile, etc.. Mais ces monopoles étaient des grandes îles dans un océan de PME réellement indépendantes. Or, depuis une trentaine d’années, nous assistons à une centralisation du capital sans commune mesure. Le magazine Fortune mentionne aujourd’hui 500 oligopoles dont les décisions contrôlent toute l’économie mondiale, dominant en amont et en aval tous les secteurs dont ils ne sont pas directement propriétaires.

Prenons l’agriculture. Autrefois, un paysan avait le choix entre plusieurs entreprises pour ses activités. Aujourd’hui, une PME agricole est confrontée en amont au bloc financier de banques et à d’énormes monopoles de production des engrais, des pesticides et des OGM dont Monsanto est l’exemple le plus frappant. Et, en aval, il est face aux chaînes de distribution et grandes surfaces. Par ce double contrôle, son autonomie et ses revenus se réduisent toujours plus.

Est-ce pour cela que vous préférez parler aujourd’hui d’un système basé sur « la maximalisation d’une rente monopolistique » plutôt que de la « maximalisation du profit » ?

Samir Amin. Oui. Le contrôle assure à ces monopoles une rente prélevée sur le bénéfice total du capital obtenu par l’exploitation de travail. Cette rente devient impérialiste dans la mesure où ces monopoles opèrent dans le Sud. La maximalisation de cette rente concentre les revenus et les fortunes dans les mains d’une petite élite au détriment des salaires, mais aussi des bénéfices du capital non monopolistique. L’inégalité grandissante devient absurde. A la limite, c’est comparable à un milliardaire qui possèderait le monde entier et laisserait tout le monde dans la misère.

Les libéraux avancent qu’il faut « agrandir le gâteau » en réinvestissant les bénéfices. C’est seulement après que l’on peut opérer le partage.

Samir Amin. Mais on n’investit pas dans la production, puisqu’il n’y a plus de demande. La rente est investie dans la fuite en avant sur les marchés financiers. L’expansion depuis un quart de siècle des investissements sur les marchés financiers est du jamais vu dans l’histoire. Le volume des transactions sur ces marchés est de plus de 2 500 000 milliards de dollars, alors que le PIB mondial est de 70 000 milliards de dollars.

Les monopoles préfèrent ces investissements financiers à ceux dans l’économie réelle. C’est la « financiarisation » du système économique. Ce type d’investissement est la seule issue pour la poursuite de ce « capitalisme des monopoles généralisés ». Dans ce sens, la spéculation n’est pas un vice du système, mais une exigence logique de celui-ci.

C’est sur les marchés financiers que les oligopoles – pas seulement les banques – font leurs profits et se concurrencent entre elles pour ces profits. La soumission de la gestion des firmes à la valeur des actions de la Bourse, la substitution du système de retraites par capitalisation au système par répartition, l’adaptation des changes flexibles et l’abandon de la détermination du taux d’intérêt par les banques centrales en laissant cette responsabilité aux « marchés » doivent tous être compris dans cette financiarisation.

Cette dérégulation des marchés financiers est dans la ligne de mire depuis quelques années. Les dirigeants politiques parlent de « moralisation des opérations financières » et d’ « en finir avec la capitalisme-casino ». La régulation serait donc une solution à la crise ?

Samir Amin. Tout ça, c’est du blabla, des phrases creuses pour tromper l’opinion publique. Ce système est condamné à poursuivre sa course folle à la rentabilité financière. La régulation aggraverait encore davantage la crise. Où irait alors le surplus financier ? Nulle part ! Il entraînera une dévaluation massive du capital qui se traduirait entre autres par une krach boursier.

Les oligopoles ou monopoles (les « marchés ») et leurs serviteurs politiques n’ont donc pour autre projet que de restaurer le même système financier. Il n’est pas exclu que le capital sache restaurer le système d’avant l’automne 2008. Mais cela nécessitera des sommes gigantesques des banques centrales pour éliminer tous les crédits toxiques et pour rétablir la profitabilité et l’expansion financière. Et la facture devra être acceptée par les travailleurs en général, et les peuples du Sud en particulier. Ce sont les monopoles qui ont l’initiative. Et leurs stratégies ont toujours donné les résultats recherchés, c’est-à-dire les plans d’austérité.

Justement, ces plans d’austérité se succèdent, soi-disant pour réduire les dettes des États. Or on sait que cela aggrave la crise. Les dirigeants politiques sont-ils des imbéciles ?

Samir Amin. Mais non ! C’est sur l’objectif qu’il y a mensonge. Lorsque les gouvernements prétendent vouloir la réduction de la dette, ils mentent délibérément. L’objectif n’est pas la réduction de la dette mais que les intérêts de la dette continuent à être payés, et de préférence à des taux encore plus élevés. La stratégie des monopoles financiarisés, au contraire, a besoin de la croissance de la dette – le capital y gagne, ce sont des placements intéressants.

Entre-temps, les austérités aggravent la crise, il y a clairement contradiction. Comme le disait Marx, la recherche du profit maximal détruit les bases qui le permettent. Le système implose sous nos yeux mais il est condamné à poursuivre sa course folle.

Après la crise des années 1930, l’Etat a tout de même pu surmonter partiellement cette contradiction, et une politique keynésienne de relance a été menée.

Samir Amin. Oui, mais quand cette politique keynésienne a-t-elle été introduite ? Au début, la riposte à la crise de 1929 a été exactement la même qu’aujourd’hui : des politiques d’austérité, avec leur spirale descendante. L’économiste Keynes disait que c’était absurde et qu’il fallait faire le contraire. Mais ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale qu’on l’a écouté. Pas parce que la bourgeoisie était convaincue par ses idées, mais parce que cela lui a été imposé par la classe ouvrière. Avec la victoire de l’Armée rouge sur le nazisme et la sympathie pour les résistants communistes, la peur du communisme était bien présente.

Aujourd’hui, quelques-uns – ils ne sont pas très nombreux – des économistes bourgeois intelligents peuvent dire des mesures d’austérité qu’elles sont absurdes. Et alors ? Tant que le capital n’est pas contraint par ses adversaires à mettre de l’eau dans son vin, cela continuera.

Quel est le lien entre la crise surgie voici quelques années et celle des années 1970 ?

Samir Amin. Au début des années 1970, la croissance économique a subi une chute. En quelques années, les taux de croissance sont tombés à la moitié de ce qu’ils avaient été lors des trente glorieuses : en Europe, de 5 à 2,5 %, aux États-Unis, de 4 à 2 %. Cette chute brutale était accompagnée d’une chute de même ampleur des investissements dans le secteur productif.

Dans les années 1980, Thatcher et Reagan ont réagi par des privatisations, la libéralisation des marchés financiers et une très dure politique d’austérité. Cela n’a pas fait remonter les taux de croissance, mais les a maintenus à un très bas niveau. Par ailleurs, le but des libéraux n’a jamais été le rétablissement de la croissance, quoi qu’ils en disent. Le but était surtout de redistribuer les revenus vers le capital. Mission accomplie. Et maintenant, quand on passe en Belgique de -0,1 % à + 0,1 % de croissance, certains jubilent : « La crise est terminée ! » C’est grotesque.

 (...)

      La suite et fin de l'article sur:

     http://www.legrandsoir.info/le-capitalisme-entre-dans-sa-phase-senile.html

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 17:28

Économistes à gages et médias complaisants

par Renaud Lambert, le 22 octobre 2012

Nous publions ci-dessous de larges extraits de la conférence tenue par Renaud Lambert le 7 juillet 2012 dans le cadre de la Rencontre des déconnomistes : des économistes hétérodoxes (dont nous avions publié une réponse aux économistes orthodoxes). La conférence, dans sa version intégrale, est disponible en vidéo sur le site des Rencontres déconnomiques d’Aix-en-Provence , sous le titre « Conflits d’intérêts, la responsabilité des médias ». (Acrimed: www.acrimed.org)


"Le 14 avril 2012, Dominique Rousset, la productrice de l’émission « L’économie en questions » sur France Culture, eut une idée : demander aux économistes qu’elle invitait qui ils étaient… Une question qui surprenait moins par sa logique, de bon sens après tout, que par le moment où elle était formulée. Le 14 avril 2012, cela faisait en effet sept ans que Dominique Rousset présentait son émission.

Fallait-il en déduire que lors du lancement du programme, en 2005, la journaliste s’était contentée d’ouvrir les portes de son studio et d’y accueillir les premiers venus, sans leur demander d’autre information que leurs noms et prénoms ? Devait-on imaginer qu’à raison d’une quarantaine d’émission de 49 minutes par an, elle avait passé plus de 220 heures avec des personnes dont elle ne savait rien ? Ou fallait-il conclure que, pour la première fois, Dominique Rousset envisageait la possibilité que ses auditeurs puissent être curieux – eux aussi – de connaître la nature des activités professionnelles des experts qu’elle invitait pour prêcher la bonne parole ? La politique du « micro ouvert » n’étant pas vraiment celle de France Culture, il me semble que cette dernière interprétation n’est peut-être pas la moins probable...

Comment expliquer un tel revirement chez la productrice ?

Je crois que la polémique – brève, il faut le souligner – déclenchée par une série de reportages de François Ruffin pour « Là-bas si j’y suis » ainsi que par la publication, presque concomitante, d’un livre de Laurent Mauduit et d’un article dans les colonnes du Monde diplomatique sur la question des conflits d’intérêts dans le domaine de l’économie y est peut-être pour quelque chose. Ne boudons pas notre plaisir : même toutes relatives, les « victoires » de ce type sont suffisamment rares pour qu’on prenne le temps de les savourer. Mais il convient également ne pas s’en faire une idée erronée.

Je me propose donc de reprendre ici l’exposé de la problématique des conflits d’intérêts dans le domaine de l’économie afin de mesurer, avec vous, les limites de la « prise de conscience » médiatique à laquelle nous avons récemment assisté.

Conflits d’intérêts

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un conflit d’intérêt ? Les choses deviennent très claires lorsqu’on prend l’exemple du secteur médical : accepterait-on par exemple qu’un médecin nous prescrive, pour une maladie donnée, un médicament fabriqué par l’entreprise qui le rémunère ou l’invite en vacances ? Probablement pas. Et l’on aurait raison : dans son livre Inside job, qui vient de paraître et qui fait suite à son documentaire du même nom, Charles Ferguson observe que « les médecins qui détiennent des parts dans les centres d’imagerie médicale ont quatre fois et demie plus de chances de recommander les examens qu’on y pratique à leurs patients ».

Dans le domaine de l’économie, poser la question des conflits d’intérêts, c’est se demander si un expert peut, « en toute indépendance », prôner la modération dans la régulation financière quand il occupe simultanément un poste de conseilleur d’une société financière ? C’est se demander si un économiste doit vraiment présenter ses analyses « techniques » du rôle des banques dans la société lorsqu’il en dirige une ? C’est s’interroger sur l’opportunité pour un observateur rémunéré par une banque exposée à la dette grecque, d’éditorialiser sur la crise grecque ?

Ces trois cas de figure semblent exagérés ? Ils sont tous trois tirés de la réalité.

Le premier correspond assez bien à Jean-Hervé Lorenzi. La plupart d’entre vous le savent j’imagine : ce monsieur, généralement présenté comme « professeur d’économie » ou « président du Cercle des économistes », siège aux conseils d’administration de PagesJaunes, d’Associés en finance, de l’Association française des opérateurs mobiles (Afom), de BNP Paribas-Assurance. Il est également censeur d’Euler-Hermes, membre des conseils de surveillance de la Compagnie financière Saint-Honoré, de BVA, du Groupe Ginger et conseiller du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque. Soutien déclaré de François Hollande, il invitait récemment les Français à « renoncer aux illusions sur l’État protecteur », à « faire enfin le pari audacieux en faveur du marché » et, surtout, à éviter de « porter des jugements trop hâtifs » sur l’industrie bancaire [1]. Mais ses lecteurs auraient-il eu autant envie de suivre ses conseils si, au lieu de se présenter comme un « expert » technique, il avait décliné son identité de « banquier » ? Peut-être pas. Banquier, c’est pourtant comme cela que lui-même se définissait dans une publication du groupe Rothschild, loin des tours d’ivoire universitaires : « Je suis ce qu’on appelle un senior banker, expliquait-il alors. J’essaie, d’une manière générale, de développer les affaires correspondant aux différentes activités de la Compagnie financière Edmond de Rothschild » [2].

Le deuxième cas de figure que j’évoquais tout à l’heure (celui d’un expert qui présenterait une analyse « technique » du rôle des banques dans la société alors qu’il en dirige une) épouse le profil d’Olivier Pastré. Dans Le Monde du 1er février 2012, l’économiste tempêtait contre les projets de sortie de la monnaie unique européenne et se fixait pour mission d’« expliquer aux Français les plus fragiles et les plus soumis à la désinformation quels sont les risques d’un abandon de l’euro » [3]. Le quotidien du soir présentait l’auteur comme « professeur d’économie à l’université Paris-VIII ». Or, Pastré préside aussi la banque tunisienne ImBank et siège aux conseils d’administration de la banque CMP, de l’Association des directeurs de banque, ainsi qu’à l’Institut Europlace de finance. Étonnante coïncidence, Pastré s’alarmait, à la fin de son article, que dans l’hypothèse d’une sortie de l’euro les banques subiraient une « baisse de leur rentabilité »…

Le troisième cas de figure (celui d’un économiste qui prétendrait évoquer la dette grecque lorsque l’institution qui le rémunère est directement concernée par ce dossier) est directement tiré de la situation de Daniel Cohen. Universitaire chevronné, qualifié de « meilleur économiste de France » par Alain Minc – ceux qui ont vu le documentaire « Les Nouveaux Chiens de garde » s’en souviennent peut-être –, il est également senior advisor pour la banque Lazard, chargée de conseiller le gouvernement grec sur la restructuration de sa dette. Cela ne l’a pourtant pas empêché, par ailleurs membre du conseil de surveillance du Monde, de prendre la plume dans… Le Monde, pour suggérer que la Grèce ne devait surtout pas imiter l’Argentine qui, en 2001, avait fait défaut sur sa dette.

Des prestations bien rémunérées

Outre les conflits d’intérêts qui pourraient, par exemple, conduire un économiste à biaiser certains de ses résultats, ces doubles casquettes s’avèrent fort rémunératrices. Les jetons de présence aux conseils d’administration de grandes sociétés ? Environ 35 000 euros par mandat, en moyenne, pour les sociétés du CAC 40 et la moitié pour les autres sociétés cotées, selon les chiffres de l’Institut français des administrateurs. Les conférences privées ? Lorenzi les facture 6 600 euros ; Larry Summers plus de 130 000 dollars, quand il parle chez Goldman Sachs. Mais il y a également les commissions, les rapports rémunérés, etc.

Alors que le recrutement des économistes se fait déjà majoritairement au sein des classes moyennes supérieures, de telles rémunérations propulsent les experts en vue dans les médias – c’est à dire les plus influents – au cœur des classes les plus aisées. Et il est rare, au sein de ces couches de la société, que les nouveaux venus trahissent les intérêts de ceux qui les accueillent sous les lambris de leurs salons tamisés.

Autre interrogation : comment de tels experts – que leurs diverses fonctions ont rendu « médiatiques » – trouvent-ils encore le temps de travailler ? D’une matinale sur France Inter à une émission de plateau à la télévision, des éditoriaux dans Le Monde aux entretiens dans Libération, comment ces gens font-ils pour faire de la recherche, pour aboutir aux analyses supposément « scientifiques » qu’ils nous présentent à longueur de journée ?

Enfin, comme le souligne l’économiste hétérodoxe américain George DeMartino : « Les économistes savent mieux que d’autres que rien n’est gratuit, que tout bénéfice implique un coût. Et le coût, ici, c’est la perte d’indépendance. » Pour ne pas parler de corruption… Mais la question dépasse les accointances des experts les plus désinvoltes avec les questions d’éthique.

[Après avoir résumé un petit exercice d’imagination proposé par Ferguson qui permet de comprendre comment l’orthodoxie se reproduit parmi les étudiants et futurs économistes, Renaud Lambert poursuit.]

Toutefois, et c’est ce qui nous réunit ici, depuis quelques temps, les choses donnent le sentiment de bouger ou, pour mieux dire, de frémir.

Frémissements

Il me semble tour d’abord important de souligner que ce phénomène est d’abord intervenu loin des médias dominants : dans un article de blog de Jean Gadrey, en 2009, dans le documentaire de Charles Ferguson, Inside Job, en 2008, mais également à partir d’une lettre ouverte des professeurs Gerald Epstein et Jessica Carrick-Hagenbarth qui, tirant la sonnette d’alarme, appelait l’Association américaine d’économie à réagir. Elle fut signée par plus de trois cents économistes, dont George Akerlof, lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, et Christina Romer, ancienne conseillère du président Obama.

Douze mois plus tard, ils étaient entendus. Et depuis le début de l’année 2012, les articles publiés dans les revues scientifiques membres de l’Association américaine d’économie – à la tête de certaines des plus prestigieuses revues de la discipline – sont en effet invités à dévoiler les éventuels conflits impliquant les auteurs. Les économistes devront identifier et mentionner « les “parties intéressées” [4] leur ayant versé une rémunération financière importante, c’est-à-dire d’un montant total supérieur ou égal à 10 000 dollars [environ 7 600 euros], au cours des trois dernières années » (communiqué du 5 janvier 2012). La mesure s’applique également aux sommes perçues par les « proches ». Et la brise de contestation traversa l’Atlantique, suscitant quelques réactions…

Négatives d’abord. Nous en eûmes d’ailleurs un résumé particulièrement condensé dans une tribune de Jean Matouk publiée hier par Le Monde : « Les économistes d’aujourd’hui […] seraient incompétents parce qu’ils n’auraient pas prévu la crise, et se tromperaient régulièrement dans leurs prévisions. Critique injuste ! » [5]. Pourquoi ? Parce que « les mécanismes économiques sont plus complexes encore, plus multifactoriels, que les mécanismes climatiques et météorologiques. » En d’autres termes, les doutes que l’on pourrait formuler sur l’étonnant phénomène qui veut que les erreurs des économistes de banque se fassent toujours au bénéfice des banques, reviendraient à nier la complexité du monde.

Pourtant, nulle référence à la complexité des choses, à la nature multifactorielle de mécanismes ultra-sophistiqués quand, le 28 août 2008 – c’est-à-dire, deux semaines avant le krach ! – l’économiste de la banque Natixis, Patrick Artus déclarait : « L’affaire des subprime est dans le rétroviseur ! » Pas davantage lorsqu’Alain Minc, banquier d’affaires et conseiller de Nicolas Sarkozy, s’enthousiasmait en janvier 2008 de « l’incroyable plasticité du système » et estimait que « L’économie mondiale [était] plutôt bien gérée » (8 janvier) [6]. La crise n’en est qu’à ses prémisses, mais non : dans ce cas précis, les choses étaient relativement simples. Mais les termes du théorème de la complexité sont finalement assez simples : les choses sont simples lorsque les économistes libéraux nous demandent de soutenir les banques ou de nous serrer la ceinture et… plus épineuses lorsque la crise les fragilise.

La tribune de Jean Matouk se poursuit en ces termes : « Je ne suis pas d’accord, explique-t-il, avec la mise en doute des opinions macroéconomiques de mes collègues Patrick Artus, Élie et Daniel Cohen, Jean-Hervé Lorenzi ou Olivier Pastré et quelques autres, qui ne seraient médiatisés que pour défendre le système capitaliste. Le fait qu’ils participent à des conseils d’administration, comme aux dîners du Siècle enrichissent leurs analyses et enseignements, leur permettant de connaître bien le système de l’intérieur. »

L’argument est bien connu. Il avait déjà été avancé, la semaine dernière, dans le supplément économie du Monde, où Gilles Dufrénot expliquait : « Aucun économiste ne peut prétendre comprendre sérieusement les sociétés et expliquer leur fonctionnement en se tenant loin du monde des entreprises, des banques, des institutions gouvernementales et syndicales, des ONG, des marchés » [7].

Bien qu’efficace – puisqu’elle transforme le soupçon de cupidité en abnégation scientifique –, la logique n’en demeure pas moins acrobatique. Car selon ce raisonnement, pour être un bon architecte, il vous faudrait devenir Martin Bouygues et pour être un bon inspecteur du travail, pas d’autre choix que d’épouser les priorités de Laurence Parisot… On notera par ailleurs que l’intérêt des économistes médiatiques pour le « terrain » les conduit plus souvent à siéger dans les conseils d’administration de grandes entreprises qu’à devenir délégués confédéraux à la CGT.

Mais toutes les réactions n’ont pas été de ce type aussi négatives que celles-ci.

Le 28 mars 2012, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) décidait – en citant la polémique autour des économistes à gages – d’adopter une nouvelle charte déontologique. L’organisation exigera désormais de ses collaborateurs qu’ils révèlent leurs conflits d’intérêts. Peu après, l’École d’économie de Toulouse en faisait autant, celle de Paris créait un « groupe de travail », cependant que les deux associations françaises d’économistes, l’Association française de science économique (AFSE) et l’Association française d’économie politique (AFEP) annonçaient se mettre activement au travail pour élaborer des chartes du même type.

Réactions médiatiques

Et même les médias réagirent. Il y eut notamment l’émission de France Culture « L’économie en question » que je citais en ouverture, dédiée à la question des conflits d’intérêts, qui fut l’occasion de modifier certaines pratiques : pendant quelques semaines, en effet, le co-producteur de l’émission Olivier Pastré fut présenté à l’antenne comme universitaire ET banquier. Pendant quelques semaines seulement, semble-t-il...

Le Monde, de son côté, consacra trois pages entières au « Procès d’une profession chahutée par la crise ». Un dossier quelques peu timoré, présentant nos amis du Cercle des économistes comme garants de « la pluralité des approches » dans le domaine de l’économie, mais un dossier où la journaliste Claire Gatinois consacrait deux encadrés à la question de la transparence…

Or, le travail de Claire Gatinois me semble justement illustrer les limites des appels à la transparence. Dans l’édition du 14 février du Monde Claire Gatinois publiait, dans la rubrique « International », une analyse de la crise grecque. Elle y citait divers économistes, tous directement liés au monde de la finance. Or, pas de conflit d’intérêts ici : les fonctions étaient clairement identifiées. Christopher Probyn ? « Chef économiste chez State Street, groupe financier basé à Boston » (cité trois fois). Natacha Valla ? « Économiste chez Goldman Sachs » (citée trois fois). Jésus Castillo ? « Économiste chez Natixis ». Sans compter « les experts d’UBS ». Sans doute estimait-t-elle que les « économistes de banque » étaient les mieux placés pour analyser une crise comme celle qui secoue le Grèce.

À l’époque de mon enquête, j’ai décroché mon téléphone pour interroger Claire Gatinois. Je lui demandais : peut-on imaginer un économiste de Goldman Sachs affirmant que la crise grecque découle avant tout d’une dette illégitime qu’il ne faudrait pas payer ? « Non, admettait Gatinois, cela me semble assez peu vraisemblable. » « Pour cet article, m’expliqua-t-elle, j’ai pensé qu’il était intéressant d’interroger des économistes de banque, plutôt libéraux, pour montrer qu’eux aussi s’inquiètent de la situation grecque. » Il s’agissait en somme de présenter, une fois n’est pas coutume, le point de vue libéral.

Or, ce genre de réflexe professionnel semble davantage assaillir la grande presse que l’idée d’interroger, par exemple, des représentants syndicaux – lesquels sont au moins aussi informés des mécanismes et des conséquences du drame social en cours que les économistes libéraux. Au mois d’octobre 2011, par exemple, Gatinois a donné la parole à quarante économistes, groupes d’économistes ou assimilables. Vingt-neuf travaillaient directement pour des banques ou des institutions financières. Trois s’exprimaient au nom de syndicats [8].

Gatinois serait-elle une exception ? Les choses auraient-elles changé depuis la « polémique » autour des économistes à gages ? Pas vraiment…

Le 5 avril 2012, le quotidien du soir publiait un article interrogeant la nécessité d’un contrôle de la rémunération des grands patrons. Les experts cités (sans que soient dissimulées leurs accointances avec le secteur privé) ? Jean-Philippe Desmartin, analyste chez Oddo, Bénédicte Hautefort, associée chez Euro RSCG, Caroline de La Marnierre, présidente de Capital.com et Olivier de Guerre, président de Phitrust.

20 juin 2012. Le Monde publie un article de Denis Cosnard sur Arnaud Montebourg et son ministère du Redressement productif. Les experts cités : David Cousquer, Patrick Artus, de la banque Natixis, Michel Martinez, économiste à la Société générale et Denis Ferrand, de Coe-Rexecode. Si l’on excepte David Cousquer, de l’observatoire des investissements Trendeo (qui n’est pas non plus un observatoire public ou syndical...), ce sont autant d’analystes financiers qu’un éditorial du quotidien présentait pourtant comme des « animaux versatiles », « trop anxieux pour être sagace[s], trop pressé[s] pour être lucide[s] » [9].

On pourrait multiplier les organes de presse, et obtenir, à chaque fois, des listes semblables (dont il faut préciser qu’elles sont… exhaustives, les experts cités étant les seuls cités). Entre le 1er septembre 2008 et le 31 décembre 2011, Le Monde a cité Artus – responsable de la recherche pour la banque Natixis – dans cent quarante-sept articles (il a également signé quatre tribunes). Plus souvent que Jacques Attali (cent trente-deux articles) et qu’Alain Minc (cent dix-huit). Et beaucoup plus que Jean Gadrey (cinq articles sur les questions économiques) et Frédéric Lordon (quatre).

Quel est le problème auquel nous faisons véritablement face ?

Le 3 juillet, on apprenait que l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF) « préconise que lors d’un débat, entretien, contribution ou interview dans la presse écrite, audiovisuelle ou Internet, soit mentionnée la fonction universitaire qui légitime la présence ou le commentaire d’un économiste expert, mais aussi leur éventuelle autre activité, pour peu qu’elle soit en lien avec le sujet traité ». Elle expliquait par ailleurs « espérer que tous les organes d’information se rallieront et feront respecter dans leurs rédactions cette exigence de transparence au nom de l’indispensable responsabilité démocratique de tous ».

Apparemment, il ne leur a pas semblé que « la responsabilité démocratique » des journalistes aurait pu les conduire à exiger des médias libérés de la mainmise de groupes directement intéressés par la mondialisation libérale ; des médias qui recrutent des journalistes pour lesquels il ne serait pas nécessairement évident que les économistes de banques sont les seuls interlocuteurs légitimes ; des médias qui n’hésitent pas, de temps en temps, à bousculer les intérêts des puissants plutôt que de se donner pour mission d’en pérenniser la domination…

Dans le supplément du Monde consacré aux conflits d’intérêts en économie, Claire Gatinois concluait son article en déplorant que « sous les gouvernements Reagan ou Thatcher », c’est-à-dire au début des années 1980, ceux qui défendaient « Keynes, la régulation et la place de l’État […] étaient inaudibles et absents des médias, déconsidérés ou inconnus des journalistes » [10]. Peut-être que, déjà, les journalistes ressemblaient à Claire Gatinois ? À la fin de notre entretien téléphonique, celle-ci tranchait : « Je reconnais en effet que je ne présente pas tous les points de vue ». Conclusion : on peut être transparent, profiter de la dénonciation des conflits d’intérêts pour se donner des airs d’Albert Londres tout en défendant la pensée unique libérale…

À bien y réfléchir, la vente du Monde a un milliardaire, un banquier et un mécène nostalgique du mitterrandisme ne finira-t-elle pas par nous sembler aussi caricaturale que les conflits d’intérêts grotesques de MM. Lorenzi et Pastré ?

Notes 

[1] Jean-Hervé Lorenzi, Olivier Pastré (dir.), Droite contre gauche ? Les grands dossiers qui feront l’élection présidentielle, Paris, Fayard, 2012. 

[2] Investisseurs (magazine d’entreprise de la compagnie Rothschild), n° 4, décembre 2011, p. 16-17.

[3] Olivier Pastré, « La sortie de l’euro, un suicide », Le Monde, 1er février 2012.

[4] Les « parties intéressées » sont définies comme « tout individu, groupe ou organisation concerné, financièrement, idéologiquement ou politiquement par le contenu de l’article ». 

[5] Lire « Économistes incompétents, vendus ou dans l’impasse ? » . 

[6] Cité par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat dans le documentaire Les Nouveaux Chiens de garde, JEM Productions, 2012.

[7] Lire « On peut être un économiste engagé, voire médiatique, sans être un imposteur » . 

[8] Comptages effectués par Thomas Vescovi.

[9] Lire « Apple, une star boursière encore sous-évaluée ? » .

[10] Claire Gatinois, « Depuis le 5 janvier, les économistes américains doivent déclarer leurs conflits d’intérêts », Le Monde, 3 avril 2012.

 

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 07:17

 

L'ancien directeur de la lutte antidrogue à l'O.N.U., Antonio Maria Costa, a lâché une véritable bombe le 2 juillet 2012.  Merci Pierre Crépeau pour cette information intéressante et qui interroge sur les liens entre cartels, mafias et milieux financiers qui ont pignon (...pognon) sur rue !

H Moulinier

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Déjà mobilisé depuis plusieurs mois contre le blanchiment massif des narcodollars servant à renflouer les banques américaines et européennes, l’ancien directeur de la lutte antidrogue à l’ONU Antonio Maria Costa a lâché une véritable bombe lors d’un discours à Londres le 2 juillet 2012.

Intervenant dans une conférence du principal think-tank de l’Empire financier britannique, le Royal Institute of International Affairs (ou « Chatham House »), il s’en est pris à la campagne pour la légalisation de la drogue menée par ces intérêts financiers en la comparant à la Guerre de l’Opium menée par l’Empire britannique au XIXe siècle.

Légaliser la drogue: le crime disparaîtra ?

 "Il est nécessaire de réorganiser la politique antidrogue pour enrayer la criminalité, mais on ne peut le faire sur la base d’arguments simplistes du genre : légalisons la drogue et le crime disparaîtra.

Combattre la criminalité par la légalisation causerait une expansion épidémique de l’usage de drogue ; je peux prouver cela sur la base d’une évidence historique, même si cela va en choquer plus d’un dans cette salle. La pression pour légaliser vient de divers endroits: de personnes bien intentionnées mais inconscientes, et ceux-là je les respecte, et d’autres dangereusement spéculatifs. Ce sont ces derniers que je redoute : en particulier la coalition de banquiers, d’investisseurs, de compagnies pharmaceutiques et consorts, qui dans l’attente de la légalisation dépensent des sommes énormes pour développer des marques de drogue, comme ont pu le faire les industriels du tabac. Il serait néfaste pour la société que le réexamen de la politique sur les drogues mène à l’avènement des narco-capitalistes en lieu et place des narco-mafias, avec une privatisation des profits et une socialisation des coûts sanitaires.

 Comme je l’ai dit précédemment, une évidence historique prouve que la légalisation causerait une expansion épidémique de l’usage de drogue, et je l’ai dit, même si cela va choquer certaines personnes dans cette salle.

L'avidité des investisseurs peut être aussi nuisible que les balles des mafias

En effet, l’Histoire a montré que l’avidité des investisseurs peut être aussi nuisible que les balles des mafias. Voyez comment la Compagnie britannique des Indes orientales a, pendant plus d’un siècle, fait d’énormes profits en empoisonnant les Chinois avec l’opium. C’est le premier et unique exemple historique d’une légalisation, il ne doit pas être répété. Imposée par les pays occidentaux, et en particulier la Grande-Bretagne, la légalisation a été une telle tragédie pour la Chine que ce qui arrive aujourd’hui au Mexique et au Guatemala – et je rends hommage au travail des autorités mexicaines – semble même éclipsé : si 60 000 personnes sont mortes à cause du trafic de drogue en Amérique centrale, plus de 20 millions de Chinois ont succombé à l’empoisonnement causé par l’opium qu’ils furent forcés de consommer".

Des mesures progressistes pour lutter contre a consommation de drogue

 Après avoir présenté une politique progressiste pour lutter contre la consommation, il a ensuite évoqué les mesures pour stopper le recyclage financier de l’argent de la drogue :

 "Parlons des mesures contre le blanchiment de l’argent sale : voyez comment après la crise financière la banque new-yorkaise Wachovia a été prise la main dans le sac en train de recycler 480 milliards de dollars provenant du trafic mexicain – oui, je dis bien 480 milliards, pas millions. Malgré les preuves accumulées, il n’y a eu aucune inculpation ni arrestation. Pour enrayer le pouvoir économique des cartels, les pays doivent remonter la piste de l’argent.

* Ensuite, nous devons forcer les établissements financiers à débarrasser leurs bilans de tout ’actif sanglant’. Lors de la crise de liquidité comme par la suite, de trop nombreuses banques ont accueilli et continuent d’accueillir l’argent de la drogue. Les confiscations d’actifs, mentionnées par M. l’Ambassadeur du Mexique avant moi, devraient être drastiques, mais elles ne le sont pas.

 * Enfin, et ce sont des mesures à très long terme, il faut promouvoir la croissance économique et la création d’emploi, particulièrement là où les jeunes gens pauvres sont attirés par le trafic de drogue".

Un sujet très sensible ...

 Notons que sa dénonciation du scandale Wachovia est un sujet très sensible puisque c’est la présidence Obama, le ministre de la Justice Eric Holder et son assistant Lanny Breuer qui ont arrangé l’arrêt des poursuites. Hors ce sont les mêmes qui font barrage à l’enquête dans l’affaire Fast and Furious où des agents fédéraux missionnés par l’administration Obama ont fourni des armes aux cartels mexicains. Etant donné que l’administration Obama est également à l’oeuvre pour empêcher l’enquête pour blanchiment envers la Hong Kong and Shanghai Bank (HSBC) – qui est ironiquement la banque britannique créée en 1865 pour recycler l’argent de l’opium en Chine –, il pourrait sembler que la présidence américaine est tenue par ces réseaux de banque qui ont financé l’accession au pouvoir d’Obama en 2008.

Quid pour 2012 ?

 

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 07:57

Discours de Naomi Klein à l'Occupation de Wall Street

categoryglobal | contre-sommets | valideauthor vendredi 14 octobre 2011 - 03:05author par Naomi KleinNotifier cet article/commentaire aux moderateur-ice-s

 

« Le mouvement Occupons Wall Street est actuellement la chose la plus importante au monde »

Je vous aime.

Occupied Wall Street Journal
Occupied Wall Street Journal

Naomi Klein, journaliste canadienne et auteur de La Stratégie du choc, était invitée à s’exprimer par le mouvement Occupy Wall Street, à New York. Selon elle, ce mouvement va durer, car le combat contre le système économique « injuste et hors de contrôle » prendra des années. Objectif : renverser la situation en montrant que les ressources financières existent, qui permettraient de construire une autre société.

J’ai été honorée d’être invitée à parler [le 29 septembre] devant les manifestants d’Occupons Wall Street. La sonorisation ayant été (honteusement) interdite, tout ce que je disais devait être répété par des centaines de personnes, pour que tous entendent (un système de « microphone humain »). Ce que j’ai dit sur la place de la Liberté a donc été très court. Voici la version longue de ce discours [publiée initialement en anglais dans Occupy Wall Street Journal].

« Le mouvement Occupons Wall Street est actuellement la chose la plus importante au monde »

Je vous aime.

Et je ne dis pas cela pour que des centaines d’entre vous me répondent en criant « je vous aime ». Même si c’est évidemment un des avantages de ce système de « microphone humain ». Dites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous redisent, encore plus fort.

Hier, un des orateurs du rassemblement syndical a déclaré : « Nous nous sommes trouvés. » Ce sentiment saisit bien la beauté de ce qui se crée ici. Un espace largement ouvert – et une idée si grande qu’elle ne peut être contenue dans aucun endroit – pour tous ceux qui veulent un monde meilleur. Nous en sommes tellement reconnaissants.

S’il y a une chose que je sais, c’est que les 1 % [les plus riches] aiment les crises. Quand les gens sont paniqués et désespérés, que personne ne semble savoir ce qu’il faut faire, c’est le moment idéal pour eux pour faire passer leur liste de vœux, avec leurs politiques pro-entreprises : privatiser l’éducation et la Sécurité sociale, mettre en pièces les services publics, se débarrasser des dernières mesures contraignantes pour les entreprises. Au cœur de la crise, c’est ce qui se passe partout dans le monde.

Et une seule chose peut bloquer cette stratégie. Une grande chose heureusement : les 99 %. Ces 99 % qui descendent dans les rues, de Madison à Madrid, en disant : « Non, nous ne paierons pas pour votre crise. »

Ce slogan est né en Italie en 2008. Il a ricoché en Grèce, en France, en Irlande, pour finalement faire son chemin jusqu’à l’endroit même où la crise a commencé.

« Pourquoi protestent-ils ? » demandent à la télévision les experts déroutés. Pendant ce temps, le reste du monde demande : « Pourquoi avez-vous mis autant de temps ? », « On se demandait quand vous alliez vous manifester ». Et la plupart disent : « Bienvenus ! »

Beaucoup de gens ont établi un parallèle entre Occupy Wall Street et les manifestations            « antimondialisation » qui avaient attiré l’attention à Seattle en 1999. C’était la dernière fois qu’un mouvement mondial, dirigé par des jeunes, décentralisé, menait une action visant directement le pouvoir des entreprises. Et je suis fière d’avoir participé à ce que nous appelions alors « le mouvement des mouvements ».

Mais il y a aussi de grandes différences

 Nous avions notamment choisi pour cibles des sommets internationaux : l’Organisation mondiale du commerce, le FMI, le G8. Ces sommets sont par nature éphémères, ils ne durent qu’une semaine. Ce qui nous rendait nous aussi éphémères. On apparaissait, on faisait la une des journaux, et puis on disparaissait. Et dans la frénésie d’hyperpatriotisme et de militarisme qui a suivi l’attaque du 11 Septembre, il a été facile de nous balayer complètement, au moins en Amérique du Nord.

Occupy Wall Street, au contraire, s’est choisi une cible fixe. Vous n’avez fixé aucune date limite à votre présence ici. Cela est sage. C’est seulement en restant sur place que des racines peuvent pousser. C’est crucial. C’est un fait de l’ère de l’information : beaucoup trop de mouvements apparaissent comme de belles fleurs et meurent rapidement. Parce qu’ils n’ont pas de racines. Et qu’ils n’ont pas de plan à long terme sur comment se maintenir. Quand les tempêtes arrivent, ils sont emportés.

Être un mouvement horizontal et profondément démocratique est formidable. Et ces principes sont compatibles avec le dur labeur de construction de structures et d’institutions suffisamment robustes pour traverser les tempêtes à venir. Je crois vraiment que c’est ce qui va se passer ici.

Autre chose que ce mouvement fait bien : vous vous êtes engagés à être non-violents. Vous avez refusé de donner aux médias ces images de fenêtres cassées ou de batailles de rue qu’ils attendent si désespérément. Et cette prodigieuse discipline de votre côté implique que c’est la brutalité scandaleuse et injustifiée de la police que l’histoire retiendra. Une brutalité que nous n’avons pas constatée la nuit dernière seulement. Pendant ce temps, le soutien au mouvement grandit de plus en plus. Plus de sagesse.

Mais la principale différence, c’est qu’en 1999 nous prenions le capitalisme au sommet d’un boom économique frénétique. Le chômage était bas, les portefeuilles d’actions enflaient. Les médias étaient fascinés par l’argent facile. À l’époque, on parlait de start-up, pas de fermetures d’entreprises.

Nous avons montré que la dérégulation derrière ce délire a eu un coût. Elle a été préjudiciable aux normes du travail. Elle a été préjudiciable aux normes environnementales. Les entreprises devenaient plus puissantes que les gouvernements, ce qui a été dommageable pour nos démocraties. Mais, pour être honnête avec vous, pendant ces temps de prospérité, attaquer un système économique fondé sur la cupidité a été difficile à faire admettre, au moins dans les pays riches.

Dix ans plus tard, il semble qu’il n’y ait plus de pays riches. Juste un tas de gens riches. Des gens qui se sont enrichis en pillant les biens publics et en épuisant les ressources naturelles dans le monde.

Le fait est qu’aujourd’hui chacun peut voir que le système est profondément injuste et hors de contrôle. La cupidité effrénée a saccagé l’économie mondiale. Et elle saccage aussi la Terre. Nous pillons nos océans, polluons notre eau avec la fracturation hydraulique et le forage en eaux profondes, nous nous tournons vers les sources d’énergie les plus sales de la planète, comme les sables bitumineux en Alberta. Et l’atmosphère ne peut absorber la quantité de carbone que nous émettons, créant un dangereux réchauffement. La nouvelle norme, ce sont les catastrophes en série. Économiques et écologiques.

Tels sont les faits sur le terrain. Ils sont si flagrants, si évidents, qu’il est beaucoup plus facile qu’en 1999 de toucher les gens, et de construire un mouvement rapidement.

Nous savons tous, ou du moins nous sentons, que le monde est à l’envers : nous agissons comme s’il n’y avait pas de limites à ce qui, en réalité, n’est pas renouvelable – les combustibles fossiles et l’espace atmosphérique pour absorber leurs émissions. Et nous agissons comme s’il y avait des limites strictes et inflexibles à ce qui, en réalité, est abondant – les ressources financières pour construire la société dont nous avons besoin.

La tâche de notre époque est de renverser cette situation et de contester cette pénurie artificielle. D’insister sur le fait que nous pouvons nous permettre de construire une société décente et ouverte, tout en respectant les limites réelles de la Terre.

Le changement climatique signifie que nous devons le faire avant une date butoir. Cette fois, notre mouvement ne peut se laisser distraire, diviser, épuiser ou emporter par les événements. Cette fois, nous devons réussir. Et je ne parle pas de réguler les banques et d’augmenter les taxes pour les riches, même si c’est important.

Je parle de changer les valeurs sous-jacentes qui régissent notre société. Il est difficile de résumer cela en une seule revendication, compréhensible par les médias. Et il est difficile également de déterminer comment le faire. Mais le fait que ce soit difficile ne le rend pas moins urgent.

C’est ce qui se passe sur cette place, il me semble. Dans la façon dont vous vous nourrissez ou vous réchauffez les uns les autres, partageant librement les informations et fournissant des soins de santé, des cours de méditation et des formations à « l’empowerment ». La pancarte que je préfère ici, c’est : « Je me soucie de vous. » Dans une culture qui forme les gens à éviter le regard de l’autre et à dire : « Laissez-les mourir », c’est une déclaration profondément radicale.

Quelques réflexions finales. Dans cette grande lutte, voici quelques choses qui ne comptent pas :

Comment nous nous habillons,
Que nous serrions nos poings ou faisions des signes de paix,
Que l’on puisse faire tenir nos rêves d’un monde meilleur dans une phrase-choc pour les médias.

Et voici quelques petites choses qui comptent vraiment :
Notre courage,
Notre sens moral,
Comment nous nous traitons les uns les autres.

Nous avons mené un combat contre les forces économiques et politiques les plus puissantes de la planète. C’est effrayant. Et tandis que ce mouvement grandit sans cesse, cela deviendra plus effrayant encore. Soyez toujours conscients qu’il y a aura la tentation de se tourner vers des cibles plus petites – comme, disons, la personne assise à côté de vous pendant ce rassemblement. Après tout, c’est une bataille qui est plus facile à gagner.

Ne cédons pas à la tentation. Je ne dis pas de ne pas vous faire mutuellement des reproches. Mais cette fois, traitons-nous les uns les autres comme si on prévoyait de travailler ensemble, côte à côte dans les batailles, pour de nombreuses années à venir. Parce que la tâche qui nous attend n’en demandera pas moins.

Considérons ce beau mouvement comme s’il était la chose la plus importante au monde. Parce qu’il l’est. Vraiment.

Naomi Klein, le 6 octobre 2011

Discours publié dans Occupied Wall Street Journal. A lire : le blog de Naomi Klein (en anglais).

Traduction : Agnès Rousseaux / Basta !

http://www.bastamag.net/article1812.html

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  • henri Moulinier
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.

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