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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 10:46

Un article documenté, prècis, qui mérite lecture à l'heure où le Président des Etats-Unis a serré la main du Président de Cuba, lors des obséques de Mandela. Que 2014 soit, enfin, l'année de la levée de l'embargo américain contre Cuba.  H.M.

mardi 10 décembre 2013
par  Posté par RG

« Nous sommes venus ici avec un grand sentiment de culpabilité à l’égard du peuple cubain. Quel autre pays que Cuba peut s’enorgueillir d’un palmarès d’altruisme aussi impressionnant dans ses relations avec l’Afrique ? Combien de pays dans le monde bénéficient du travail des professionnels cubains de la santé ? Quel pays s’est déjà vu refuser l’aide de Cuba ? Combien de pays menacés par l’impérialisme ou en lutte pour leur libération nationale ont pu compter sur le soutien de Cuba ? En prison, j’ai entendu parler pour la première fois de l’immense appui des volontaires cubains au peuple angolais, si extraordinaire que l’on pouvait douter de sa véracité ! ... »

"Si on veut avoir un exemple d’un homme absolument intègre, cet homme, cet exemple est Mandela. Si on veut avoir un exemple d’un homme inébranlablement ferme, vaillant, héroïque, serein, intelligent, capable, cet exemple et cet homme est Mandela". Fidel Castro 26/07/1991

L’homme qui a libéré l’Afrique du Sud de l’apartheid nous a quittés. Son importance pour l’Afrique du Sud n’est pas surestimée. Mais connaissez-vous le rôle crucial joué par Cuba pour mettre fin à l’apartheid et pour la libération de Mandela ? Cela est peu connu, pourtant Cuba a joué un rôle déterminant dans l’abolition de l’apartheid.

Depuis les années soixante-dix jusqu’aux années quatre-vingt-dix, la minuscule Cuba s’est révélée être un contrepoids essentiel à la superpuissance étasunienne. « Sans l’internationalisme, la révolution cubaine n’existerait pas », a dit Fidel Castro dans un de ses nombreux discours. C’est une vérité.

Pendant la Guerre Froide, Cuba n’a pas hésité à entreprendre des missions militaires dangereuses pour aider à lutter contre l’impérialisme des Etats-Unis. À la demande de pays frères, des expéditions internationales se sont déroulées au Vietnam, en Syrie, en Algérie, au Ghana, au Congo (Brazzaville), au Zaïre, en Guinée équatoriale, au Zimbabwe, en Ethiopie, en Somalie, en Erythrée, au Yémen du Sud, en Tanzanie, en Angola, en Namibie et en Guinée-Bissau. De plus existait un soutien aux différents mouvements de guérilla en Amérique latine.

Cuba engageait ces missions sans en tirer le moindre profit. La plupart d’entre elles furent même entreprises contre la volonté de l’Union soviétique, son protecteur et principal partenaire commercial. La plus importante fut sans nul doute la mission en Angola. Et c’est celle-là qui nous ramène à Mandela et la fin de l’apartheid. L’histoire commence avec l’indépendance de l’Angola en 1975.

Au mois d’octobre de cette année-là, un mois avant la proclamation de l’indépendance, des troupes sud-africaines envahissent le pays, visant à chasser le MPLA (le mouvement de libération d’obédience marxiste qui arrache l’indépendance), puisqu’un régime marxiste en Angola risquait de mettre en péril leur contrôle de la Namibie.

Sans appui, il est douteux que le MPLA tienne bon et que l’Afrique du Sud parvienne à contrôler l’Angola. L’Union soviétique est très réservée. C’est la raison pour laquelle le mouvement de libération d’Angola MPLA se tourne vers Cuba pour demander une aide militaire. Cuba envoie 36.000 troupes et parvient à stopper l’avancée de l’Afrique du Sud.

En mars 1976, l’armée de l’apartheid se retire. L’affaire n’est pas encore totalement réglée. En 1977, une rébellion éclate au sein du MPLA. Nito Alves, un ami fidèle de Moscou, organise un coup contre le dirigeant Agostinho Neto qui ne peut être déjouée que grâce aux troupes cubaines qui mènent la lutte aux côtés des combattants loyaux du MPLA.

Dans les années quatre-vingt, Cuba entre de nouveau en action. L’Afrique du Sud s’aperçoit que l’Union soviétique est affaiblie, et elle prépare une offensive au sud de l’Angola. En novembre 1987, avec l’armée rebelle UNITA, soutenue par la CIA, elle passe à l’assaut. A la demande du gouvernement angolais, Cuba envoie immédiatement 50.000 soldats. Après quelques semaines de combats intensifs, l’armée sud-africaine est battue à Cuito-Cuanavale.

L’armée de l’apartheid se retire d’abord de l’Angola puis de la Namibie. Cette déroute ne représente pas seulement une défaite militaire mais également un coup au moral. Finalement, elle provoque l’abolition de l’apartheid et contribue en même temps à la libération du Zimbabwe. Au total, sur les différentes missions, 400.000 Cubains auront combattu en Angola, dont plus de 2000 auront perdu la vie.

Après sa libération, Mandela, témoin privilégié, évalue l’action cubaine de la façon suivante : "Nous sommes venus ici avec un grand sentiment de culpabilité à l’égard du peuple cubain. Quel autre pays que Cuba peut s’enorgueillir d’un palmarès d’altruisme aussi impressionnant dans ses relations avec l’Afrique ? Combien de pays dans le monde bénéficient du travail des professionnels cubains de la santé ? Quel pays s’est déjà vu refuser l’aide de Cuba ?

Combien de pays menacés par l’impérialisme ou en lutte pour leur libération nationale ont pu compter sur le soutien de Cuba ? En prison, j’ai entendu parler pour la première fois de l’immense appui des volontaires cubains au peuple angolais, si extraordinaire que l’on pouvait douter de sa véracité ! .... En Afrique, nous sommes habitués à être les victimes de pays voulant s’emparer des richesses de notre territoire et saper notre souveraineté.

Dans l’histoire de l’Afrique, jamais aucun autre peuple n’avait pris les armes pour nous défendre ..... La défaite de l’armée raciste infligée à Cuito Cuanavale a été une victoire pour toute l’Afrique ! ... Sans la défaite de Cuito Cuanavale, l’interdiction de notre mouvement n’aurait jamais été levée ! La défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale a permis que je sois ici aujourd’hui ! Cuito Cuanavale a marqué un tournant dans la lutte de libération du continent et dans la lutte contre le fléau de l’apartheid dans notre pays !

La défaite décisive de Cuito Cuanavale a modifié les rapports de force dans la région et considérablement réduit la capacité du régime de Pretoria à déstabiliser les pays voisins. » Cuito Cuanavale a marqué un tournant dans la lutte de libération du continent et dans la lutte contre le fléau de l’apartheid dans notre pays ! Cuba fut le premier pays visité par Mandela après sa libération.

A la fin de la Guerre Froide, Cuba n’a plus envoyé de soldats mais des professeurs et surtout des médecins. Actuellement, 30.000 médecins opèrent dans plus de 90 pays et 50.000 médecins venus de 82 pays suivent une formation gratuite à Cuba. (En Belgique, avec une population de la même taille, travaillent au total 47.000 médecins.) Ces cinq dernières années, Cuba a guéri 2 millions d’aveugles. Ce n’est pas pour rien qu’Ignacio Ramonet, ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique, appelle Cuba une superpuissance médicale.

Source : Demuynck K. & Vandepitte M., De factor Fidel, Antwerpen 2008.


http://www.michelcollon.info/Mandel...
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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 09:33

 

 

L’ambassadeur de France à Cuba, Jean Mendelson, en poste depuis novembre 2010 avait accordé un entretien à « L’Amateur de cigare » dans son numéro juillet/août 2012, « Spécial Cuba ». Son entretien est intitulé « Le promeneur du dimanche ». Il se trouve que nous en avons pris, hélas, connaissance avec retard, alerté par un aficionado. Nous en publions l’essentiel, après les accords nécessaires. Malgré les mois qui ont passé, cet entretien garde tout son sens et sa valeur.

 

L’Ambassadeur de France à Cuba depuis novembre 2010, Jean Mendelson « fréquente » les havanes depuis longtemps. Sa passion remonte à 1968 à l’occasion de son premier voyage à Cuba. Aujourd’hui, « je fume, quand je peux, un cigare par jour- jamais au bureau bien sûr ». Ses préférés ? « le Fundadores de Trinidad et le Churchill de Romeo y Julieta. Quand je n’ai que peu de temps, je choisis un Sport Largos de Romeo ou un Demi-Tasse d’El Rey del Mundo”.

Dans l’entretien qu’il a accordé à Camille Sifer pour « L’Amateur de cigare »dont le directeur de publication est Jean-Yves Martinez, Jean Mendelson répond bien évidemment à diverses questions sur Cuba, personnelles et professionnelles. Ce diplomate de haut rang fournit des réponses claires et directes. 

 

L'Amateur de Cigare : Vous êtes heureux ici, Monsieur l'Ambassadeur ?

 

Jean Mendelson : Très ! Je l'étais déjà quand j'étais directeur des Archives aux Affaires étrangères mais, puisqu'il fallait partir, je désirais que ce soit à Cuba.

 

L'ADC : Ce n'est pourtant pas une ambassade stratégique.

 

J. M.: L'intérêt d'un poste ne se mesure pas seulement à cela. Il y a aujourd'hui cinq cents Français à Cuba, ce n'est certes pas beaucoup, mais les relations commerciales avec la France sont nombreuses. En matière de tourisme notamment : Paris est le principal hub aérien pour Cuba, le plus important en nombre d'avions. Il y a aussi un flux constant d'échanges cultu­rels entre Paris et La Havane et les réceptions à l'am­bassade se multiplient !

 

(…) L'ADC : Connaissiez-vous Cuba avant votre arrivée ? -

 J. M.: Je connais Cuba depuis 1968. J'y étais allé cette année-là pour participer à la plantation du café à Artemisa. C'était un Cuba romantique et j'avais vingt ans...

 

L'ADC : Un Cuba romantique ? - J. M.: Oui, c'était l'époque où, de Sartre à Vargas Llosa, tout le monde (ou presque...) s'enthousiasmait pour la révolution cubaine. Et moi aussi.

 

L'ADC : Et quarante-cinq ans après ?

 

J. M.: C'est comme quand on retrouve une fille dont on a été amoureux : ce n'est pas tout à fait la même et pas tout à fait une autre... Mais j'étais déjà retourné plusieurs fois à Cuba, en mission pour le Quai d'Orsay. La dernière fois, c'était en 1991, au tout début de la « Période spéciale ». L'Union soviétique s'effondrait et le pays était en pleine déroute économique.

 

L'ADC : Quels changements notez-vous aujourd'hui ? [« aujourd’hui » : l’été 2012]

 

J. M.: Le plus évident concerne la consommation, notablement plus facile et abondante aujourd'hui qu'alors, même si cela reste une préoccupation constante pour la population. On voit moins de tension dans les rues qu'à l'époque de la Période spéciale où les gens peinaient à se nourrir. Je trouve aussi que les Cubains parlent plus libre­ment. Ce n'était pas le cas en 91, ni en 68. Ils râlent ouvertement dans les taxis collec­tifs, dans les bus...

 

L'ADC : Vous nous dites que la liberté d'expression est respectée à Cuba ?

 

J. M.: Ce n'est pas précisément ce que je dis : je parle plus exactement de la liberté de rouspéter sans crainte. À Cuba, cette question est principalement celle de l'expression collective : le système du parti unique fait que toute manifestation collective est organisée, contrôlée. Mais pourquoi faudrait-il s'in­terdire de constater que le pays a connu une évolution considérable par rapport aux périodes que je viens d'évoquer, par exemple dans les domaines de la liberté de conscience, de la religion ou de la création culturelle ou artistique ? Nombre de créateurs ne ménagent pas leurs critiques envers le régime et ils ne sont pas empêchés de travailler. L'art cubain d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec l'art militant de jadis.

 

L'ADC : Comment percevez-vous ces changements ?

 

J. M.: C'est une discipline quotidienne d'ouvrir grands ses yeux et ses oreilles, d'essayer de ne pas se laisser abuser par ce qu'on voit et ce qu'on entend dans la bulle diplomatique.

 

Par exemple, le dimanche, j'assiste souvent à une messe, en changeant de paroisse, car c'est une occasion de parler à d'autres Cubains que ceux que je fréquente à l'ambassade, à des gens qui ne sont ni des officiels ni des membres du parti. Puis je saute dans un bus un peu au hasard, parfois jusqu'au terminus, et je rentre à pied — il m'arrive de marcher pendant plusieurs heures. Je m'arrête dans un café, je regarde les enfants jouer, j'écoute et je regarde ce qui m'entoure. Cela ne me garantit pas évidemment contre le risque d'une erreur d'analyse, mais j'espère que cela diminue un peu ce risque.

 

L'ADC: Quel est votre plan d'action en tant qu'ambassadeur ?

 

J. M.: J'ai été chargé, dès mon arrivée, de reprendre la coopération entre la France et Cuba, suspendue depuis 2003, et mon premier acte a été la signature d'un accord en ce sens. À partir de là, il faut faire vivre les échanges franco-cubains dans tous les domaines : politiques, économiques, culturels, et surtout humains. C'est ainsi qu'a été formalisée, voici quelques semaines, l'existence de l'Alliance française, qui subsistait sans avoir de statut officiel. On raconte une anecdote à ce sujet, sans doute embellie mais pas invraisemblable...

 

C'était en 1959, lors de la première séance de recibo diplomático du gouvernement révolutionnaire. Le gouvernement et les diplo­mates étrangers sont réunis dans la salle du protocole.

 

« Où est l'ambassadeur de France ? demande en français un des nouveaux dirigeants en uniforme. Savez-vous combien votre langue m'a manqué, et combien Baudelaire m'a aidé à tenir pendant ces trois ans de guérilla ? Je me présente, comandante Guevara. »

 

Mon prédécesseur lui aurait alors appris que l'Alliance française venait d'être fermée. « Quelle bêtise ! Manana se abre [Demain elle ouvre] », aurait répondu le Che. Et, en effet, l'ordre fut exécuté le lendemain. Aujourd'hui, plus de cinquante ans plus tard, l'exis­tence de l'Alliance française est donc enfin formalisée ! C'est d'ail­leurs la seule institution de cette nature qui existe à Cuba.

 

(…) L'ADC: Un souvenir lié à un cigare pour conclure ? - J. M.: En 1983, pour fêter le centenaire de l'Alliance française, Fidel Castro avait fait fabriquer des Cohiba Lanceros spéciaux. J'accompagnais un ministre à cette occasion et j'ai eu droit à une belle boîte. Les cigares étaient fameux, je les ai tous fumés, sauf un que j'ai emporté au Chili où j'étais premier secrétaire. Le pays était alors sous la dictature de Pinochet qui imposait encore, parfois, un couvre-feu. Si nous invitions des amis à dîner, la fête durait nécessairement toute la nuit. Un soir, un de nos invités en manque de cigarettes a fumé cet ultime cigare. Quand je m'en suis rendu compte, j'étais furieux. Le coupable était un médecin chilien qui, quelques années plus tard, à l'occasion d'un congrès médical à Cuba, a été reçu par Fidel Castro. Il lui a raconté cette histoire. Et, peu après, j'ai reçu une deuxième boîte de Lanceros...

 

L'ADC : Vous les avez fumés ?- J. M.: Je les ai fumés sans remords, car le charme était rompu : il n'y avait plus la bague faisant mention de l'anniversaire de l'Alliance française... (mp)

 

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Le monde a voté massivement contre blocus à Cuba i

mardi 29 octobre 2013
par  Posté par RG

L’Assemblée Générale des Nations Unies a rejeté aujourd’hui, pour la vingt deuxième occasion consécutive, le blocus de Washington à Cuba.

Avec 188 voix pour, deux contre (États-Unis et Israël) et trois abstentions, a été approuvé la résolution présentée par l’île : « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis contre Cuba ".

M. Bruno Rodriguez Parrilla, Ministre des affaires étrangères de Cuba. Il a rappelé les objectifs du blocus imposé à Cuba, exprimé en 1960 par l’ancien Secrétaire d’État adjoint, M. Lester Dewitt Mallory selon lequel, il fallait « le désenchantement et la désaffection basés sur l’insatisfaction et les difficultés économiques…il faut mettre en pratique au plus vite tous les moyens possibles pour affaiblir la vie économique de Cuba….en refusant à Cuba de l’argent et des livraisons afin de réduire les salaires nominaux et réels, de provoquer la faim, le désespoir et le renversement du Gouvernement

 

Cuba : LE MONDE CONDAMNE UNE INJUSTICE

 

Nations Unies – La communauté internationale a ratifié ce mardi lors de l’Assemblée Générale de l’ONU l’isolement des Etats-Unis dans son application du blocus économique, commercial et financier contre Cuba.

Ce forum, qui réunit les 193 pays membres des Nations Unies a approuvé une nouvelle résolution sur la nécessité de mettre fin au siège de Washington, un document soutenu par 188 pays, avec le vote contre des Etats-Unis et d’Israël et l’abstention de la Micronésie, de Palau et des Iles Marshall.

Avant le vote du projet de résolution, la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC) et les pays du Marché Commun du Sud (MERCOSUR) ont dénoncé le fait que le blocus ne respecte pas les principes de la Charte des Nations Unies et du Droit International.

PL informe qu’au nom de la CELAC, le Chili a appelé les pays membres à ajuster ses actions nationales et internationales aux droits, aux obligations et aux principes consacrés dans ce document.

Le Venezuela, qui parlait au nom des nations membres du MERCOSUR, a considéré que le blocus viole aussi le principe d’égalité entre les Etats et la non-ingérence dans les sujets internes.

A son tour, Delano Bart, représentant permanent de San Cristobal et Nieves devant les Nations Unies, a considéré au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) que le coût social, économique et humanitaire du siège étasunien est devenu de plus en plus important.

Le représentant permanent assistant de Chine devant l’ONU, Wang Min, a exhorté les Etats-Unis à mettre fin aussi vite que possible au blocus et a dénoncé le fait que cette mesure affecte aussi les interactions économiques, commerciales et financières normales entre Cuba et d’autres pays, parce qu’il sape les intérêts et la souveraineté de pays tiers, rapporte Xinhua.

Le vice-représentant permanent de Russie devant les Nations Unies, Dimitri Maximichev, a déclaré que cette politique de Washington est une réminiscence de la Guerre Froide.

Pour sa part, le représentant algérien, Mourad Benmehidi, a rappelé que son pays a toujours condamné l’imposition de lois extra-territoriales et d’autres formes de coercition économique et commerciale.

Le blocus de Cuba ne sert aucun but juste, c’est une anomalie anachronique injustifiée, a déclaré à son tour le représentant de l’Organisation pour la Coopération Islamique, Roble Olhaye et il a souligné que cette sanction unilatérale des Etats-Unis contribue à empêcher les aspirations de développement du peuple cubain.

Mohammed Adeeb, membre du Parlement indien et de la délégation de son pays devant l’ONU a exigé l’arrêt immédiat de cette politique hostile qu’il considère comme une mesure extra-territoriale et contraire à l’opinion mondiale. Il a précisé qu’elle affecte cuba du point de vue économique et lui refuse l’accès à des technologies nécessaires pour le développement.

 

Cuba dément les justifications des Etats-Unis.

Le chancelier cubain, Bruno Rodriguez , a exercé le droit de réponse après la conclusion de l’explication du vote des pays et a réfuté les critères présentés par Ronald Godard, conseiller principal de la zone pour les Sujets de l’Hémisphère Occidental des Etats-Unis, qui a attribué la posture de son pays à l’intérêt supposé de « soutenir les Cubains dans leurs aspirations ».

Monsieur Godard ment quand il dit que les Etats-Unis promeuvent les droits de l’homme sur l’île parce que le blocus est une violation massive, flagrante et systématique de ces droits et un acte qu’on qualifie de génocide, a affirmé Rodriguez Parrilla cité par PL.

Il a rejeté, de plus, des arguments brandis par Godard sur une soi-disant assistance humanitaire et un accès à internet. A ce sujet, il a dénoncé le fait que les éléments présentés devant l’Assemblée Générale se réfèrent en réalité à des ressources destinées par Washington à la déstabilisation, à la subversion et à la politique de changement de régime à Cuba. Rodriguez Parrilla a appelé instamment les Etats-Unis à laisser tomber le double critère et le mensonge.

(source « Granma » 30 octobre 2013)   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 08:37

 

 

 

Ce soir [13 septembre 2013] je suis en colère, et je l’'assume. Comme l’'a écrit le philosophe, écrivain, et poète, George Bataille : « Le coeœur est humain dans la mesure où il se révolte » 

L'’humanité va crever de l’indifférence, des discours mous-du-genou, de l’'incapacité des pauvres bipèdes que nous sommes à nous lever pour arrêter la barbarie et défendre la vie. Ce soir je suis en colère car j’ai reçu des nouvelles terribles de Colombie. Et ces nouvelles nous concernent tous !

 Je les résume en quelques mots : la Colombie a signé un « accord de libre échange » avec les États Unis qui est récemment entré en vigueur. Cet accord contient une clause qui oblige les paysans à cultiver des « semences certifiées », c’'est-à-dire produites par les « sélectionneurs » comme … Monsanto ou Syngenta.

 

Pour remplir cette « clause », l'’Institut agroalimentaire colombien a publié un texte – la résolution 970- qui menace d’'amendes et de poursuites judiciaires tout paysan qui continuerait de faire ce qu’'il a toujours fait : garder une partie de sa récolte pour ensemencer ses champs.

 

Depuis le 19 août, des dizaines de milliers de Colombiens – paysans, étudiants, mineurs, chauffeurs routiers, médecins- se sont lancés dans les rues pour dénoncer cette violation d’un droit humain fondamental : celui de se nourrir soi-même. De violents affrontements ont eu lieu à Bogota, où le président Santos a déclaré le couvre-feu et mobilisé 50 000 membres des forces armées et de la police militaire pour « mater les vandales » et défendre la loi d’airain imposée par Monsanto et consorts.

 

Je connais bien la Colombie : cet immense pays à l’'extraordinaire biodiversité a la capacité de nourrir sa population, s'’il laisse ses paysans faire leur travail. Pour cela, il leur faut de la terre, et la majorité d’entre eux en est privée. Si maintenant, on les empêche de sélectionner leurs graines, c’'en est fini de l’agriculture vivrière colombienne. Comme ce fut le cas au Mexique après l’entrée en vigueur de l’'Accord de libre échange nord-américain (l’'ALENA), le pays sera envahi par les produits agricoles bas de gamme et subventionnés des États Unis, les magasins Walmart et autres chaînes de discount qui pousseront à la rue des millions de petits paysans.

 

"Les déportés du libre-échange"

 

J’invite tous ceux et celles qui me lisent à regarder le reportage “Les déportés du libre échange” que j’ai consacré à l’''ALENA, et qui a été diffusé sur ARTE en février 2012 . Je l’ai mis en ligne sur mon site web, et on peut aussi le trouver comme bonus sur le DVD des Moissons du futur : http://www.mariemoniquerobin.com/deportesdulibreechangeextrait.html Vous trouverez sur ce Blog d’autres billets concernant l’'''ALENA ainsi que des extraits du chapitre que je lui ai consacré dans mon livre Les moissons du futur. Ce soir, je mets en ligne un autre extrait de ce chapitre (voir ci-dessous).

 

Par ailleurs, je rappelle que l’Union européenne s’apprête à négocier un accord de libre échange avec les États Unis, dont j’ai aussi commenté les effets dévastateurs qui ne manqueront de s’abattre sur le vieux continent (voir aussi sur ce blog). C’est pourquoi j’ai accepté de prêter mon image et mon nom à une affiche réalisée par le Collectif des Engraineurs qui s’est associé à la campagne qu’'ATTAC et d’autres organisations ont décidé de lancer dès l’automne. Rejoignez-les !

 

« Les États-Unis pratiquent le dumping »

 

« L’histoire de l’'ALENA prouve que la mondialisation ne pourra pas nourrir le monde, c’est sûr ! » L’'homme qui me reçoit, ce 25 octobre 2011, n’'est pas un gauchiste altermondialiste que l’'on peut suspecter de faire de l'’antilibéralisme primaire. Professeur à l’'Université Tufts de Boston, où il dirige le Global Development and Environment Institute, Timothy A. Wise est spécialiste du développement et du commerce international et, à ce titre, il est régulièrement consulté par l’'Organisation mondiale du commerce (OMC). En 2009, il a corédigé un rapport intitulé Le Futur de la politique commerciale nord-américaine. Les leçons de l’''ALENA[i], remis au président Barack Obama – lequel, pendant sa campagne électorale, s’était engagé à réformer le traité. Puis, en 2010, en collaboration avec l’'Institut Woodrow Wilson de Washington, il a publié un autre rapport au titre sans ambiguïtés : Le Dumping agricole de l’'ALENA. Estimations des coûts des politiques agricoles américaines pour les producteurs mexicains[ii]. Dans ce document, considéré comme une référence, il a « examiné huit denrées agricoles – le maïs, le soja, le blé, le riz, le coton, la viande de bœuf, de porc et de poulet –, toutes largement subventionnées par le gouvernement américain, qui étaient produites en grandes quantités au Mexique avant l’'ALENA et dont l’'exportation des États-Unis vers le Mexique a considérablement augmenté après le traité. […] Entre 1997 et 2005, les exportations de porc ont augmenté de 707 %, celles de bœuf de 278 %, de poulet de 263 %, de maïs de 413 %, de blé de 599 %, de riz de 524 % ».

 

- Pourquoi dites-vous que les États-Unis pratiquent le dumping ?

 

– Si l’on prend la définition retenue par l’'OMC, selon laquelle le dumping consiste à exporter des produits à un prix inférieur à leur coût de production, il n’y a aucun doute que l’'ALENA a encouragé le dumping, m’a fermement répondu Timothy Wise. Par exemple, de 1997 à 2005, les États-Unis ont vendu le maïs à un prix inférieur de 19 % à son coût de production. Par un mécanisme de subventions, très élevées sur la période étudiée (en moyenne 200 dollars par hectare), les États-Unis ont encouragé la surproduction pour pouvoir inonder le Mexique, ce qui a entraîné un effondrement du prix de 66 % sur le marché local. À ces subventions en monnaie sonnante et trébuchante, s’'ajoute un autre type de subventions que j’'appellerais “indirectes”, qui tient au fait que les grands céréaliers du Midwest ne payent pas pour la pollution, par exemple, des nappes phréatiques qu’'ils occasionnent. Le coût de ces externalités négatives n'’est pas inclus dans le prix du maïs exporté vers le Mexique. À l’'inverse, les petits producteurs mexicains qui pratiquent l’'agroécologie et entretiennent la biodiversité du maïs dans leurs champs ne sont pas récompensés pour le service qu’'ils rendent à l’'humanité, mais aussi, d’'ailleurs, aux sélectionneurs qui causent leur mort. Il est évident que les petits paysans mexicains ne pouvaient résister à cette double concurrence déloyale.

 

– Quel fut le coût de ce dumping pour les paysans mexicains ?

 

–Avec les chercheurs de l'’Institut Woodrow Wilson, nous avons estimé que le manque à gagner des paysans mexicains pour les huit denrées étudiées s’élevait à 12,8 milliards de dollars de 1997 à 2005. Le secteur le plus touché est le maïs, qui enregistre la moitié des pertes, puis celui de l’'élevage, qui a perdu 1,6 milliard de dollars. En effet, le dumping a aussi fonctionné pour la viande, car aux États-Unis, le bétail est nourri avec du maïs ou du soja subventionné.

 

– Pourquoi le gouvernement mexicain ne s’'est-il pas élevé contre ces pratiques déloyales ?

 

– Bonne question !, m’a répondu le chercheur de Boston. En fait, l’'ALENA prévoyait pour la “libéralisation” du marché du maïs une période de transition de quatorze ans, qui permettait au Mexique, au moins jusqu’'en 2008, de fixer des taxes à l’'importation qui auraient pu compenser le dumping de 19 %. Mais le gouvernement mexicain a refusé d’'appliquer cette clause et a donc laissé ses petits paysans sans défense…

 

– Mais pourquoi ?

 

– Une autre bonne question !, a répliqué Timothy Wise avec un sourire navré. La seule explication, c'’est que l’'ALENA a été conçu pour bénéficier aux multinationales américaines, comme Cargill ou Monsanto, mais aussi mexicaines, comme Maseca ou AgroInsa. Et ça a marché, puisqu’'aujourd’hui le Mexique importe 34 % du maïs qu’'il consomme, ce qui crée beaucoup de business… Certes, trois tomates sur quatre consommées aux États-Unis sont désormais produites dans des serres mexicaines ultramodernes, mais en termes d’'emploi, ce fut l’'hémorragie : en 1994, 8,1 millions de personnes travaillaient au Mexique dans l’'agriculture, elles ne sont plus aujourd’'hui que 5,8 millions. Et les emplois créés dans le secteur agroexportateur censés avoir compensé en partie les faillites paysannes sont des travaux saisonniers et précaires[1].

 

Quel a été l’'impact de l’'ALENA sur l’'immigration illégale au États-Unis ?

 

– S’agissant d’une immigration illégale, les données sont difficiles à obtenir. Mais on estime en général que le flux de migrants mexicains a été de 500 000 à 600 000 personnes par an jusqu'’en 2008, année où il s’'est réduit de moitié en raison de la récession.

 

Qu’est-il advenu du rapport que vous avez remis au président Obama ?

 

– Rien, m’a répondu Timothy Wise avec une moue embarrassée. Il y a trop d’argent en jeu… Obama est même le président qui a mené la politique la plus dure contre les sans-papiers mexicains, doublement pénalisés par l’'ALENA alors qu’ils participent largement à l’économie des États-Unis[2]. »

 

Marie-Monique ROBIN

 

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[1] De 1994 à 2003, 500 000 emplois ont été créés dans l’industrie, les services ou le secteur agroexportateur.

 

[2] Les États-Unis comptaient en 2011 quelque 11 millions d’immigrés sans-papiers, dont 6 millions de Mexicains.

 

[i] Kevin Gallagher, Enrique Dussel Peters et Timothy A. Wise (dir.), The Future of North American Trade Policy. Lessons from NAFTA, Pardee Center Task Force Report, Boston University Frederick S. Pardee Center for the Study of the Longer-Range Future, novembre 2009.

 

[ii] Timothy A. Wise, Agricultural Dumping under NAFTA. Estimating the Costs of U.S. Agricultural Policies to Mexican Producers, Mexican Rural Development Research Report n° 7, Woodrow Wilson International Center for Scholars, Washington, 2010.

 

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 06:52
25 vérités sur l’affaire Evo Morales/Edward Snowden
 
Salim Lamrani
Opera Mundi
 
            Le cas Edward Snowden a été à l’origine d’un grave incident diplomatique entre la Bolivie et plusieurs pays européens. Suite à l’injonction de Washington, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal ont interdit à l’avion présidentiel d’Evo Morales de survoler leur territoire.
 
1.      Après un voyage officiel en Russie pour assister à un sommet des pays producteurs de gaz, le Président Evo Morales a pris son avion pour rentrer en Bolivie.
 
2.      Les Etats-Unis, pensant qu’Edward Snowden ex-agent de la CIA et de la NSA – auteur des révélations sur les opérations d’espionnage de son pays – se trouvait à bord de l’avion présidentiel, ont ordonné à quatre pays européens, la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, d’interdire le survol de leur espace aérien à Evo Morales.
 
3.      Paris a immédiatement suivi la directive en provenance de Washington et a annulé l’autorisation de survol de son territoire accordée à la Bolivie le 27 juin 2013, alors que l’avion présidentiel se trouvait à quelques kilomètres à peine des frontières françaises.
 
4.      Paris a ainsi mis en danger la vie du Président bolivien, lequel a dû atterrir en urgence en Autriche, faute de carburant.
 
5.      Depuis 1945, aucune nation au monde n’a empêché un avion présidentiel de survoler son territoire.
 
6.      Paris, en plus de déclencher une crise d’une extrême gravité, a violé le droit international et l’immunité diplomatique absolue dont jouit tout chef d’Etat.
 
7.      Le gouvernement socialiste de François Hollande a gravement porté atteinte au prestige de la nation. La France apparaît aux yeux du monde comme un pays servile et docile qui n’hésite pas un seul instant à obéir aux ordres de Washington, contre ses propres intérêts.
 
8.      En prenant une telle décision, Hollande a discrédité la voix de la France sur la scène internationale.
 
9.      Paris devient également la risée du monde entier. Les révélations faites par Edward Snowden ont permis de découvrir que les Etats-Unis espionnaient plusieurs pays de l’Union européenne dont la France. Suite à ces révélations, François Hollande avait publiquement et fermement demandé à Washington de cesser ces actes hostiles. Néanmoins, en coulisses, l’Elysée a fidèlement suivi les ordres de la Maison-Blanche.
 
10.  Après avoir découvert qu’il s’agissait d’une fausse information et que Snowden ne se trouvait pas dans l’avion, Paris a décidé d’annuler l’interdiction.
 
11.  L’Italie, l’Espagne et le Portugal ont également suivi les ordres de Washington et ont interdit à Evo Morales le survol de leur territoire, avant de revenir sur leur décision après avoir découvert que l’information était erronée et de permettre au président bolivien de poursuivre sa route.
 
12.  Avant cela, l’Espagne a même exigé de fouiller l’avion présidentiel en violation de toutes les normes juridiques internationales. « Il s’agit d’un chantage et nous n’allons pas le permettre pour une question de dignité », a répliqué la présidence bolivienne. « Je ne suis pas un criminel », a déclaré Evo Morales.
 
13.  La Bolivie a dénoncé une atteinte à sa souveraineté et à l’immunité de son président. « Il s’agit d’une instruction du gouvernement des Etats-Unis », selon La Paz.
 
14.  L’Amérique latine a unanimement condamné l’attitude de la France, de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal.
 
15.  L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) a convoqué en urgence une réunion extraordinaire suite à ce scandale international et a exprimé son « indignation » par la voix de son secrétaire général Ali Rodríguez.
 
16.  Le Venezuela et l’Equateur ont condamné « l’offense » et « l’attentat » contre le Président Evo Morales.
 
17.  Nicolas Maduro du Vénézuela a condamné « une agression grossière, brutale, impropre et non civilisée ».
 
18.  Le Président équatorien Rafael Correa a exprimé son indignation : « Notre Amérique ne peut pas tolérer un tel abus ! ».
 
19.  Le Nicaragua a dénoncé une « action criminelle et barbare ».
 
20.  La Havane a fustigé « un acte inadmissible, infondé et arbitraire que offense toute l’Amérique latine et la Caraïbe ».
 
21.  La Présidente argentine Cristina Fernández a fait part de sa consternation : « Ils sont devenus fous. Un chef d’Etat et son avion disposent d’une immunité totale. Une telle impunité est inacceptable ».
 
22.  Par la voix de son secrétaire général José Miguel Inzulza, l’Organisation des Etats américains (OEA) a condamné la décision des pays européens : « Aucune circonstance ne peut justifier de telles actions au détriment du président bolivien. Les pays impliqués doivent expliquer pourquoi ils ont pris cette décision, car elle a mis en danger la vie du président d’un pays membre de l’OEA ».
 
23.  L’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) a dénoncé « une discrimination flagrante et une menace contre l’immunité diplomatique d’un chef d’Etat ».
 
24.  Au lieu d’accorder l’asile politique à la personne qui lui a permis de découvrir qu’elle était victime d’espionnage hostile, l’Europe, en particulier la France, n’hésite pas à créer une grave crise diplomatique dans le but de livrer Edward Snowden aux Etats-Unis.
 
25.  Cette affaire illustre que l’Union européenne est, certes, une puissance économique, mais un nain politique et diplomatique incapable d’adopter une posture indépendante vis-à-vis des Etats-Unis.
 
Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.
Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).
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L’Europe et la prostituée de Babylone par Atilio Borón

05juillet 2013

Europa y la puta de Babilonia

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Atilio Boron est un sociologue sud-américain dont les interventions sont très écoutées en Amérique latine, dans cet article que j’ai rapidement traduit depuis Cubadebate, il fait état de l’indignation mais aussi du mépris général en Amérique latine face à l’attitude des gouvernements européens dont la France face à l’offense faite au président sud-américain Evo Morales. Même si nos propres médias empêtrés dans les nauséabondes affaires françaises n’accordent qu’une part minime à cet acte scandaleux, il faut bien mesurer que la condamnation est générale. L’Amérique latine a longtemps cru que l’Europe pourrait jouer un rôle de contrepoids face aux Etats-Unis, le Mercosur s’affirmait comme une initiative proche du marché commun et la France jouissait d’un prestige intellectuel et moral très grand. Il faudrait parler du rôle de nos multinationales, EDF et Suez, les prévarications de chef d’Etat et les escroqueries accomplies (à La Paz on crie contre la France mais aussi contre l’escroquerie de Suez), mais la politique de Sarkozy  poursuivi aujourd’hui par Hollande a achevé de faire tomber les masques de l’indépendance gaullienne. Le texte se termine d’ailleurs par une remise en question du projet de traité entre l’Europe et le Mercosur. Ce qu’il faut bien mesurer c’est à quel point dans le monde entier cette manière de donner des leçons de droits de l’homme tout en s’agenouillant devant les pires violations des Etats-Unis isole l’Europe et en particulier la France, sur le plan culturel mais aussi sur celui des marchés. (note et traduction de Danielle Bleitrach)

La mise aux arrêts et dans les faits la séquestration subie par Evo Morales pendant 14 heures à Vienne lors de son retour mouvementé de Moscou démontre clairement que les gouvernements européens, les classes dominantes qu’ils représentent, sont les simples domestiques de l’Empire. Toute leur phraséologie creuse sur la démocratie, les droits de l’homme et la liberté s’effondre comme un château de cartes devant la force de l’interdit qui empêchait le président bolivien de survoler l’espace aérien de quelques pays européens. Naturellement, rien de cela ne devrait nous surprendre parce que si les gouvernements successifs de l’Europe ont fourni la preuve de quoi que ce soit depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est de leur irrestible vocation à s’agenouiller devant le nouveau maître impérial et de satisfaire ses moindres désirs, fut-ce au prix de leur dignité et de leur honneur.

Pas tous les gouvernements ni en tous les temps, il est vrai, puisqu’il y eut quelques exceptions: De Gaulle en France, Olof Palme en Suède, furent parmi les plus notables, mais bien la grande majorité d’entre eux. Ils obéissent aveuglement aux ordres de la Maison Blanche pour condamner Cuba et pour participer au crime, le blocus auquel est soumise  l’île depuis plus de cinquante ans; ils ont consenti que les États-Unis et l’OTAN, la plus grande organisation terroriste internationale, bombarde impunément le  territoire européen lui-même, l’ex-Yougoslavie, sans disposer même du parapluie légal d’une décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour autoriser cette opération; ils ont autorisé et ont aussi été les complices des vols "secrets" de la CIA, dans lesquels été déplacés" des fantômes inconnus, des disparus illégaux de nombreuses nationalités  vers les prisons clandestines où on pouvait torturer et assassiner en totale impunité  des suspects supposés de terrorisme; des gouvernants, finalement, complices des innombrables crimes de guerre perpétrés par Washington dans des lieux aussi divers que la Yougoslavie, l’Irak, l’Afghanistan, la libye, la Syrie pour les plus récents.

Gouvernements à genoux, sans aucune dignité, qui acceptent avec résignation que leur maître et seigneur les épie et qu’il manage les communications de ses organes régionaux comme la Commission Européenne tandis qu’ils poursuivent Julian Assange et Edward Snowden pour le "délit" d’avoir révélé publiquement les violations massives des États-Unis aux droits individuels. En un mot : la Maison Blanche agit avec ces gouvernements européens comme un patron sinistre et sans scrupule  le fait avec ses subordonnés sans défense. Et, à son tour, les gouvernements de la France, de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie agissent comme la pute de Babylone, comme le raconte la Bible dans  l’Apocalypse (2. 17) "avec elle ont forniqué les rois de la terre – comprenez les "capos"de Washington – et les habitants de la terre ont été saoulés du vin de sa prostitution." Pour la énième fois ces gouvernements se sont vautrés dans la prostitution  en violant les normes internationales officielle qui octroient une immunité aux chefs d’État et de Gouvernement et aux avions (ou tout autre véhicule) qui les transportent. La Convention de Nations Unies de 2004 sur les Immunités des États  reprend ces normes et les élargit, mais malheureusement elle n’est toujours pas  en vigueur. Il serait  important que l’Argentine et autres États d’Unasur la ratifient dès que possible et  qu’ils poussent à son  entrée en vigueur, étant donné qu’elle protège les immunités souveraines, de plus en plus menacées par la contre-offensive effrénée lancée par l’impérialisme pour faire revenir l’Amérique latine et les Caraïbes à la situation existante avant la Révolution Cubaine. Bien que, que l’on  se sache déjà, si il y a une chose que l’impérialisme ne respecte jamais c’est bien la légalité internationale, comme l’a prouvé l’histoire et théorisé Noam Chomsky, qu’elle soit codifiée ou non.

Les présidents de l’Argentine, de Cuba, de l’Equateur et du Venezuela, le secrétaire Général de l’Unasur, Ali Rodriguez et à la stupeur générale, le secrétaire Général de L’OEA,  José Miguel Insulza ont manifesté leur réprobation devant l’attitude des gouvernements européens. Le président Correa a fait la synthèse de l’opinion qui prévaut dans toute la région quand il a déclaré ": Nous sommes tous de Bolivie!"  A surpris en revanche la réaction lente d’autres pays de la région, en commençant par le Brésil (la présidente Dilma Rousseff : elle a tardé quatorze heures  à manifester sa solidarité avec Evo!) ou l’Uruguay, dont le gouvernement  a mis environ douze heures pour faire connaître sa condamnation. Comme on pouvait le prévoir, les gouvernements qui sont les "proxis" régionaux de l’empire en Amérique du Sud comme la Colombie, le Pérou et le Chili jusqu’à l’envoi de cette note n’avaient pas encore émis une opinion. Au Chili, le journal Mercure, un spécialiste consommé en arts  de la désinformation, a défini dans son titre  la séquestration à laquelle le président bolivien était soumis comme un "impasse". Dans le cas du Pérou, le pays qui exerce la Présidence temporaire de L’UNASUR,  il a surpris encore plus par sa passivité alors que devant la gravité des faits arrivés en Europe il aurait du  immédiatement convoquer une réunion d’urgence pour adopter une politique commune dans la défense du président bolivien et, par extension, celle de toute l’Amérique latine.

La leçon que l’on peut tirer de cet incident scandaleux est qu’il n’y a aucun sens à avancer dans la voie d’ un traité de commerce libre entre le Mercosur et l’Union Européenne, compte tenu de la complicité des gouvernements du Vieux Continent pour casser les normes les plus élémentaires du droit international. Ou  ece que nous allons croire que ceux qui violent sans  sourciller des dispositions fondamentales au moindre signal de Washington seront disposés à respecter les autres, beaucoup moins importantes qui règlent le commerce international ? Il faudrait être très ingénu pour y croire. La vérité: ni aux Etats-Unis, ni dans l’Union Européenne n’existe "la sécurité du droit" que réclament avec tant de véhémence nos pays. Pour nous, la Rome américaine et ses complices européens se gavent en toute impunité et comme le disait Simon Bolivar "Ils  répandent la misère sur les Amériques au nom de la liberté".

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 11:18

HOMMAGE AU PRESIDENT HUGO CHAVEZ 

Le président Hugo Chavez a livré son dernier combat cette fois-ci contre la maladie qui a finalement eu raison de sa volonté.

C’est avec émotion et une profonde tristesse que nous lui rendons hommage, un hommage empreint de respect et d’admiration pour la politique de justice sociale, de progrès humain et de partage qu’il a menée dans son pays !

Hugo Chavez par son action politique, économique et sociale a redonné à son peuple et particulièrement aux plus pauvres, un nom, une dignité, un visage, une identité, une patrie fière et debout !

Il était profondément aimé des classes populaires comme en témoigne ces foules rassemblées sur le passage de son cercueil.

Il était exécré par la grande bourgeoisie vénézuélienne, le patronat, la droite, les médias privés qui ont dressé de lui un portrait caricatural visant à diaboliser le personnage pour l’anéantir politiquement.

Hugo Chavez rêvait d’une révolution pacifique et d’un socialisme du XXI è siècle. Il déchaînait les foudres et la haine de la droite et d’une gauche qui s’est reniée depuis quelques décennies, de renoncement en trahison !

Il disait « Nous sommes révolutionnaires, nous sommes nationalistes parce que nous croyons en la nation (…) Nous sommes internationalistes de nature. Nous mettons le social au premier plan. L’économie est un instrument du social. Le plus important c’est l’être humain. ».

Il est né d’une famille humble et métisse. Il s’est initié aux textes historiques et révolutionnaires sous l’influence du responsable du parti communiste de l’Etat de Barinas. Dès lors, la figure tutélaire du père de l’indépendance, Simon Bolivar, ne cessera de l’habiter.

Un élément déclencheur va décider de son engagement politique.

 Le 27 février 1989, des milliers de pauvres se révoltent contre la libéralisation des prix, conséquence des plans d’ajustement structurel du Fonds Monétaire International appliqués par le gouvernement de Carlos Andres Perez. Le continent sud-américain est devenu le laboratoire par excellence du néolibéralisme préconisé par les Chicago boys.

La manifestation tourne au massacre avec 3000 morts lorsque la police tire sur la foule. Cet évènement qui représente un traumatisme collectif dans la mémoire populaire, pousse Chavez à la tête d’une insurrection civile et militaire à intervenir pour renverser l’oligarchie régnante, en 1992. Emprisonné, puis libéré en 1994, il décide d’emprunter la voie démocratique pour changer la société. Il devient Chef d’Etat en 1998 et dès lors il gagnera 13 scrutins sur 14 en quinze ans de présidence.

Le coup d’Etat militaire d’avril 2002, orchestré par le patron des patrons : Pedro Carmona et l’impérialisme Nord-Américain aurait pu lui coûter la vie.

 Séquestré  pendant 48 heures, il est libéré par les vénézuéliens qui envahissent les places publiques, le palais présidentiel et dégagent Pedro Carmona le putschiste, autoproclamé président du pays !

Le bilan social d’Hugo Chavez est éloquent : l’analphabétisme a été vaincu en 7 ans. L’Unesco avant Chavez considérait l’école vénézuélienne comme un désastre. En 2 ans, 2,5 millions de personnes ont appris à lire et à écrire.

Aujourd’hui, 2,5 millions étudiants contre 780 000 en 1998 fréquentent l’université. En 14 ans, la pauvreté a diminué de moitié. En 10 ans, la dette publique a reculé de 15% et les recettes publiques ont augmenté d’autant, donnant à l’Etat, notamment depuis la nationalisation des hydrocarbures, les moyens d’entreprendre la lutte contre les inégalités et le développement du pays. La contribution d’Hugo Chavez a été déterminante à l’échelle du continent de l’Amérique Latine pour renforcer la solidarité, l’unité et la coopération entre les peuples, ce qui a permis à ces pays latino-américains de s’extraire de la domination des Etats-Unis.

En janvier 2005, le projet impérialiste de zone de libre-échange des Amériques est mis en échec. Chavez a aidé l’Argentine exsangue, ruinée par le FMI à sortir du fardeau de la dette. Il a solidarisé les peuples du continent sud –américain avec la création de l’Alliance Bolivarienne des Amériques et la Communauté des Etats Latino-Américains et des Caraïbes.

Enfin concernant la démocratie, il faut savoir que l’immense majorité des médias sont entre les mains du privé.

79 chaînes de télévision sur 81 sont privées, 706 radios sur 709 sont privées, et tous les journaux sont privés.

Malgré cette armada médiatique et sa maladie, Hugo Chavez a gagné l’élection présidentielle d’octobre 2012 avec 54% des suffrages.

Nous lui sommes reconnaissants d’avoir démontré qu’une alternative au libéralisme est possible et qu’un pays peut tenir tête et s’émanciper de l’impérialisme américain à condition d’en avoir le courage et la volonté politiques.

Son action est une source d’inspiration et de réflexion pour la gauche de transformation sociale en France et en Europe.

(Envoi de Simone Fayaud - PCF 16)

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Hommage de Michel Collon 

"De tous les dirigeants politiques que j'ai rencontrés, c'est Hugo Chavez qui m'a le plus marqué. Bien sûr par sa vision très forte et son engagement pour son peuple et pour l'Amérique latine. Bien sûr par sa solidarité exemplaire avec tous les peuples en lutte (notamment les Palestiniens), par sa volonté de construire un front international pour que l'humanité échappe enfin à la pauvreté.

Mais aussi par ses qualités humaines. Quand on lui parlait, il écoutait avec une attention très forte, le temps qu'il fallait, sans interrompre, sans chercher à abréger malgré son emploi du temps hyper-chargé. Aucune prétention, mais au contraire une grande humilité, la volonté très forte d'apprendre de chacun, quel que soit son éducation et son rang, et la volonté de faire participer, de donner un rôle important à tous. C'est grâce à cela qu'il a réussi à mobiliser tout un peuple et à mettre l'Empire en échec.

Chavez n'est pas mort, il a semé l'espoir, il a rendu l'espoir à toute l'Amérique latine, et son oeuvre est inspirante aussi pour l'Afrique, le monde arabe et l'Europe.

Ce dossier Chavez, je l'avais préparé avec Meriem Laribi et Vincent Lapierre. Il vous permettra de comprendre pourquoi ce dirigeant est un des plus importants du siècle, pourquoi les médias le diabolisent, pourquoi les Etats-Unis vont essayer de renverser la révolution, mais aussi la force de celle-ci.

Chavez est un pilier de l'identité vénézuélienne contemporaine - Meriem Laribi
Interview de Romain Migus, sociologue français vivant à Caracas.

« ?L'amour est le combustible de la révolution? » - Meriem Laribi
Violence, dictature, populisme ? Entretien avec Vincent, le sous-titreur des vidéos de Chavez.

Chavez et la bataille planétaire - Charles Giuseppi
Pourquoi l'Amérique latine s'est embrasée.

Les athées prient pour Chavez - John Brown
Ni un professionnel de la politique, ni un expert, un homme du peuple.

« Tous sont Chavez même sans Chavez » - Fernando Morais
Pourquoi la révolution lui survivra.

La révolution, les femmes et la santé - Jean Araud
A présent, tous les Vénézuéliens ont droit à des soins de qualité et gratuits.

De la pauvreté extrême à la richesse humaine : les femmes au Venezuela - Jean Araud
Récit d'une rencontre de Michel Collon avec des Vénézuéliennes.

« A ceux qui me souhaitent la mort, je leur souhaite une très longue vie pour qu'ils continuent à voir la Révolution Bolivarienne avancer de bataille en bataille, de victoire en victoire.» - Hugo Rafael Chavez Frias (1954-2013)


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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 17:37

      Un article d'un universitaire qui connaît bien Cuba, article qui interroge sur la nature de la dissidence à Cuba, ce qui n'enlève rien aux questions d'avenir de Cuba socialiste, où de profondes réformes sont en cours sur le plan économique, mais où les questions de libertés ont aussi besoin de profondément évoluer.

     Selon la Commission cubaine des droits de l'Homme et de la réconciliation nationale, il y a(urait) une augmentation du nombre d'interpellations pour des raisons politiques, de plusieurs heures à quelques jours: 567 en décembre, le chiffre le plus élevé des 8 derniers mois (Sud-Ouest - 4/1/2013).

Henri MOULINIER

(Merci à Michel Sanchez pour cet article)

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Contrairement à ce qu’elle affirme, la dissidente cubaine Yoani Sánchez mène un train de vie inaccessible pour l’immense majorité des Cubains. 

A la lecture du blog de la dissidente cubaine Yoani Sánchez, on ne peut s’empêcher de ressentir de l’empathie pour cette jeune femme qui affiche ouvertement son opposition au gouvernement de La Havane. Elle y décrit des scènes quotidiennes faites de privations et de pénuries de toute sorte. « L’une des scènes récurrentes est de chercher des aliments et d’autres produits de base à cause du manque d’approvisionnement chronique de nos marchés », écrit-elle sur son blog Generación Y.[1] 

En fait, l’image que Yoani Sánchez présente d’elle-même – celle d’une femme à l’aspect fragile luttant à la fois contre la toute puissance étatique et les difficultés d’ordre matériel – est loin de correspondre à la réalité. En effet, la figure de proue de la dissidence cubaine dispose d’un niveau de vie que presque aucun autre Cubain de l’île ne peut se permettre.

Plus de 6 000 dollars de revenus mensuels 

La Société inter-américaine de presse (SIP), qui regroupe les grands conglomérats médiatiques privés du continent, a décidé de la nommer vice-présidente régionale pour Cuba de la Commission de liberté de presse et d’information[2]. Sánchez, d’habitude si prolixe sur son blog a gardé un silence hermétique au sujet de sa nouvelle fonction. Il y a une raison à cela : sa rémunération. L’opposante cubaine touche désormais un salaire de 6 000 dollars par mois net d’impôt. Il s’agit d’un revenu très confortable, habituellement réservé aux cadres supérieurs dans les nations les plus riches. L’importance du salaire est d’autant plus manifeste que Yoani Sánchez réside dans un pays du Tiers-monde où l’État providence est présent et où les prix de première nécessité sont fortement subventionnés. 

A Cuba, il existe une double circulation monétaire : le CUC et le CUP. Le CUC représente environ 0,80 dollar et 25 CUP. Ainsi, avec son salaire de la SIP, Yoani Sánchez dispose d’un revenu équivalant à 4800 CUC ou à 120 000 CUP.

Le pouvoir d’achat de Yoani Sánchez 

Évaluons à présent le pouvoir d’achat de la dissidente cubaine. Ainsi, avec un tel salaire, Yoani Sánchez peut se payer, au choix, 

-300 000 tickets de bus, 

-6 000 trajets en taxi à travers toute La Havane[3],

 -60 000 places de cinéma, 

-24 000 places de théâtres,

-6 000 livres neufs,

-24 000 mois de loyer d’un appartement de type F3 à La Havane[4], 

-120 000 verres de guarapo (jus de canne), 

-12 000 hamburgers, 

-12 000 pizzas, 

-9 600 bières, 

-17 142 paquets de cigarettes, 

-12 000 kilos de riz,

-8 000 paquets de spaghettis,

-10 000 kilos de sucre, 

- 24 000 glaces cinq boules, 

- 40 000 litres de yaourt, 

-5 000 kilos de haricots, 

-120 000 litres de lait (si elle a un enfant de moins de 7 ans), 

-120 000 cafés, 

-80 000 œufs, 

-60 000 kilos de poulet, 

-60 000 kilos de porc, 

-24 000 kilos de bananes, 

-12 000 kilos d’oranges, 

-12 000 kilos d’oignons, 

-20 000 kilos de tomates, 

-24 000 tubes de dentifrice, 

-24 000 plaquettes de savon, 

-1 333 333 kilowatt/heure d’électricité[5] 

-357 142 mètres cubes d’eau potable[6], 

-1 090 910 mètres cubes de gaz[7], 

-4 800 litres d’essence,

 -un nombre illimité de visite chez le médecin, le dentiste, l’ophtalmologiste ou tout autre spécialiste de la santé, puisque ces services sont gratuits, 

-un nombre illimité d’inscriptions à un cours de sport, de théâtre, de musique ou autre, (également gratuits). 

Ces chiffres illustrent le véritable niveau de vie de Yoani Sánchez et jettent une ombre sur la crédibilité de l’opposante cubaine. Au salaire de 6 000 dollars octroyé par la SIP, il convient d’ajouter le revenu que lui verse chaque mois le quotidien espagnol El País, dont elle est la correspondante à Cuba, ainsi que les sommes récoltées depuis 2007. En effet, en l’espace de quelques années, Sánchez a reçu de multiples distinctions, toutes financièrement rémunérées. Au total, la bloggueuse a été rétribuée au total à hauteur de 250 000 euros, soit 312 500 CUC ou 7 812 500 CUP, c’est-à-dire une somme équivalant à plus de 20 années de salaire minimum dans un pays tel que la France, cinquième puissance mondiale.

La dissidente, qui a d’abord émigré en Suisse avant de choisir de retourner à Cuba, a été assez sagace pour comprendre qu’en adoptant un discours appelant à un changement de régime, elle satisferait de puissants intérêts contraires au gouvernement et au système cubains. Ces derniers, à leur tour, sauraient se montrer généreux à son égard et lui permettraient de jouir de la dolce vita à Cuba.

 Salim Lamrani

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

 

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr 

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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[1] Yoani Sánchez, « Mayorista vs minorista », Generación Y, 5 juin 2012. http://www.desdecuba.com/generaciony/ (site consulté le 26 juillet 2012).

[2]El Nuevo Herald, « Nombran a Yoani en Comisión de la SIP », 9 novembre 2012.

[3] De La Habana Vieja jusqu’à Playa.

[4] 85% des Cubains sont propriétaires de leur logement. Ce tarif est uniquement réservé aux citoyens cubains de l’île.

[5] 0,09 CUP/ kilowatt/heure jusqu’à 100 kilowatt/heure. 

[6] 0,35 CUP/m3.

[7] 0,11 CUP/m3.

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 09:09
Entretien avec Salim Lamrani, universitaire et écrivain

Bernard Duraud
L'’Humanité, 7 février 2012

1) Il y a 50 ans, jour pour jour, les États-Unis imposaient des sanctions économiques totales à Cuba. Dans votre dernier livre "Etat de siège*", vous revenez sur cette réalité. Pourquoi un tel acharnement?

Il faut savoir que la rhétorique diplomatique visant à justifier l’'hostilité étasunienne vis-à-vis de Cuba a fluctué selon les époques. Dans un premier temps, il s’'agissait des nationalisations et de leurs indemnisations. Par la suite, Washington a évoqué l’'alliance avec l'’Union soviétique comme principal obstacle à la normalisation des relations entre les deux pays. Puis, dans les années 1970 et 1980, l'’intervention cubaine en Afrique, plus précisément en Angola et en Namibie, pour aider les mouvements de libération nationale à obtenir leur indépendance et pour lutter contre l’'Apartheid en Afrique du Sud, a été pointée du doigt pour expliquer le maintien des sanctions économiques. Enfin, depuis l’'effondrement de l’'Union soviétique, Washington brandit l'’argument de la démocratie et des droits de l’'homme pour maintenir l’'étranglement économique sur la nation cubaine.

2) Peut-on mesurer concrètement aujourd'hui les conséquences des sanctions économiques pour le peuple cubain?

Les sanctions économiques constituent le principal obstacle au développement de la nation.
Concrètement, Cuba ne peut rien exporter aux États-Unis et ne peut rien importer de ce pays hormis des matières premières alimentaires depuis 2000, à des conditions drastiques, telles que le paiement à l’'avance, dans une autre monnaie que le dollar, sans possibilité de prêt, etc. Cela limite donc énormément les possibilités commerciales de l'’île, qui doit se fournir auprès de pays tiers à un coût bien supérieur.
Il faut se souvenir que c’'est la première puissance mondiale qui impose des sanctions à Cuba et non un pays comme le Luxembourg. Les Etats-Unis ont toujours constitué le marché naturel de Cuba pour des raisons historiques et géographiques évidentes. En 1959, 73% des exportations cubaines étaient destinées au marché étasunien et que 70% des importations en étaient issues. Pendant trente ans, le commerce avec l’'Union soviétique a permis de minorer l'’impact, mais depuis 1991, Cuba subit de plein fouet le choc de ces sanctions.

Prenons un exemple : Si demain, les touristes américains étaient autorisés à voyager à Cuba – ils peuvent aller en vacances en Chine, au Vietnam ou en Corée du Nord mais pas à Cuba ! – Un million de personnes s’y rendrait la première année et cinq millions au bout de cinq ans ce qui génèrerait des ressources de près de cinq milliards de dollars pour l’'économie cubaine pour le secteur touristique, c’est-à-dire près trois fois plus qu’'aujourd’hui. Une telle somme améliorerait grandement le niveau de vie à Cuba qui, rappelons-le, malgré les difficultés et vicissitudes quotidiennes, reste le seul pays du Tiers-monde où la malnutrition infantile n’'existe pas, selon l'’UNICEF.

3) Les sanctions ont un double aspect : l'extraterritorialité et la rétroactivité. N'est-ce pas illégal au regard du droit international?

Les sanctions sont effectivement à la fois rétroactives et extraterritoriales, ce qui constitue une grave violation du droit international. Ainsi, depuis 1996 et l’'adoption de la loi Helms-Burton, par exemple, un investisseur français souhaitant construire un hôtel à Cuba sur des terres nationalisées dans les années 1960 risque d’être poursuivi par la justice américaine et voir ses investissements sur le territoire américain saisis. Il s’'agit là d'’une application à la fois rétroactive – c'’est-à-dire que la loi s'’applique pour des faits survenus avant l'’adoption de la législation, ce qui est illégal – et extraterritoriale, c’est-à-dire que la loi sur les sanctions économiques s’'applique à des nations tierces.
Par ailleurs, tout bateau de marchandises accostant à un port cubain se voit interdire l’'entrée du territoire américain pendant 6 mois.
Autre exemple, un constructeur automobile allemand ou japonais – peu importe sa nationalité en réalité – doit démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Donc, Cuba ne peut pas vendre ses ressources et ses produits aux États-Unis mais dans ces cas précis, elle ne pourra pas les vendre à l'’Allemagne ou au Japon. Ces mesures extraterritoriales privent ainsi l’'économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux marchés à travers le monde.

4) Les sanctions ont également un impact dans le domaine de la santé.

En effet. La Convention de Genève interdit pourtant tout embargo sur les aliments ou les médicaments, y compris en temps de guerre. Or, officiellement, Cuba et les États-Unis ne sont pas en guerre. Pourtant Cuba ne peut importer aucun médicament ou appareil médical des États-Unis, qui jouissent d’'une situation de quasi monopole dans ce secteur.
Par exemple, Les enfants cubains ne peuvent bénéficier du dispositif Amplatzer fabriqué aux États-Unis qui permet d'’éviter une chirurgie à cœoeur ouvert. Des dizaines d’'enfants sont en attente de cette intervention. Rien que pour l’'année 2010, quatre enfants âgés de 3 à 8 ans ont intégré cette liste. Sont-ils responsables du différend qui oppose Washington à La Havane ?

5) Vous évoquez également l'irrationalité conduisant à certaines décisions. Qu'entendez-vous par là?
Légalement, un touriste américain ne peut pas boire un verre de rhum Habana Club dans un café parisien ! Il ne peut pas non plus fumer un cigare Cohiba lors d’un séjour en France ! De la même manière, un Cubain résidant en France ne peut légalement pas manger un hamburger chez Mc Donald’s ! Il s'’agit là du côté irrationnel des sanctions car elles sont inapplicables, mais elles sont illustratives de l'’obsession des États-Unis à l’égard de Cuba.

Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba
Prologue de Wayne S. Smith
Préface de Paul Estrade
Paris, Editions Estrella, 2011
15€
Disponible en librairie et sur http://www.amazon.fr/Siege-Sanctions-Economiques-Etats-Unis-Contre/dp/2953128425/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1317400645&sr=8-1
Pour toute commande dédicacée, veuillez contacter : lamranisalim@yahoo.fr
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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 06:36

 

 

José Pertierra*

   

Vendredi ([6 septembre 2011], une juge fédérale de Miami a pris une décision absurde et cruelle contre un des cinq Cubains, dont la peine d’emprisonnement s’achève le 7 octobre prochain : La juge Joan Lenard a déclaré que René Gonzalez, qui a purgé 13 ans de prison pour ne pas s’être inscrit comme agent du gouvernement cubain, sera obligé de vivre les trois prochaines années à Miami, en « liberté surveillée ».

M. Gonzalez avait demandé l’autorisation de revenir à Cuba pour retrouver sa femme Olga et ses filles Ivette et Irma. Il y a plusieurs années, le Département d’État avait décidé de ne jamais donner de visa à Olga afin qu’elle puisse rendre visite à son époux.

Même s’il est citoyen étasunien de par sa naissance, René Gonzalez a été élevé à Cuba et il a la double nationalité. À la demande du gouvernement cubain, il est retourné aux États-Unis afin de surveiller les groupes terroristes de Miami, qui depuis leurs bases dans le Sud de la Floride mènent des actions terroristes contre la population cubaine. Cependant, en s’abstenant d’informer le Département de la Justice de ses activités aux États-Unis, René Gonzalez a violé la loi. Par contre, le FBI n’a jamais arrêté les terroristes que René surveillait : ils sont toujours libres, protégés, et passent des beaux jours à Miami.

Quel intérêt peut bien avoir le gouvernement étasunien pour continuer à sanctionner une personne dont le seul délit est d’avoir lutté contre le terrorisme ? Pourquoi l’obliger à rester à Miami – un foyer de terrorisme anti-cubain – pendant les trois prochaines années ? Qu’importe si les terroristes – depuis leurs bases aux États-Unis – ont assassiné 3 478 Cubains et laissé handicapés 2 099 autres, au cours des 50 dernières années ? De plus, comment la juge veut-elle que M. Gonzalez applique les conditions de sa « liberté surveillée » à Miami ?

Parmi les conditions imposées par la Cour à René Gonzalez figure l’interdiction de                « s’associer avec des individus ou des groupes terroristes, ou avec des membres d’organisations qui prônent la violence ». Elle lui interdit également de « s’approcher ou de se rendre dans des endroits spécifiques où qui pourraient être fréquentés par des individus ou des groupes terroristes ». Cela ne veut-il pas dire que pour accomplir la sentence, Miami est précisément le lieu où il ne devrait pas vivre, cette ville étant le sanctuaire des terroristes aux États-Unis.

Les terroristes que René était chargé de surveiller vivent toujours à Miami. Ils soutiennent ouvertement le recours à la violence contre Cuba. En avril dernier, Luis Posada Carriles, le commanditaire du sabotage d’un avion civil cubain dans lequel sont morts 73 personnes, et d’une campagne de terreur contre La Havane, qui comprenait la pose de bombes dans les plus grands hôtels et restaurants cubains, a réaffirmé son engagement dans la lutte armée contre le gouvernement cubain. Or Posada Carriles et ses acolytes vivent à Miami.

Pourquoi mettre en danger la vie de René et l’obliger à vivre les trois prochaines années côte à côte avec les mêmes terroristes qu’il surveillait à Miami lorsqu’il était agent du gouvernement cubain ?

Ce sont des terroristes cubano-américains qui ont assassiné Orlando Letelier (l’ancien ministre chilien des Affaires étrangères) aux États-Unis, Ronni Karpen Moffitt (une citoyenne nord-américaine), Eulalio Negrin et Carlos Muniz Varela (un Cubano-américain favorable au dialogue pacifique avec le gouvernement cubain), et aussi Felix Garcia Rodriguez (un diplomate cubain à l’ONU).

Dans une enquête réalisée la veille du procès contre les cinq Cubains, la psychologue Kendra Brennan a conclu que les Cubano-américains de Miami maintiennent « une attitude guerrière contre Cuba ». En outre, une étude sur la communauté cubano-américaine de Miami, publiée par Americas Watch, a révélé que « les forces dominantes et intransigeantes de la communauté des exilés cubains à Miami », tentent de faire taire par la violence les opinions divergentes sur Cuba.

Par exemple, des bombes ont été posées dans des stations de radios et dans les bureaux de revues de Miami. Les personnes qui plaident pour des changements dans la politique à l’égard de Cuba ont été menacées de mort. « Plus d’une dizaine de bombes ont été posées, dirigées contre ceux qui défendent l’idée d’une ouverture plus modérée envers le gouvernement de Fidel Castro », conclut le rapport.

Il est donc irresponsable et dangereux d’obliger René Gonzalez à rester dans cette atmosphère de violence et de terrorisme pendant les trois prochaines années. Sa vie est en danger.

La juge Lenard a expliqué qu’elle ne peut évaluer exactement les circonstances du délit, ou l'histoire et les caractéristiques du condamné ».

Sérieusement, Mme la juge ? Mais si les «circonstances du délit » sont que René Gonzalez n’est pas venu aux États-Unis pour commettre des actes d’espionnage contre le gouvernement ou pour commettre des crimes. Sa seule mission consistait à surveiller les terroristes qui agissent en toute impunité aux Etats-Unis, et dont les cibles sont des civils innocents à Cuba. Son seul objectif était de rassembler des preuves que Cuba a ensuite remises aux FBI pour que Washington agisse contre ces gens.

Ainsi, les terroristes cubano-américains ont préparé une série d’attentats à la bombe dans les hôtels et les restaurants les plus célèbres de La Havane, y compris le prestigieux Hôtel National et le légendaire restaurant La Bodeguita del Medio. La campagne terroriste avait pour objectif de détruire l’industrie touristique à Cuba, et ainsi porter un coup à l’économie du pays qui était déjà affaiblie après la chute du bloc socialiste de l’URSS et de l’Europe de l’Est.

Après les attentats du 11 septembre, les États-Unis ont affirmé avoir comme priorité de punir les terroristes et de récompenser ceux qui combattent le terrorisme. S’il en est ainsi, ils devraient alors permettre à René Gonzalez de retrouver sa famille à Cuba, au lieu de l’obliger à rester à Miami entouré de terroristes qui veulent lui régler son compte.

La juge Lenard allègue dans sa décision que, si elle permet à René de revenir à Cuba le 7 octobre, elle ne pourra pas « évaluer si le peuple étasunien est protégé des futurs crimes que le condamné pourrait commettre ». Mais le seul crime commis par René a été de ne pas s’inscrire comme agent étranger ! Comment pourrait-il représenter un danger pour le peuple étasunien s’il retourne dans son pays ? De combien de temps la juge Lenard a-t-elle besoin pour évaluer exactement quelque chose d’aussi clair que l’eau de roche ?

La juge a également argué qu’elle a besoin de plus de temps pour que les États-Unis puissent donner à René « une préparation, une éducation et des services médicaux de la façon la plus efficace ». Pardon ? René a déjà déclaré qu’il n’a aucune intention de rester vivre aux États-Unis.

Son avocat a exprimé clairement que René a proposé de renoncer à sa citoyenneté étasunienne pourvu qu’il puisse rentrer chez lui à Cuba. Il n’a besoin ni de l’éducation, ni de la préparation des États-Unis pour l’aider à se réinsérer dans la société étasunienne. Il souhaite tout simplement revenir à Cuba auprès de sa famille, et ne pas recevoir d’instructions sur la manière de vivre dans ce pays, et passer trois ans de plus séparé de son foyer. Somme toute, à Cuba, il aura à sa disposition les meilleurs soins médicaux, sans aucun frais ni pour les États-Unis ni pour lui-même.

Sans aucune surprise, la procureure de l’affaire, Caroline Heck-Miller, a rejeté la requête de René sollicitant son retour à Cuba au terme de sa peine d’emprisonnement. C’est cette même juge qui a décidé de ne pas inculper Posada Carriles pour terrorisme, bien que l’avocate du Département de Sécurité le lui ait demandé.
       

La seule issue de l’inexplicable et étrange décision de la juge Lenard est qu’elle laisse la porte ouverte à René pour une nouvelle demande de retour à Cuba, « si les circonstances justifient une modification de sa sentence. »
      

Quelles circonstances la juge Lenard attend-elle? Qu’un terroriste quelconque à Miami tire sur René ?

 

* José Pertierra est avocat à Washington D.C. Il représente le gouvernement du Venezuela dans l’affaire de l’extradition de Luis Posada Carriles.

Traduction Granma International
 

 


Association FRANCE-CUBA

Visite le site : http://www.francecuba.org

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 08:15

Depuis la publication de cet article de Salim Lamrami, Le gouvernement cubain, en lien avec l'Eglise cubaine et l'Espagne, a décidé de liberer 52 prisonniers. Un premier groupe de 17 rejoignant l'Espagne, avec leurs familles. Selon Amnisty Internationale ( voir ci-dessous), il y avait 55 prisonniers d'opinion à Cuba

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Cuba et la rhétorique des droits de l’homme

 

 

                                                           Salim Lamrani

 

Un constat initial

 

            En Occident, le nom de Cuba est inévitablement associé à la problématique des droits de l’homme. Les médias européens et étasuniens stigmatisent la plus grande île des Caraïbes de manière réitérée sur cette question. Aucun pays du continent américain n’est autant pointé du doigt que la patrie de José Martí, qui dispose d’une couverture médiatique disproportionnée par rapport à sa taille. En effet, des événements qui passeraient inaperçus dans n’importe quel autre pays d’Amérique latine ou du monde sont relayés par la presse internationale quand il s’agit de Cuba.

 

Ainsi, le suicide en février 2010 d’Orlando Zapata Tamayo, un prisonnier condamné pour des délits de droit commun, à Cuba a été bien plus médiatisé que la découverte en janvier 2010 d’un charnier de 2000 corps de syndicalistes et de militants de droits de l’homme assassinés par l’armée en Colombie. De la même manière, les manifestations d’opposants cubains apparaissent régulièrement dans la presse occidentale qui, en même temps, censure les exactions commises – plus de 500 cas d’assassinats et de disparitions ! – par la junte militaire, de Roberto Micheletti d’abord, et de Porfirio Lobo qui gouverne actuellement le Honduras après le coup d’Etat de juin 2009 contre le président démocratiquement élu José Manuel Zelaya1.

 

Les Etats-Unis justifient officiellement l’imposition des sanctions économiques, en vigueur depuis juillet 1960 et qui affectent toutes les catégories de la société cubaine, en particulier les plus vulnérables, en raison des violations des droits de l’homme. De 1960 à 1991, Washington a expliqué que l’alliance avec l’Union soviétique était la raison de son hostilité à l’égard de Cuba. Depuis l’effondrement du bloc de l’Est, les différentes administrations, de Georges H. W. Bush à Barack Obama, ont utilisé la rhétorique des droits de l’homme pour expliquer l’état de siège anachronique, qui loin d’affecter les dirigeants du pays, fait payer le prix des divergences politiques entre les deux nations aux personnes âgées, aux femmes et aux enfants2.

 

De son côté, l’Union européenne impose une Position commune – la seule au monde ! – depuis 1996 au gouvernement cubain, qui limite les échanges bilatéraux, pour les mêmes raisons. Cette stigmatisation constitue le pilier de la politique étrangère de Bruxelles à l’égard de La Havane et représente le principal obstacle à la normalisation des relations bilatérales. Entre 2003 et 2008, l’Union européenne a également imposé des sanctions politiques, diplomatiques et culturelles à Cuba en raison des « violations des droits de l’homme3 ».

 

Une stigmatisation légitime ?

 

            Il ne s’agit pas d’affirmer que Cuba est irréprochable sur la question des droits de l’homme et qu’aucune violation n’y est commise. En effet, Cuba est loin d’être une société parfaite et il y existe des atteintes à certains droits fondamentaux.

 

Néanmoins, Il convient de se questionner sur les raisons d’une telle stigmatisation de la part des médias occidentaux, des Etats-Unis et de l’Union européenne. Cuba présente-t-elle une situation des droits de l’homme particulière ? Est-elle pire que celle du reste du continent ? Washington, Bruxelles et la presse occidentale sont-ils réellement préoccupés par cela ? Disposent-ils d’une autorité morale suffisante pour s’ériger en donneurs de leçons ?

 

Pour répondre à ces questions, le rapport d’Amnistie Internationale (AI) de 2010 apporte un éclairage intéressant. Dix pays – cinq du continent américain : le Canada, les Etats-Unis, le Mexique, le Brésil et la Colombie, et cinq de l’Union européenne : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et la République tchèque (leader du front des nations opposées à la normalisation des relations avec Cuba) seront soumis à une analyse comparative4.

 

Les droits de l’homme à Cuba

 

 

            Selon AI, il existe de « sévères restrictions sur les droits civils et politiques » à Cuba. AI recense « 55 prisonniers d’opinion […] incarcérés pour le seul fait d’avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression5 ». Dans une déclaration du 18 mars 2008, AI reconnaît néanmoins que ces personnes ont été condamnées « pour avoir reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba6 », ce qui constitue un délit d’ordre pénal à Cuba mais également dans n’importe quel autre pays du monde.

 

L’organisation souligne également que « nombre [d’opposants] ont déclaré avoir été battus lors de leur arrestation ». De graves restrictions pèsent encore sur la liberté d’expression, d’après AI, car « tous les grands médias et Internet demeur[ent] sous le contrôle de l’État ». Par ailleurs, les sites des opposants sont bloqués à Cuba et ne sont accessibles que depuis l’étranger. Plusieurs dissidents ont été arrêtés puis relâchés. AI dénonce également les manœuvres d’intimidation à leur encontre. En outre, « les restrictions au droit de circuler librement ont empêché des journalistes, des défenseurs des droits humains et des militants politiques de mener à bien des activités légitimes et pacifiques ». Ainsi, l’opposante Yoani Sánchez n’a pas été autorisée à quitter le pays pour recevoir un prix aux Etats-Unis7.

 

            AI rappelle néanmoins qu’en mai 2009, Cuba « a été réélu au Conseil des droits de l’homme [ONU] pour un nouveau mandat de trois années », illustrant ainsi que la majorité de la communauté internationale ne partage pas l’avis de Bruxelles et de Washington au sujet de la situation des droits de l’homme à Cuba8.

 

            Enfin, AI reconnaît que les sanctions économiques imposées par les Etats-Unis ont « toujours des effets négatifs sur les droits économiques et sociaux des Cubains. La législation américaine restreignant les exportations vers l’île de produits et de matériel fabriqués ou brevetés par les États-Unis continu[e] d’entraver l’accès aux médicaments et aux équipements médicaux ». AI ajoute que les agences des Nations unies présentes à Cuba sont « également pénalisées par l’embargo9 ».

 

            Ainsi, comme l’illustre le rapport d’AI, Cuba n’est pas irréprochable en matière de respect des droits de l’homme.

 

 

Les droits de l’homme sur le continent américain

 

            Il convient désormais de mettre en perspective la réalité cubaine avec la problématique du continent à ce sujet.

 

            Les Etats-Unis

 

            D’après AI, 198 personnes sont toujours détenues illégalement sur la base navale de Guantanamo, sans inculpation, et ce depuis sept ans. Au moins cinq détenus se sont suicidés dans la prison de Guantanamo. Par ailleurs, plusieurs prisonniers ont été jugés par des tribunaux militaires qui n’offraient pas toutes les garanties d’un procès équitable10.

 

            De plus, « plusieurs centaines de personnes, dont des enfants, étaient toujours détenues par les forces américaines sur la base aérienne de Bagram, en Afghanistan, sans avoir la possibilité de consulter un avocat ou d’être présenté devant un juge11 ».

 

 

 

            AI a également dénoncé le « programme de détentions secrètes de la CIA » et a révélé les « actes de torture et autres formes de mauvais traitements infligés aux personnes détenues ». Elle cite deux exemples : «  Parmi les techniques autorisées figuraient la nudité forcée, la privation prolongée de sommeil et le waterboarding (simulacre de noyade). […]Abu Zubaydah […] avait été soumis à cette dernière technique plus de 80 fois en août 2002 et Khaled Sheikh Mohammed 183 fois en mars 2003 ». Les auteurs de ces actes ne seront pas poursuivis par la justice comme l’ont déclaré Barack Obama et le ministre de la Justice Eric Holder12.

 

 

 

            AI remarque que « l’impunité et l’absence de voies de recours persistaient pour les violations des droits humains perpétrées dans le cadre de ce que le gouvernement du président Bush appelait la « guerre contre la terreur ». L’organisation ajoute que « le nouveau gouvernement a bloqué la publication d’un certain nombre de photos montrant les sévices infligés à des personnes détenues par les États-Unis en Afghanistan et en Irak13 ».

 

 

            AI dénonce également les actes de « torture et autres mauvais traitements », commis sur le territoire des Etats-Unis par les forces de l’ordre à l’encontre de citoyens américains. « Au moins 47 personnes sont mortes après avoir été neutralisées au moyen de pistolets Taser, ce qui portait à plus de 390 le nombre total de personnes décédées dans des circonstances analogues depuis 2001 ». AI ajoute que « parmi les victimes figuraient trois adolescents non armés qui avaient commis des délits mineurs ainsi qu’un homme apparemment en bonne santé auquel des policiers de Fort Worth, au Texas, ont administré des décharges électriques pendant 49 secondes sans interruption, en mai14 » 2009.

 

 

 

            L’organisation internationale pointe du doigt les conditions de détention aux Etats-Unis. Selon elle, « ses milliers de prisonniers étaient maintenus à l’isolement prolongé dans des prisons de très haute sécurité où, dans bien des cas, les conditions de vie bafouaient les normes internationales selon lesquelles les détenus doivent être traités avec humanité ». Ainsi « de très nombreux détenus […] dont beaucoup souffraient de troubles mentaux, étaient maintenus à l’isolement depuis 10 ans ou plus, 23 heures sur 24, sans soins adéquats et sans que leur situation ait été réexaminée en bonne et due forme ». Ces derniers « n’avaient la possibilité ni de travailler, ni de se former, ni de se distraire et n’avaient que très peu de contacts avec le monde extérieur15 ».

 

 

 

            Selon AI, « des dizaines de milliers de migrants, dont des demandeurs d’asile, étaient régulièrement incarcérés, en violation des normes internationales. Beaucoup étaient détenus dans des conditions extrêmement dures, pratiquement privés d’exercice, d’accès aux soins et de la possibilité d’obtenir une assistance juridique16 ».

 

 

 

            Par ailleurs, le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires a dénoncé plusieurs cas d’exécutions extrajudiciaires commises par les forces de l’ordre à l’encontre de migrants. « Le nombre de morts en détention était supérieur aux 74 cas recensés par les autorités depuis 2003 », note AI17.

 

 

 

            AI évoque les discriminations faites aux femmes issues des minorités en termes de droit à la santé. Ainsi, « le nombre de décès évitables dus à des complications liées à la grossesse restait élevé ; plusieurs centaines de femmes sont mortes au cours de l’année. Des disparités liées aux revenus, à la race, à l’origine ethnique ou nationale existaient dans l’accès aux soins médicaux pour les femmes enceintes ; le taux de mortalité maternelle était près de quatre fois plus élevé chez les Afro-Américaines que chez les femmes blanches ». AI ajoute également que 52 millions de personnes de moins de 65 ans n’avaient pas d’assurance maladie, « un chiffre en augmentation par rapport à l’année précédente18 ».

 

 

            Selon AI, un objecteur de conscience a été condamné à un an de prison pour avoir refusé de servir en Afghanistan. L’organisation dénonce également les procès inéquitables à l’encontre de Leonard Peltier, détenu depuis 32 ans, « malgré les doutes quant à l’équité de sa condamnation en 1977 ». AI note également que la Cour suprême fédérale a refusé d’examiner l’appel interjeté par cinq prisonniers politiques cubains, Gerardo Hernández, Ramón Labañino, Antonio Guerrero, René González et Fernando González, condamnés à de longues peines de prison alors que « le Groupe de travail sur la détention arbitraire [ONU] avait conclu, en mai 2005, que la détention de ces cinq hommes était arbitraire car ils n’avaient pas bénéficié d’un procès équitable19 ».

 

 

 

            Par ailleurs, la peine de mort continue à être appliquée aux Etats-Unis. Ainsi, 52 personnes ont été exécutées en 200920.

 

 

            Le Brésil

 

            La situation au Brésil fait également l’objet d’un rapport. AI fait état « d’un usage excessif de la force, d’exécutions extrajudiciaires et d’actes de torture de la part de la police ». Les forces de l’ordre « ont continué à se livrer à des violations massives », et des « centaines d’homicides n’ont pas fait l’objet d’enquêtes sérieuses et les suites judiciaires ont été inexistantes ou presque ». Ainsi, « à Rio de Janeiro, en 2009, la police a ainsi tué 1 048 personnes ». A Sao Paolo, « ce chiffre s’élevait à 543, soit une augmentation de 36 % par rapport à 2008 ». Par ailleurs, « les homicides imputables à la police militaire auraient quant à eux augmenté de 41 %21 ».

 

            L’organisation dénonce également « l’augmentation du nombre de milices – groupes paramilitaires armés composés en grande partie d’agents de la force publique agissant hors service » qui « usant de leur pouvoir sur la population pour en retirer des avantages économiques et politiques illicites, […] ont mis en danger la vie de milliers d’habitants et les institutions mêmes de l’État22 ».

 

            Au Brésil, « les conditions de détention restaient cruelles, inhumaines ou dégradantes. La torture était régulièrement employée lors des interrogatoires ou à des fins d’extorsion, ou pour punir, contrôler ou humilier », selon AI, en plus du problème de surpopulation23.

 

            Par ailleurs, « des litiges fonciers ont cette année encore été à l’origine d’atteintes aux droits fondamentaux commises tant par des tueurs professionnels à la solde de propriétaires terriens que par des policiers ». Pas moins de 20 personnes ont été assassinées en 200924.

 

            Selon AI, les droits des travailleurs ont été bafoués et des « milliers de travailleurs étaient maintenus dans des conditions s’apparentant à de l’esclavage ». Le droit à un logement convenable n’est pas non plus respecté. Par ailleurs, « de graves atteintes aux droits des populations indigènes étaient toujours commises dans l’État du Mato Grosso do Sul ». AI évoque plusieurs cas de disparition de militants indigènes25.

 

            Le Canada

 

            Selon AI, les autorités canadiennes « n’ont pas veillé au respect des droits des peuples autochtones lors de la délivrance d’autorisations pour l’exploitation des mines, des forêts, du pétrole et d’autres ressources naturelles. Le gouvernement a continué d’affirmer, sans fondement, que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones ne s’appliquait pas au Canada26 ».

 

            L’organisation dénonce également les discriminations à l’égard des indigènes et notamment des enfants. Par ailleurs, l’exploitation par la force du pétrole et du gaz se trouvant sur les terres des Cris du Lubicon a contribué à « une mauvaise santé et à une pauvreté très fréquentes chez eux27 ».

 

            Le droit des femmes est régulièrement violé au Canada. Ainsi, « les femmes, jeunes filles et fillettes autochtones étaient toujours nombreuses à subir des violences » et « le gouvernement canadien n’a pris aucune mesure en vue de mettre en place un plan d’action national complet pour lutter contre la violence et la discrimination28 ».

 

            Le Canada s’est également rendu complice d’actes de torture en livrant des suspects aux autorités afghanes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme29.

 

            Par ailleurs, les forces de police se sont rendues responsables d’un assassinat d’un suspect en lui administrant une décharge électrique à l’aide de pistolets Taser30.

 

            La Colombie

 

            En Colombie, la population civile est « victime de déplacements forcés, d’attaques aveugles, de prises d’otages, de disparitions forcées, d’enrôlement forcé de mineurs, de violences sexuelles à l’égard des femmes et d’homicides », commis par les forces de sécurité, les paramilitaires et la guérilla31.

 

            AI dénombre 20 000 cas de disparitions forcées et 286 000 cas de personnes déplacées. L’organisation souligne que « le gouvernement a refusé de soutenir une proposition de loi prévoyant l’octroi de réparations aux victimes du conflit sur une base non discriminatoire, c’est-à-dire sans aucune distinction selon que les auteurs des violations sont des agents de l’État ou non. Le texte a été rejeté par le Congrès en juin32 ».

 

            Par ailleurs, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones a qualifié la situation des droits des peuples indigènes de Colombie comme étant « grave, critique et profondément préoccupante ». AI note qu’« au moins 114 hommes, femmes et enfants indigènes ont été tués en 2009, un chiffre en hausse par rapport à l’année 200833 ».

 

            Le Département administratif de sécurité, qui opère sous l’autorité directe du chef de l’État, est impliqué dans « une vaste affaire d’espionnage illégal, mené sur une longue période. Au nombre des victimes figuraient des défenseurs des droits humains, des membres de l’opposition politique, des juges et des journalistes, dont on cherchait ainsi à restreindre, voire à neutraliser, l’action. Ces manœuvres auraient été effectuées avec l’étroite collaboration de groupes paramilitaires. Des membres des milieux diplomatiques et des défenseurs étrangers des droits humains ont également été pris pour cibles ». AI ajoute que « Certains militants espionnés par le Département administratif de sécurité avaient reçu des menaces de mort et fait l’objet de poursuites pénales pour des motifs fallacieux34 ».

 

            En 2009, 80 membres du Congrès ont fait l’objet d’une « information judiciaire en raison de leurs liens présumés avec des groupes paramilitaires ». Plusieurs magistrats participant à l’enquête ont reçu des menaces de mort, selon AI35.

 

            Plus de 2 000 exécutions extrajudiciaires ont été commises par les forces de sécurité. « Le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires a déclaré que ces homicides étaient commis par un nombre important d’éléments de l’armée ».            L’armée a continué de collaborer avec les groupes paramilitaires, lesquels se sont rendus coupables de « massacres ». Au moins 8 militants des droits de l’homme et 39 syndicalistes ont été assassinés en 2009. AI note que « l’impunité dont jouissaient les auteurs de violations restait source de profonde préoccupation36 ».

 

            Le Mexique

 

            Au Mexique, plus de 6 500 personnes ont été tuées dans des violences liées au narcotrafic. AI évoque des « violations des droits humains commises par des militaires, notamment des exécutions extrajudiciaires et d’autres homicides illégaux, des disparitions forcées, des actes de torture et d’autres mauvais traitements, ainsi que des détentions arbitraires ». L’organisation ajoute que « des victimes et des proches de victimes ont reçu des menaces après avoir tenté de déposer plainte » et déplore « l’impunité dont jouissent les coupables37 ».

 

 

 

            AI affirme que « plusieurs cas de violations des droits humains – disparition forcée, recours excessif à la force, torture et autres mauvais traitements et détention arbitraire, notamment – imputables à des agents de la police municipale, fédérale ou des États ont été signalés ». De plus, « les promesses des autorités, qui s’étaient engagées à mener une enquête sur toutes les allégations de torture, sont restées lettre morte38 ».

 

 

 

            Les migrants ont également été victimes des autorités mexicaines. Ils ont subi des « brutalités, menaces, enlèvement, viol et assassinat, entre autres – perpétrés essentiellement par des groupes de criminels mais aussi par certains fonctionnaires ». AI souligne par ailleurs que « deux défenseurs des droits fondamentaux des indigènes ont été enlevés, torturés et assassinés à Ayutla ». AI note également qu’« à la fin de l’année, Raúl Hernández, prisonnier d’opinion et militant d’une autre organisation locale de défense des droits des populations indigènes, se trouvait toujours en prison sur la base d’une accusation de meurtre forgée de toutes pièces39 ».

 

 

 

            Au Mexique, plusieurs journalistes ont été menacés, agressés et enlevés, selon AI, tout particulièrement ceux qui « s’intéressaient aux questions de sécurité publique et de corruption ». Au moins 12 journalistes ont été assassinés en 2009. De plus, « les enquêtes ouvertes sur les meurtres, les enlèvements et les menaces dont les professionnels des médias faisaient l’objet donnaient rarement lieu à des poursuites, ce qui contribuait à entretenir un climat d’impunité40 ».

 

 

 

            AI dénonce les discriminations et violences commises à l’égard des peuples indigènes, spoliés de leurs terres et de leurs habitations par les autorités, « le but étant d’exploiter les ressources locales41 ».

 

 

 

            Les femmes et les filles sont constamment victimes de violences. « De très nombreux cas d’assassinat de femmes après enlèvement et viol ont été signalés dans les États de Chihuahua et de Mexico », remarque AI. Mais, « l’impunité demeurait la norme pour les meurtres de femmes et les autres crimes violents dont elles étaient victimes ». Par ailleurs, 14 des 31 Etats du Mexique refusent d’appliquer la loi de dépénalisation de l’avortement42.

 

 

Conclusion

 

            Le rapport d’Amnistie Internationale est édifiant à plusieurs égards. Tout d’abord, on découvre que si l’organisation recense certaines violations des droits humains à Cuba, l’île des Caraïbes est loin d’être le mauvais élève du continent. Ce constat remet donc en cause la stigmatisation des médias occidentaux, de Washington et de Bruxelles à l’égard de La Havane.

 

Ainsi, la presse occidentale trompe l’opinion publique en présentant Cuba comme étant le principal violateur des droits humains sur le continent américain. Les Etats-Unis, de leur côté, ne peuvent en aucun cas justifier l’imposition des sanctions économiques en raison de la situation des droits de l’homme dans l’île et doivent y mettre un terme. En effet, non seulement ils ne disposent d’aucune autorité morale pour disserter sur cette question au regard de leur propre situation, mais en plus la plupart des pays du continent présentent une situation pire que celle de Cuba.

 

Quant à l’Union européenne, elle doit éliminer la Position commune qui est discriminatoire et peu crédible et normaliser les relations avec La Havane. Il convient désormais d’évaluer l’autorité de Bruxelles sur cette question.

 

A suivre « Cuba et la rhétorique des droits de l’homme (2/2) »

 

Notes

 

1Salim Lamrani, « Cuba, les médias occidentaux et le suicide d’Orlando Zapata Tamayo », Voltaire, 1er mars 2010.

 

2Salim Lamrani, Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009), pp. 121-134.

 

3Ibid., pp. 21-36.

 

4Amnesty International, « Rapport 2010. La situation des droits humains dans le monde », mai 2010. http://thereport.amnesty.org/sites/default/files/AIR2010_AZ_FR.pdf  (site consulté le 7 juin 2010).

 

5Ibid., pp. 87-88.

 

6Amnesty International, « Cuba. Cinq années de trop, le nouveau gouvernement doit libérer les dissidents emprisonnés », 18 mars 2008. http://www.amnesty.org/fr/for-media/press-releases/cuba-cinq-ann%C3%A9es-de-trop-le-nouveau-gouvernement-doit-lib%C3%A9rer-les-dissid(site consulté le 23 avril 2008).

 

7et suivants Amnesty International, « Rapport 2010. La situation des droits humains dans le monde », op. cit., pp. 87-88.

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 07:45
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  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. et chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Docteur en histoire. Militant LDH La Rochelle.
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